Ibeyi: de bon augure pour Cuba



Naomi et Lisa-Kainde Díaz ne sont pas connues dans l’île. Pourtant, elles ont du sang cubain et même du sang yoruba, ce qui veut dire bien plus encore. Les jumelles franco-cubaines sont les filles du célèbre percussionniste cubain Angá Díaz. Pour la première fois, Ibeyi -le nom de scène de ce duo- se produira à Cuba en tant qu’invité du festival Musicabana.

Photos : Ibeyi

Les jumelles de 20 ans ont été une révélation en Europe. Naomi joue des percussions, cajón et tambours batás, et Lisa du piano. Elles chantent en anglais et en yoruba et s’inscrivent en ce sens dans une tradition orale très enracinée à Cuba depuis le XIXème siècle avec l’arrivée des esclaves africains sur l’île. L’imaginaire de la culture et de la religion yorubas accorde un rôle central aux jumelles (ibeyis).

Leur video Rivera fait le tour du monde. Leur façon de mélanger le soul dans toute sa profondeur avec des sonorités traditionnelles africaines et la musique électronique a interpelé la critique et les amoureux de la musique.

Les traditions dont elles sont les héritières ne passeront pas inaperçues le jour où elles monteront enfin sur une scène cubaine. Leur premier album, Ellegua, était un hommage à l’esprit de leur « orisha » (divinité) qui symbolise le début et la fin de la vie: une sorte de porte par laquelle tout un chancun doit passer. Ici, à Cuba, elles seront écoutées et sans aucun doute appréciées par un public qui sait reconnaître la musique de qualité mais elles seront aussi comprises par les milliers de Yorubas.

Pour les Cubains, le duo Ibeyi será avant tout« les filles d’Angá ». Le percussionniste est mort d’un arrêt cardiaque à 45 ans alors que Naomi et Lisa-Kinde n’avaient que 11 ans. Dans leurs disques et pendant leurs concerts, elles ont rendu hommage à leur père, toujours avec ce mélange de nostalgie et d’énergie musicale qui caractérise La Havane et que l’on retrouve dans la chanson Think of You.

On se souvient avec affection d’Angá et de ses interprétations avec Irakere et Buena Vista Social Club. Il a accompagné Roy Hargove et Steve Coleman. Ceux qui l’ontconnu, lui et sa musique, le reconnaîtront immédiatement dans les sonorités qui caractérisent aujourd’hui Ibeyi.

Même si elles sont nées à Paris, où elles vivent toujours, elles se rendent souvent à La Havane où elles ont passé une partie de leur enfance. « Ce qui me plaît ici c’est la simplicité de la vie », affirme Naomi. « Tu n’as pas grand-chose et cependant tu apprécies pleinement la vie. Je me sens libre ici ».

À Cuba, chaque année, ce sont les Yorubas qui font les prédictions de l’année, dans un texte appelé « la letra del año ». On les connaît couramment sous le nom de « santeros » et ils sont notamment connus pour ces conseils et recommandations que doivent suivre les croyants pour éviter les obstacles et vaincre les difficultés. Pour 2016, la «letra » des Yorubas tient en une phrase : que le respect règne dans les relations familiales et sociales.

Dans la « Cuba à la mode » le premier concert d’Ibeyi sera vécu comme une heureuse confirmation de ces présages : elles, les filles d’Angá,  chantent en famille et ici, la famille reste la plus grande des religions.

Traduction : BF.