Il n'ya pas de fumée... sans Habanos divins



« Fumer une cigarette équivaut à avoir des rapports sexuels ; fumer un havane équivaut à faire l’amour. »    Jeremy Irons, 2005

Le plaisir contemplatif et unique de fumer un havane (on devrait dire un Habano) ne peut jamais être pris à la légère. Même s’il existe un groupe de privilégiés qui peuvent se procurer régulièrement ce plaisir, cela ne veut pas dire qu’ils n’apprécient pas leur chance. Peu importe le nombre de cigares que l’on fume, on ne se lasse jamais de la

perspective propre à un gentleman – ou à une dame – d’extraire un havane de l’humidor. Doucement, on le palpe et l’on perçoit cette odeur merveilleuse avant de le décapiter tendrement et de l’allumer pour recevoir un impact agréable de saveur et d’arôme, alors qu’une ondoyante spirale de fumée bleue se dégage lorsqu’il est au repos.

Lorsque Christophe Colomb arriva à Cuba en 1492, il rencontra des indigènes qui fumaient ce qu’il décrivit comme « des herbes parfumées ». Le mot aborigène pour nommer les cigares était « cohibas », roulés comme les cigares du même nom produits à Cuba. Pour les non initiés, il n’existe aucune différence entre l’odeur et la texture des différentes feuilles utilisées dans le processus ; mais pour les spécialistes que sont les torcedores, les subtilités entre feuilles sont infinies. Ils choisissent rapidement et avec dextérité ces feuilles qui donneront corps à chaque partie du cigare, que ce soit la tripe, la sous cape ou la cape, et savent exactement comment compresser ou étirer ce mélange secret, qui donnera le divin résultat final.

Avant la Révolution, on recensait un grand nombre de marques de cigares à Cuba, pour la plupart  produites dans de petites fermes de la Vuelta Abajo, la région de la province de Pinar del Río, à l’ouest de l’île, où l’on cultive le meilleur tabac au monde. Cette multiplicité de marques est avalisée par les fabuleuses archives de « vistas » (images au graphisme élaboré) de la Bibliothèque nationale et, en particulier, par les bagues, qui constituent de fascinants documents d’histoire sociale du pays.  Elles étaient fabriquées à la demande pour les principales personnalités de La Havane, à savoir hommes politiques, maffioso, visiteurs et célébrités du moment. La « vitolphilie » – collection de vistas et de bagues – réunit de nombreux amateurs qui entretiennent des rapports entre eux dans l’espoir de perfectionner leurs collections, mais aussi de faire revivre cette histoire à travers l’image du cigare.

Nombre des étiquettes portent des images de Cubaines superbes dans des poses langoureuses. Au XIXe siècle, les maris enfermaient leurs épouses à l’intérieur des maisons comme s’il s’agissait de trésors précieux que personne d’autre ne pouvait contempler. Cependant, certaines Havanaises fumaient des « puritos » et utilisaient une sorte de pinces pour ne pas salir les robes en soie.

De nos jours, les Havanaises fument en général des cigarettes mais sont capables d’apprécier les étrangères utilisant un bon cigare comme accessoire dans les soirées distinguées. Actuellement à Cuba, fumer des havanes semble être l’apanage exclusif des hommes, notamment des plus âgés dont la santé ne semble pas pour autant être compromise. Nous en voulons pour preuve les visages satisfaits – couverts de rides et burinés par le soleil – qui font tourner entre leurs gencives édentées les restes de ce qui a dû être un cigare. Ce qui rapproche tous les fumeurs de cigares c’est leur passion pour le havane. Ainsi donc, que vous ayez ou non de l’argent à griller, choisissez soigneusement votre cigare et fumez-le avec le respect qu’il mérite.