Guayabita del Pinar

2018-04-23 13:11:50
Olivia Ameneiros
Guayabita del Pinar

Ce n'est ni un rhum ni un whisky. Ce n'est pas non plus un vin ou un spiritueux. Et à dire vrai, elle est inclassable parmi les boissons locales, seule convient l'appellation de liqueur, dans l'acception la plus large du terme.

La Guayabita de Pinar, produite dans l'ouest de Cuba, est unique au monde grâce à son mélange vin-rhum.

Cette originalité est due à l'utilisation d'un petit fruit sauvage typique de la région de Pinar del Río. C'est ainsi que la Guayabita se distingue depuis plus d'un siècle par son extraordinaire qualité, sa singularité et sa tradition artisanale.

Aussi, peu nombreux sont les visiteurs qui résistent à la tentation de glisser une bouteille dans leur valise ; et beaucoup se rendent dans cette région pour goûter à cet étrange breuvage et découvrir par eux-mêmes sa fabrication.

Ce qu'il y a d'intéressant, c'est que cette boisson est produite au même endroit depuis la fondation du premier établissement industriel, il y a cent vingt ans. Aujourd'hui, l'usine est devenue un lieu très apprécié des curieux et des visiteurs qui viennent des pays les plus divers pour connaître le secret de sa conception.

On se rend nombreux, tous les jours, sur les lieux où est préparée la liqueur selon des processus qui restent très largement manuels et qui exigent beaucoup de soin. Le connaisseur peut directement constater la qualité du produit qu'il achète.

Cent vingt-six ans après, la même Guayabita

Cette boisson si particulière conserve sa robe et son bouquet depuis plus d'un siècle. De nos jours, elle se décline en doux et sec; chaque bouteille contient un ou deux petits fruits dont la couleur tranche avec l'ocre de la Guayabita.

Les fruits doivent être récoltés en juillet et août, leur conservation doit faire l'objet de toutes les attentions. Une trentaine d'ouvriers agricoles sont chargés de réaliser la récolte qui donnera à cette boisson son goût caractéristique.

Ses valeurs commerciale, culturelle et traditionelle ont permis à la Guayabita d'accéder au Patrimoine industriel intangible de la nation cubaine.

Depuis 1999, Guayabita del Pinar est une marque déposée dans plus de dix pays d'Asie et d'Europe dont l'Allemagne, le Portugal et la France.

Une façon de se réchauffer

Boisson typique de Pinar del Río, région de l'ouest du pays, la Guayabita allie les traditions viticoles espagnoles et les coutumes des paysans nés à Cuba.

La légende raconte que les cultivateurs de tabac avaient pour habitude de boire une boisson tonifiante les matins de grand froid : elle leur permettait de supporter les inclémences du temps et le travail des champs.

Au début, les paysans buvaient seulement du rhum. Ils y ajoutèrent ensuite du sucre et un petit fruit de l'espèce Psidium salutare, qui pousse au bord des ruisseaux et à l'ombre des pins. L'inventeur de la recette demeure inconnu de nos jours.

On sait en revanche qu'il fallut attendre 1892 pour que la liqueur soit produite en quantité suffisante pour sa commercialisation. C'est un certain Lució Garay, originaire d'Espagne, qui créa le petit établissement où ce produit aujourd'hui célèbre est toujours fabriqué artisanalement. Au début, les boissons produites dans l'usine étaient reservées aux personnalités venues visiter Pinar del Río.

Chose curieuse, la Guayabita est toujours produite au même endroit où Garay remplit ses premiers tonneaux, rue Isabel Rubio. Bien que l'inscription Casa Garay figure encore sur la façade, les locaux appartiennent aujourd'hui à l'usine d'État Ceferino Fernández Viña. Alors que la fabrique produisait autrefois un très petit nombre de bouteilles et visait une clientèle sélecte, l'usine produit de nos jours plus de deux milles caisses par mois.

Bien que la production peine à satisfaire la demande des marchés cubain et étranger, les résultats productifs sont une véritable réussite pour ce petit établissement, actuellement en travaux.

Jesús Alberto Moreno, son directeur, précise que l'exportation est le principal débouché pour cette boisson.

Quant aux connaisseurs de la Guayabita, c'est à sa capacité à se marier avec les cigares, également produits dans l'ouest de l'île, qu'ils accordent son plus grand prix.

Traduction : F. Lamarque

Habana XXI

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