Igor Keltchewsky et Cuba

2018-08-09 21:07:51
Sofía D. Iglesias
Igor Keltchewsky et Cuba

Igor Keltchewsky est un artiste très versatile et naturel. Il dessine comme un enfant, sans aucune préméditation. Il se laisse emporter par les textures, par le parfum des sons, toujours présents dans ses œuvres. Il est arrivé à Cuba intégrant la sélection de jeunes artistes de la Biennale de Lyon, dans le cadre du mois de la culture française à Cuba. Son œuvre met en dialogue la musique et les nouvelles technologies avec la douceur de cette île des caraïbes. Son œuvre est présentée au centre d’art contemporain Wifredo Lam, de La Havane.

Quels sont les fondements artistiques et conceptuelles de votre travail ? Lesquels parmi ces concepts développez-vous dans votre pièce rendez-vous a cuba ?

Lorsque je commence un travail, que ce soit visuel ou musical, je l'envisage d'abord avec intuition et sensibilité. Comprendre ce que je fais m'intéresse peu quand je suis en train de faire. C'est souvent à la fin que je me rend compte de ce que j'ai voulu exprimer. L'idée est de trouver un moment de laisser aller, de non contrôle; je fonctionne un peu comme un enfant qui se raconte des histoires quand il dessine. Je me méfie des bonnes idées, car une fois réalisées, elles ne me provoquent que de la déception. Alors je me lance dans le travail sans objectif à atteindre, sans calcul.

Je pense que c'est dans la spontanéité que peut émerger une œuvre personnelle et sincère.

Quel sens donnez-vous à l’utilisation des sons dans votre œuvre ? Comment mettez-vous en lien votre travail avec le Cuba d’aujourd’hui ?

Le son, la musique, les paroles de chansons sont ma manière la plus simple de communiquer avec le monde. C'est une béquille qui me permet de garder l'équilibre. le son occupe donc évidemment une place cruciale dans ma vie mais aussi dans mon processus de création.

Pour schématiser, la musique me donne des images ou ambiances à réaliser plastiquement, qui elles même vont générer des désirs sonores et ainsi de suite, dans ce que j'aime appeler un cercle vicieux/vertueux.

Les sons, les rythmes, les mélodies, textures, les mots et leurs sens, leurs non sens, sont mes outils pour fabriquer de l'imaginaire, créer des tentatives de fuite. ou simplement raconter des histoires, ou même se décharger énergiquement et émotionnellement.

Il se trouve qu'après avoir réalisé ma peinture digitale immobile, devant l'éternité, je me suis aperçu que mon vocabulaire pictural était assez connecté avec le paysage de la havane; du répertoire de forme (carcasses de cadillacs, vieux bidons rouillés, colonnes cassées ou tombantes) jusqu'à la palette de couleur dans les tons pastels.

J'ai toujours fantasmé sur des paysages comme ceux de La Havane; l'architecture luxueuse à moitié détruite, la présence anachronique de certains objets, la nature creusant sa place à travers les routes, les bâtiments. Cela est probablement dû à des éléments de décors récurrents dans les premiers jeux vidéo qui m'ont marqué.

J'ai d'ailleurs pu modifier certains éléments graphiques de panorama juste avant l'exposition, pour introduire des détails ou des formes inspirées directement de mon séjour à cuba. Même si l'univers de mon jeux vidéo n'a rien à voir avec ce pays, je voulais faire un clin d'œil aux spectateurs cubains, pour peut être créer un lien avec certains codes communs.

Quelle idée aviez-vous de cuba avant votre visite ? cette idée de départ a change ? 

J'imaginais cuba comme une île figée dans le temps. j'avais vu quelques images de la havane dans certains films (ou des reproductions hollywoodiennes de la ville) donc je m'attendais à retrouver certains clichés. J'ai la sensation que cette ville a déjà été beaucoup rêvée, fantasmée; autant à travers l'imagerie de la révolution, que dans celle du trafic de drogue ou de l'exotisme paradisiaque. Et il est vrai que je me suis assez rapidement senti au milieu d'une ville cinématographique. On y croise des individus aux caractères très prononcés, comme des personnages principaux qui s'ignorent. Les gens ont l'air de vivre leur vie par la danse.

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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