Jeunesse cubaine

2017-10-04 13:35:35
P. del Castillo
Jeunesse cubaine

 

Des amphis de la fac au premier emploi. Comment se déroulent les études et l’insertion des jeunes diplômés à Cuba? Quoi de mieux que de poser la question aux jeunes Cubains eux-mêmes ?

Quand on cite les conquêtes de la révolution cubaine, outre la santé, la culture et le sport, on évoque invariablement l’éducation. Les chiffres témoignent des efforts consentis par l’État pour garantir la gratuité et l’universalité en la matière ; une réussite qui a même traversé les océans : la méthode « Yo sí puedo » a conduit à alphabétiser des personnes... jusqu’en Espagne! Un certain nombre d’ombres viennent cependant obscurcir ce tableau, avec notamment un manque alarmant et chronique d’enseignants, largement attribuable à l’insuffisance des salaires. Concrètement, comment se déroulent les études et l’insertion des jeunes diplômés à Cuba? Quoi de mieux que de poser la question aux jeunes Cubains eux-mêmes ? Rencontre avec une chercheuse havanaise, Amparo, 27 ans, titulaire d’une licence en microbiologie de l’Université de La Havane.

Quel parcours ont suivi les jeunes Cubains qui entrent à l’université ?

Ils proviennent de différentes filières. La plupart des étudiants sont issus des lycées généraux (Preuniversitarios). Quand j’étais lycéenne — ce n’est plus le cas aujourd’hui —, ces établissements étaient situés à la campagne : nous étions tous internes. Certains étudiants viennent aussi des IPVCE, des lycées scientifiques qui regroupent généralement les meilleurs élèves. Pour s’inscrire à l’université, il faut réussir un examen d’entrée : histoire, espagnol et mathématiques sont au programme de ce test peu sélectif. Les diplômés des lycées professionnels (Politécnicos) qui ont commencé à travailler peuvent aussi accéder à l’enseignement supérieur dans le cadre de cursus aux horaires adaptés. On trouve aussi des étudiants qui se sont engagés à travailler pour l’armée ou pour le ministère de l’Intérieur et qui sont dispensés d’examens d’entrée.

Peut-on s’inscrire dans n’importe quelle formation ?

Chaque lycéen fait une liste de dix vœux par ordre de priorité. Chaque année, un certain nombre de places est attribué à chaque formation et les lycéens se voient proposer un cursus en fonction de leur classement, calculé à partir de leurs résultats aux examens d’entrée et de leur moyenne de terminale.

Comment se déroulent les années d’études ?

Depuis cette année, la plupart des licences se font sur quatre ans (cinq auparavant), sauf pour certaines formations comme médecine. Des partiels sont organisés à la fin de chaque semestre.

Quelles sont selon toi les spécificités de l’enseignement supérieur cubain ?

Je pense d’abord à la présence de matières générales dans les maquettes de toutes les licences : philosophie, économie politique, sport. Il s’agit de former des spécialistes disposant d’une large formation humaniste. Par ailleurs, tous les étudiants sont membres du syndicat, la FEU (Federación Estudiantil Universitaria).

Les étudiants cubains ont-ils beaucoup de frais ?

En principe, les étudiants vivent au foyer familial sauf pour ceux venus d’autres provinces, logés et nourris dans des résidences. L’inscription est gratuite et l’on reçoit mensuellement une petite bourse, entre 50 et 100 pesos cubains. Bien qu’il existe des salles informatiques dans chaque faculté, l’achat d’un ordinateur portable devient souvent inévitable : la plupart des manuels et livres sont fournis en format numérique.

Les étudiants cubains travaillent-ils pendant leurs études ?

Non, pas même pendant les vacances, sauf exceptions. Les parents aident leurs enfants au maximum pour que les jeunes puissent se concentrer sur leurs études. En revanche, chaque étudiant a un poste garanti à la fin de ses études.

Justement, comment se déroule l’insertion des jeunes diplômés dans le monde du travail ?

Dès la deuxième année de licence, les étudiants réalisent un mois de stage en entreprise. À la fin de leur cursus, les étudiants sont affectés à un poste de travail, en fonction de leurs souhaits, de leur classement dans la promotion et des besoins des entreprises. En contrepartie de la gratuité des études, les filles effectuent un « service social » de trois ans, deux ans pour les garçons (qui ont passé leur service militaire). Les jeunes perçoivent un salaire de base et sont suivis par un tuteur. Le service social débouche normalement sur une embauche en contrat à durée indéterminée après une évaluation.

Qu’en est-il des études après la licence ?

Ces formations sont suivies dans le cadre d’une activité professionnelle, aussi les travaux de recherche que nous réalisons s’inscrivent dans le travail que nous réalisons au quotidien. Le doctorat constitue le couronnement d’une carrière, on ne s’y attèle le plus souvent qu’après de longues années d’expérience. Déçus par les salaires et/ou désireux de voir du pays, de plus en plus de jeunes diplômés font le choix de postuler à des bourses de master et doctorat à l’étranger. De nombreux camarades de ma promotion sont aujourd’hui au Mexique, au Chili...

Habana XXI

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