Guanaroca, la lagune du déchirement

2017-06-28 16:16:56
Amada Cecilia
Guanaroca, la lagune du déchirement

La même eau peut-elle être douce et salée à la fois ? L’amour et la haine sont à l'origine de la légende qui entoure la lagune de Guanaroca, dans la région de Cienfuegos.

Guanaroca fut la première femme sur Terre. C’est du moins ce qu'affirme la légende selon laquelle cette aborigène, née de l’union du soleil et de la lune, conçut Hamao, le premier homme. La lagune de la province de Cienfuegos  que tout le monde veut visiter, est le fruit  de l’amour de ces deux personnages.

Selon la légende, les eaux de la lagune sont en fait les larmes versées par la taína (de l'ethnie autochtone Tainos) éplorée lorsque le père assassina le fils par jalousie et l'introduisit dans une calebasse.  Lorsqu’elle s’élança pour le récupérer, la calebasse tomba, s’ouvrit en deux, et de là surgit la vie exotique qui peuple les profondeurs de cette fameuse lagune, entourée de calebassiers, sur ses 1 500 mètres.

L’excursion à Guanaroca est aussi  une véritable leçon sur la nature. Les nids d’oiseaux qui pullulent dans ces parages, construits sous les yeux des visiteurs, sont la preuve d'une confiance manifeste. La lagune foisonne de  merles, de cartacubas  (todiers de Cuba), de passereaux et de tocororo, l’oiseau national. Ses eaux, tantôt douces tantôt saumâtres selon l’endroit, sont à l'image du rapport de haine et d’amour qu'entretint la malheureuse nymphe.

Et si cela ne suffisait pas, Guanaroca compte une des plus grandes colonies de flamants roses du pays ainsi qu’une flore exceptionnelle, dont certaines espèces  complètement disparues de la planète. Cette nature abondante a fait de l’endroit une zone protégée qui a le privilège d'abriter la belle-de-nuit ou pitahaya, l’une des plus grandes fleurs du monde.

Pour toutes ces raisons, les travaux de conservation ne cessent jamais dans les alentours, sans lésiner sur le  temps et les efforts consacrés au reboisement, à la plantation de palétuviers et à l’ouverture de canaux débouchant dans la rivière Arimao, qui donne naissance à la lagune avant de se jeter dans la baie de Cienfuegos et après avoir traversé les labyrinthes de Los NaturalesCayo Ocampo, où vécut Diego Velazquez, et  d’autres îlots.

Guanaroca revêt aussi un intérêt commercial grâce à ses crevettes blanches, ses huîtres et  ses différentes espèces de poissons à écailles. Par ailleurs, en 1988, l'artiste Rita Longa se chargea d'apporter la touche artistique avec une sculpture translucide, légère et verticale, qui représente l’aborigène en proie à la douleur.

Traduction : Alicia Beneito

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

Sur le même thème