Jean Laffitte, la vie d'un pirate

2012-10-05 05:38:13
Pietro Sánchez Quesada
Jean Laffitte, la vie d'un pirate

Multiples sont les faits dans lesquels les célèbres frères pirates Jean et Pierre Laffitte furent involucrés durant leur vie agitée et romanesque. Actes d'héroïsme, traite d'esclaves, piraterie, trahisons et infâmes délations, nuancèrent l'existence de ces personnages qui sillonnèrent, sous de dissemblables pavillons, le golfe du Mexique, la mer des Caraïbes, le centre, le sud et le nord de l'Amérique.

Il est assez connu qu'en 1815, quand les anglais proposèrent à Jean (notoire tête pensante de la paire) de passer à leur service contre les étasuniens, celui- ci s'adressa au Gouverneur de Louisiane pour l'informer du plan d'invasion britannique, étant prisonnier du politicien, pour piraterie.

Peu de temps après, les Anglais assaillaient Nouvelle Orléans, capital de Louisiane. La rendition de la place était imminente, quand Pierre Laffitte fit irruption dans la bataille avec son escadre, cela décida la victoire pour les nord-américains. Cette action leur value une amnistie par le Président Madison, c'est pour cette raison qu'ils restèrent en la propre Nouvelle Orléans, étant considéré jusqu'à présent dans le rang des fils illustres de cette terre (!).

Mais la vie d'aventures les attirait trop... ils retournèrent à leurs aventures et dans cette partie de l'histoire de Cuba et plus particulièrement dans celle de Santa María du Puerto del Príncipe, aujourd'hui Camagüey.

Jean Laffitte à Camagüey

Aux débuts de 1822, Jean, déjà réputé comme le Pirate du Golfe, touchait la côte sud de Cuba, le petit navire qu'il commandait fut attaqué par un autre corsaire, l'obligeant à s'enfuir vers la terre. Il fut capturé par les espagnols, conduit à Puerto Príncipe et incarcéré comme un prisonnier commun, là il feint d'être blessé grièvement.

Tenant compte de la gravité apparente du prisonnier, le juge accepta qu'il soit transféré à l'ancien Hôpital de San Juan de Dios - situé sur l'actuelle Place du même nom, Monument Nationale et l'un des ensembles architecturaux urbains le mieux conservé du XVIIIème siècle -, assuré par l'Ordre des Juaninos, unique qui existait dans la ville à cette époque.

Une garde fut sollicité pour surveiller le prisonnier, mais celle-ci fut refusée par le Lieutenant Gouverneur; le juge plaça alors Laffitte, sans davantage de condition que tout autre patient.

Dans la nuit du 13 février, Laffitte profita d'une occasion et s'enfuit, en laissant les béquilles derrière la porte comme une façon de faire ses adieux et de tromper les autorités.

Le bruit couru qu'il fut aidé de l'extérieur, grâce à ses contacts comme agent secret espagnol et ses relations avec Alejandro Ramirez, intendant de Finances à Cuba.

Toutefois, quelque temps ensuite, il naviguait le long des côtes cubaines, se vouant à la contrebande et à la traite clandestine d'esclaves. A Rincón Grande, entre Cayo Guajaba et Sabinal, sur la côte nord camagüeyenne, il exploita un entrepôt de marché noir.

Le décès de Jean est aussi mystérieux que se vie peu commune. Certains disent qu'il mourut en 1825 ou 1826, sur l'un de ses bateaux près des côtes cubaines, lors d'une altercation quant à l'utilité d'un débarquement clandestin d'esclaves.

L'assassin fut identifié comme l'un de ses associés camagüeyens dans la traite d'esclaves, dénommé Betancourt. Toutefois, des sources nord- américaines plantent qu'il décéda le 5 Mai 1854 en Illinois, se référent que Jean, à 65 ans, en 1847, a personnellement connu Marx et Engels à Bruxelles, par l'entremise d'une autre personne qui fit parvenir le Manifeste Communiste à Abraham Lincoln, quand celui- ci était membre du Congrès Fédéral.

Quand est réellement mort Jean Laffitte ? Digne final inconnu pour une existence pour certain romanesque et riche, mais tant réel, que toute littérature de fiction.

Pietro Sánchez Quesada

Journaliste de Radio Cadena Agramonte, Camagüey.
Traduit par Alain de Cullant

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