Happy Havane à la française !



La version cubaine de la vidéo Happy sur la musique de l'américain Pharrel Williams a battu les records de visionnage sur YouTube. Mais comment est-ce possible alors qu'il ne s'agit pas d'une vidéo officielle ? La raison est toute simple : la française Emilie  Munoz et son père, Serge, ont su filmé avec leur appareil photo la « cubanía », c'est-à-dire l'essence même qui définit les cubains d'aujourd'hui, « le plaisir et l'envie de vivre que l'on respire dans toute la ville ».

Depuis que le clip est sur le net, des choses extraordinaires se sont produites. «Par exemple, une personne nous a écrit depuis les États-Unis car elle a reconnu dans la vidéo une connaissance qu'elle n'avait pas revu depuis 15 ans. C'est vraiment incroyable! ».

« Nous visitions La Havane avec mes deux filles et cette ville nous a tellement plu que ma benjamine a voulu faire une version de cette chanson devenue si populaire» nous raconte ce père de famille. « Le clip reflète bien Cuba… toute personne qui connaît un tant soit peu ce pays ne peut nier que c'est ce que l'on y voit là-bas ».

Émilie est étudiante en cinéma et a participé au tournage d'une version antérieure de Happy à Cannes, sa ville natale, avec toute la planification que demande une vidéo professionnelle. Mais elle raconte que son expérience à La Havane dépasse celle qu'elle a vécu en France car elle a pris de plein fouet le charme de l'improvisation et le partage avec les habitants des rues enchevêtrées du « Centro » et de la vieille ville.

La jeune fille se présente elle-même comme faisant partie d'une génération qui vit en Europe avec internet depuis le plus jeune âge et qui consomme davantage d'audiovisuels online que de télévision. Cela explique cette envie ; elle n'a pas hésité une seconde. « J'ai offert ce clip à tous les internautes, sans aucune visée commerciale »

Tout le monde danse à La Havane

« Nous demandions aux gens s'ils voulaient danser devant la caméra, au rythme de la musique que nous mettions. La majorité a accepté et la sauce a pris très facilement » nous raconte Serge. « Certains connaissait la chanson mais d'autres non, surtout les plus jeunes. Cependant, vous imaginez à quel point cela a été “difficile” de faire danser un jeune à Cuba…! » dit-il en plaisantant.

Il y a même un non-voyant qui danse dans la vidéo et s'amuse comme un fou. « C'est un ingénieur qui a perdu peu à peu la vue à cause d'une maladie. Nous l'avons trouvé, comme tous les autres, dans la rue. Nous lui avons demandé s'il voulait apparaître dans le clip et il a répondu : bien sûr que oui! Et le voilà ».

Après un travail d'édition consciencieux, la mise en ligne sur internet leur a voulu des moments de tensions. « Durant les premiers jours, j'ai cru que ça n'allait pas décoller car il y avait seulement 200 visites par jour. Mais d'un seul coup, cela s'est répandu comme un feu de paille et les dix mille vues par jour ont vite été atteintes » se réjouit la jeune fille.

« Des choses extraordinaires se sont produites. Par exemple, une personne nous a écrit depuis les États-Unis car elle a reconnu dans la vidéo une connaissance qu'elle n'avait pas revu depuis 15 ans. C'est vraiment incroyable ! » nous raconte le père.

Les deux sourient également en révélant qu'ils ont trouvé un bar à La Havane qui ne se lasse pas de passer en boucle le clip ; le gérant de l'hôtel où ils logent n'a pas tari d'éloges quand il a appris la nouvelle.

Certains internautes de YouTube, où se trouve ce Happy à la sauce cubaine, en ont profité pour commenter le contraste entre la pauvreté frappante des lieux filmés et la joie des personnes. D'autres ont posté une remarque singlante : «… il n'y a plus de petits blancs à Cuba??!!».

Il n'y a aucune trace d'un prétendu message politique ou bien d'un « casting » ciblé dans cette œuvre réalisée par cette famille française, selon les explications fournies par le père. « Cela ne nous a pas traversé l'esprit de choisir des blancs, des noirs ou des jaunes. Nous avons filmé tous ceux qui nous ont dit oui et le seul message que nous voulons faire passer est celui du plaisir et de l'envie de vivre ; envie que l'on respire dans cette ville » argumente-t-il.

Il semblerait que la joie qui accompagne ce morceau depuis la chanson originale va continuer à se répandre, car Émilie prépare déjà sa seconde œuvre « cubaine ».

Je vais lui réaliser un clip, dans le même esprit, pour qu'il puisse faire sa promotion sur internet» annonce la jeune française pendant qu'elle me montre Happy depuis sa tablette, dans le patio intérieur d'un hôtel de La Havane.