Il n'y aura plus d'humains au XXVIème siècle



Le jeu est simple : il s'agit de mourir ou de tuer. Les armes des belligérants : un clavier, une souris, un ordinateur et un câble qui les relie à la Voie Lactée du XXVIème siècle, où les trois races du Starcraft combattent pour la domination de l'univers.

Certain pourrait penser que dans La Havane de 2010 il n'y a pas de temps pour les combats virtuels, qu’on en a assez des escarmouches du jour à jour pour obtenir le pain et maintenir la maison. Mais dans cette ville aux vétustes forteresses coloniales et aux édifices éclectiques, les tribus urbaines se développent au rythme de l'imagination : les vampires, les skaters, les rappeurs, les emos, les rockeurs… ici confluent tout et tous.

Alors il ne faut pas une machine du temps pour assister à la lutte entre les zergs et les protoss, deux des races du monde créé par Blizzard Entertainment en 1998. Il suffit d’un billet d'entrée au théâtre Maxim Rock, le temple du métal cubain.

Cette fois quatre jeunes s’affrontent pour les médailles qu'accorde la Havana Starcraft League (HSL) dans son onzième tournoi depuis sa naissance officielle en janvier 2007. Les premières tentatives d'organiser les joueurs de l'île sont loin, il y a plus d’une décennie. Maintenant, sous l'égide de l'Association des Sports Électroniques de Cuba (ADEC), le spectacle est en grand.

Deux écrans géants sur la scène montrent le champ de bataille, le troisième, au centre, les joueurs. Ils sont là, concentrés sur le moniteur, déplaçant les doigts à mille kilomètres à l’heure, tendus, faisant clic clic clic… déployant leurs troupes, dans un duel singulier égal à ce légendaire entre Hector et Achille, les héros de l'Iliade.

Avant d'arriver à ce moment, ils ont dédiés des heures et des heures à s’entraîner, à apprendre de mémoire les forces et les faiblesses de leurs troupes, à mémoriser les tactiques et les accidents sur le terrain. Ce ne sont pas de féroces guerriers, mais des adolescents calmes.

Ils ne sont pas entourés des murs et des sables de Troie, ni n’entendent les voix des Grecs et des Troyens mais ils sont dans une salle froide, semée de câbles et d’équipements électroniques.  Le brouhaha agite les murs du théâtre, en  bas, sur un plateau improvisé où des centaines de fanatiques suivent les actions. Les garçons crient, applaudissent, lèvent des pancartes d'appui à leurs idoles, comme dans un stade. Qui a dit que les Cubains étaient seulement capables de se passionner pour le baseball ?

Face à eux un panel de spécialistes commente chaque jeu, analyse comment les armées développent leur recours, signale les erreurs et les opportunités, pronostique la victoire de certains, regrette la défaite d'autres. Aucun n’arrive à l’âge de 40 ans, cependant ils sont déjà des vétérans du Starcraft, respectés par leurs connaissances de ce « jeu science » du XXIème siècle.

Et quand les zergs chargent contre les protoss et que l’on entend le fracas des armes, les aïeux des futurs terran, la race descendant des actuels terricoles, sont agités d'émotion, bien que dans la Voie Lactée du XXVIème siècle, au moins dans celle préfigurée aujourd'hui par les assistants à la grande finale, les humains aient disparus.

Personne ne veut être terran dans ce monde, personne ne veut partager le sort de ces rebelles qui ont défié le pouvoir et qui ont été lancés vers l'espace dans une expédition fatidique. Dans ce coin de la ville, à des centaines d'années du présent, il est meilleur d'être un alien et de se battre pour la gloire fugace des étoiles.