Franc-maçonnerie à Cuba : histoire et tradition



Les membres de la franc-maçonnerie ou "maçonnerie" à Cuba insistent sur le fait qu’elle ne doit pas être définie comme une société secrète ou politique, ni comme une secte religieuse, mais comme une association à caractère fraternel.

Mozart n’a pas hésité à dédier à la maçonnerie sa cantate L’Éloge de l’Amitié, s’inspirant des sentiments de fraternité caractérisant les loges maçonniques. Paris lui a fait aussi honneur avec sa devise Liberté, Égalité, Fraternité, scandée de vive voix par les révolutionnaires français.

L’histoire universelle n’a pu s’empêcher de reconnaître l’impact de la maçonnerie sur le développement moral et universel de l’être humain. Suivant les époques, depuis celle de George Washington, puis celle de Benito Juárez jusqu’à nos jours, la répercussion sociale de cette association a marqué le cours même de la société moderne.

L’ensemble de ses membres travaille licitement à l’amélioration de l’environnement social de l’homme, et ce par l’intermédiaire de l’instruction, du travail et de la vertu.

Vu son caractère philosophique, philanthropique et progressiste, la franc-maçonnerie a embrassé les révolutions anglaise et française des XVIIe et XVIIIe siècles, ainsi que les luttes de libération des colonies américaines de leurs métropoles européennes.

Franc-maçonnerie à Cuba

Les pratiques de la franc-maçonnerie sont très variables selon les régions du monde, notamment en Europe et en Amérique latine. Dès que le mouvement a vu le jour au Moyen Âge jusqu’à son point culminant en France au XIXe siècle, il a évolué et adopté les particularités des zones et pays respectifs.

Or, il existe un dénominateur commun, présent aussi dans les milieux cubains, à savoir la primauté de l’humanité. L’aspiration majeure est « le bien-être de tous les hommes, quels que soient leurs idéaux et principes ».

La maçonnerie cubaine, qui n’est ni une secte secrète ou religieuse ni une organisation politique, a embrassé les préceptes universels défendus par la fraternité.

Les premières nouvelles de son existence datent de la deuxième moitié du XVIIIe siècle ; cependant, de l’avis de certains chercheurs, dont l’historien cubain Eduardo Torres Cuevas, elle aurait pu voir le jour bien avant.

Mais la fondation de la Grande Loge de Colón (devenue ensuite Logia de Cuba) n’a eu lieu que le 5 décembre 1859, dans la ville de Santiago de Cuba, avalisée par une lettre de dispense délivrée par la Grande Loge de la Caroline du Sud, aux États-Unis.

La défense des valeurs humanistes constitue le principal objectif de l’une des associations les plus controversées de toutes les étapes historiques traversées par l’île.

Parmi les polémiques associées à cette société fraternelle, citons par exemple le caractère secret de ses symboles, codes et réunions, auxquelles ne peuvent assister ni des proches ni d’autres personnes non-membres. On remet aussi en question l’exclusion des femmes de ses rangs, ce qui, encore aujourd’hui, fait l’objet de débats.

Il ne s’agit pas non plus d’une société à but caritatif ; nombreux sont ceux qui confondent les objectifs de l’association avec ceux d’une institution d’aide publique.

Mais si on veut trouver une définition actuelle de la franc-maçonnerie cubaine, rappelons alors celle fournie par José Manuel Follera Vento, ancien grand maître franc-maçon de la loge cubaine (2000-2003) qui, lors d’une interview, l’a caractérisée comme une « fraternité philanthropique progressive qui a pour objet la recherche de l’amour, de la vérité, et, particulièrement, l’élévation de la qualité de vie de l’homme ».

Syncrétisme culturel ?

Malgré les stigmates portant sur son caractère religieux, toutes les personnes réunissant les conditions requises peuvent y adhérer, pourvu qu’elles luttent contre l’ignorance et fassent preuve d’une bonne conduite morale.

La franc-maçonnerie n’exclut personne pour ses croyances religieuses ou ses affiliations politiques. Parmi ses adhérents, on peut trouver des baptistes, ñáñigos — aussi appelés diablitos (membres de la société afro-cubaine Abakuá) —, voire des militants du Parti communiste.

L’hétérogénéité est garantie. À preuve, l’interdiction d’aborder des questions d’ordre religieux et politique aux loges et au cours des réunions. C’est une manière de respecter les critères de tous.

Déchiffrer l’histoire moyennant les codes maçonniques

Des événements universels d’une importance capitale sont liés à la fraternité maçonnique, dont la prise de la Bastille, et plus récemment, dans notre contexte, les révolutions indépendantistes.

Des personnalités de renom qui ont pris part aux luttes pour l’indépendance cubaine ont grossi ses rangs, dont Ignacio Agramonte, Carlos Manuel de Céspedes, José Martí, Perucho Figueredo, Antonio Maceo Grajales et Máximo Gómez. Tous ces leaders ont contribué à libérer l’île antillaise de la domination espagnole.

Et ce sans parler des époques précédentes où soufflaient des airs conspiratifs d’une forte tradition maçonnique face aux contradictions entre la colonie et la métropole. Tel est le cas de la conspiration Soles y Rayos de Bolívar qui s’est produite en 1823 à La Havane, à laquelle ont participé notamment des frères maçons.

Selon des recherches historiques, le drapeau, né dans l’ardeur des luttes contre la domination espagnole et qui flotte aujourd’hui tout au long du territoire national, porte des symboles maçonniques. Cela n’est sans doute pas dû au hasard.

Le triangle équilatéral symbolise la magnificence du pouvoir qui émane du Grand Architecte de l’Univers, alors que ses trois côtés identiques évoquent la devise maçonnique de liberté, égalité, fraternité, héritée des révolutionnaires français. L’étoile à cinq branches représente l’idée de perfection du maître franc-maçon : force, beauté, sagesse, vertu et clarté. L’enseigne intègre les trois numéros symboliques de la maçonnerie : le trois (bandes bleues qui évoquent l’harmonie), le cinq (l’ensemble des bandes, qui signifient l’esprit vivificateur), et le sept (bandes, étoile et triangle), numéro divin pour un grand nombre de cultures anciennes.

La maçonnerie au-delà des fanatismes

Cuba compte quelque trois cents loges, qui regroupent des milliers d’adhérents. Les rangs sont grossis par ceux qui se rapprochent de la société, une fois recommandés par un des membres. Un protocole d’admission et de recherche a été prévu à cette fin.

Pour les membres de cette société, qui ne se veut pas secrète, il n’est pas nécessaire de faire étalage de leur condition de francs-maçons pour se sentir et se reconnaître comme tels.

Le prestigieux historien cubain Eduardo Torres Cuevas, directeur de la Bibliothèque nationale, réaffirme, sans nier pour autant les erreurs commises par la maçonnerie au cours de son évolution historique, l’importance que revêt cette institution pour la société tout au long de son histoire, pour la fondation de la nation, pour le sentiment patriotique, voire pour l'histoire nationale.

Traduction: Fernández-Reyes