Internet progresse à Cuba, les services aussi ?

2017-12-26 15:34:03
Olivia Ameneiros
Internet progresse à Cuba, les services aussi ?

Si les Cubains sont de plus en plus nombreux à accéder à internet, les services en ligne de plateformes publiques ou privées sont à la traîne.

Il est vrai que l'on se connecte davantage à Cuba : selon l'ONEI, organisme chargé des statistiques, 403 habitants sur 1000 ont accès au web.

Il n'en demeure pas moins que ces chiffres laissent un nombre de questions importantes sans réponse. Comment cette généralisation de l'accès à internet contribue-t-elle au développement du pays ? Les usagers bénéficient-ils de meilleurs services ? Ce phénomène se traduit-il par davantage de dialogue entre le peuple et les dirigeants politiques ?

Que représente une heure de connexion à internet pour un Cubain ?

Même après trois baisses consécutives des tarifs, le prix d'une heure de connexion (1 CUC) reste conséquent compte tenu du salaire moyen des Cubains.

Aussi, les Cubains — du moins ceux qui se connectent en payant, car bon nombre d'usagers ont accès à la toile sur leur lieu de travail — consacrent-ils généralement cette heure de connexion à surfer sur les réseaux sociaux pour communiquer avec leurs proches.

Les données fournies par les pages We are social, Hootsuite et Similar Web indiquent que Facebook figure en tête de liste des sites les plus visités parmi lesquels on trouve aussi d'autres réseaux sociaux comme Twitter, Pinterest et Instagram.

L'application de messagerie vidéo IMO à laquelle on accède facilement depuis Cuba est également largement utilisée pour communiquer avec les amis et les membres de la famille qui vivent à l'étranger.

Pourquoi, dans ces conditions, les usagers ne passent-ils pas davantage de temps sur des sites de démarches en ligne ? Pourquoi n'utilisent-ils pas internet pour accéder à des services plus facilement ? Tout simplement parce que, le plus souvent, ces services en ligne n'existent pas à Cuba.

Plus d'internet, de meilleurs services ?

Si on exclut quelques rares sites de réservation dans le tourisme, de billetterie pour des sorties culturelles et de quelques organismes publics cherchant à améliorer la communication avec les usagers, il n'existe pas de véritables systèmes en ligne permettant aux Cubains de bénéficier de services sur internet.

C'est pourquoi certains spécialistes cubains, comme le chercheur en télématique Julio César Camps, sont de l'avis que l'augmentation de la connectivité ne signifie pas automatiquement de meilleurs services. En effet, les craintes liées aux interactions entre usagers et plateformes internet restent fortes à Cuba tout comme l'idée selon laquelle les sites sont toujours responsables de tout, « et ce ne doit pas être ainsi », estime Camps.

Pour l'ancien directeur des services TIC de l'université technique de La Havane, il s'agit là de la première barrière à la création de nouveaux services en ligne.

Par ailleurs, nombreux sont ceux qui critiquent l'absence de sites internet permettant d'effectuer des paiements ou des contrats, de banques en ligne ou de services postaux sûrs. Quant au e-commerce, il reste très insuffisamment développé.

Julio César Camps considère que la technologie suscite encore de la méfiance et que les rares sites qui proposent des démarches en ligne exigent une copie papier des documents. « Cela ne peut pas fonctionner comme cela » regrette-t-il.

Il découle de ces analyses que l'élargissement de la connexion à internet n'est pas suffisante pour changer les dynamiques des entreprises et des acteurs institutionnels cubains sur le web.

Leaders politiques et réseaux sociaux à Cuba

La majorité des dirigeants cubains, en particulier au niveau local, ignorent tout des Trendings Topics, des hastags, des profils, de la question du positionnement, de ce qu'est un Community Manager et de son rôle. C'est pourquoi, même si à l'étranger de nombreux leaders sont présents au quotidien sur internet, les cas sont encore rares à Cuba.

Certains acteurs font figure de pionniers par leurs bonnes pratiques, comme le ministère des Affaires étrangères (@CubaMINREX) qui est constamment actif sur internet et encourage ses fonctionnaires à en faire de même.

Depuis deux ans, l'Assemblée nationale du Pouvoir populaire (@AsambleaCuba) a suivi cet exemple, et partage sur son compte officiel des interventions des députés, des images et des vidéos des séances du parlement.

Si certains leaders et organismes, comme le ministère du Tourisme(@MinturCuba), celui de l'Enseignement supérieur, ou les universités, cherchent à s'inscrire dans ces nouvelles formes de communication, tout le monde n'a pas renoncé aux mécanismes d'information verticaux.

Cetains acteurs institutionnels ou politiques ont certes créé un profil Facebook ou Twitter mais ceux qui maîtrisent les codes des réseaux sociaux et présentent une véritable activité sont rares : on se contente trop souvent de copier des contenus.

On trouve des profils extrêmement rigides qui laissent peu de place à la flexibilité, des personnalités publiques qui semblent dialoguer à distance et qui commettent même l'erreur de parler d'elles-mêmes à la troisième personne.

Le grand défi qui se présente est donc de faire prendre conscience aux acteurs institutionnels et aux dirigeants de la nécessité de donner une visibilité sur internet à la réalité cubaine, de l'échelon local au national.

Traduction : F. Lamarque

Habana XXI

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