Give me Future

2018-01-19 17:28:37
Marleidy Muñoz
Give me Future

Major Lazer, groupe de musique électronique, s’est produit à La Havane en 2016 devant presque 500 000 spectateurs. Apple Music propose un documentaire sur ce concert historique.

Par Marleidy Muñoz

Major Lazer, formé des disc-jockeys Diplo, des États-Unis ; Walshy Fire, d’origine jamaïcaine, et Jillionaire de la Trinité-et-Tobago, est paru sur la scène cubaine au début de 2016.

Le concert s’inscrit dans le cadre de la bande-son du dégel des relations entre Washington et La Havane promu par l’ancien président Barack Obama, qui a visité Cuba quelques jours avant le spectacle. La scène choisie a été la dénommée Tribune anti-impérialiste José-Martí, située juste en face de l’ambassade des États-Unis.

Les étoiles de la musique électronique et du dancehall, dont les vidéos sur Youtube et la reproduction des chansons sur Spotify sont vues et écoutées par des milliers de personnes, ont offert un spectacle qui a réuni, à quoi on ne s’attendait pas, presque un demi-million de personnes.

L’événement est la principale source d’inspiration du documentaire Give me Future, offert en exclusivité sur Apple Music, et disponible désormais en streaming.

Des Cubains et des visiteurs étrangers se sont régalés des quatre heures des mix de sones et de salsa qui ont inondé le Malecón (boulevard de bord de mer) havanais. Parmi les chansons interprétées, citons Lean on, un tube qui a parcouru le monde entier et qui a battu des records d’écoute sur les plateformes numériques.

À cette occasion, les spectateurs ont pu d’ailleurs écouter les singles Bubble Butt, Get Free et Light it up, en compagnie de la chanteuse jamaïcaine Nyla, ainsi que Where Are U Now, récompensé par un prix Grammy, et enregistré par Diplo, Skrillex et Justin Bieber.

Major Lazer, qui, comme on le sait, a exercé son influence sur la musique dance ou EDM (Electronic Dance Music) a pour devise « Making the world smaller by making the party bigger ». Ainsi, cet après-midi de 2016, Major Lazer a alterné entre la scène du Malecón havanais et la console pour offrir au public le mélange de rythmes africains et caribéens qui caractérise ses chansons, dont le reggae, le reggaeton, le dubstep et le house.

Give Me Future : le visage jeune et underground de Cuba

Le film-documentaire (58 minutes) du réalisateur étatsunien Austin Peters passe en revue ce méga-concert, le « zénith », de l’avis de Walshy Fire, l’un des trois membres du projet, qui a déclaré sur Twitter : « C’est le point culminant de nos vies. Ce spectacle, le plus important pour nous, a été offert à Cuba. »

L’audiovisuel suit les pas de Major Lazer, qui parcourt la ville de La Havane en quête de jeunes artistes au sein de la communauté dans le but de faire un portrait de leur culture dans un pays où s’opèrent d’importants changements sur le plan sociopolitique.

Le documentaire sur le concert offert à La Havane passe en revue les difficultés rencontrées pour acquérir du matériel haut de gamme dans un pays où l’accès aux technologies est limité.

Austin Peters, le réalisateur, est réputé pour ses vidéoclips de musique pop, indie et électronique. Son film a été projeté pour la première fois en janvier de cette année dans le cadre du Festival de Sundance, puis au Miami Film Festival et à d’autres rendez-vous cinématographiques internationaux.

Nonobstant, le documentaire, qui n’a pas été projeté publiquement à Cuba, n’a pu être apprécié que lors d’une séance privée à Fábrica de Arte à La Havane, en présence d’une partie de l’équipe de réalisateurs étatsuniens.

Dans Give Me Future, Austin Peters s’éloigne de l’image typique de Cuba et fixe son regard sur un groupe parfois négligé. « Lorsqu’on parle de Cuba, c’est pour faire allusion aux frères Castro, aux cigares, à l’embargo et au base-ball. On n’entend jamais parler d’une fille de seize ans qui habite à La Havane et qui désire écouter de la musique », a signalé Peters. Il a assuré que le film, dédié « à ce groupe », est un miroir qui peut encourager les jeunes à trouver leur place « à un moment où l’état de choses peut changer ».

À propos de Give me Future, Diplo a exprimé : « Le séjour de Major Lazer à La Havane a été l’une des expériences les plus importantes et émouvantes de nos vies. Les gens que nous avons rencontrés, ce que nous avons vu et la musique que nous avons interprétée nous a profondément touchés. Et Austin a eu la capacité d’en saisir les moindres détails. »

Walshy Fire a affirmé qu’il a pu, après avoir vu le film pour la première fois, ressentir « le véritable amour » et la pureté qui caractérisent la manière d’agir des adolescents de l’île.

Dans son film, Peters interviewe, entre autres, la personne chargée de produire et de distribuer dans un premier temps ce que l’on connaît sous le nom de « paquete semanal », collection de matériel numérique qui permet à la plupart des Cubains d’avoir accès, de manière clandestine et pirate, aux séries de télévision, aux films et à la musique internationale.

D’où que l’on puisse dire que la quasi-totalité des spectateurs cubains qui ont assisté au concert n’avaient pas connu Major Lazer via Internet, les séries de télévision ou les publications traditionnelles, mais de manière illégale grâce au « paquete ».

La bande-annonce officielle du documentaire est disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=gseajEnDbm0

Traduction : Fernández- Reyes

Habana XXI

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