L'art des cils

2012-06-07 17:10:14
Victoria Hammond
L'art des cils

Lorsqu’un Cubain bat les cils à La Havane, les tornades s’abattent sur le Texas.

Les dommages qu'ils causent

Un après-midi chaud à La Havane… La surface de la mer dans la baie ressemble à un cristal luisant alors que des châteaux de cumulonimbus avancent imperceptibles dans le ciel. Sur le mur de la promenade du bord de mer, le « Malecon », s’allongent des figures léthargiques. Les chiens somnolent à l’ombre des portiques pratiquement détruits. Rien ne bouge, l’air est suffocant et calme. Mais si vous vous appuyez sur le mur, prêt à cuire dans l’après midi bleu et doré, en vous submergeant voluptueusement dans les étapes du silence qui conduisent au sommeil, vous apercevrez un son subtil qui caresse vos tympans, un sifflement velouté, une rafale douce d’air comme un battement de petites ailes dans l’après-midi radiant. Et de temps en temps, un zéphyr doux qui murmure tout au long du mur. Qu’est-ce ? La mer est sereine, il n’y a pas de brise. Mais le son est encore là, un coup de tambour minuscule et sibilant. Vous vous retournez et vous découvrez l’origine du son : le mouvement languissant des cils cubains.

Lorsqu’un papillon bat ses ailes dans une forêt tropicale au Brésil, un tremblement de terre secoue la Nouvelle Guinée. Lorsqu’un Cubain bat les cils à La Havane, un volcan entre en éruption en Italie et les tornades s’abattent sur le Texas. Le chaos cubain a des manifestations multiples, mais aucune n’est aussi agréable, séduisante et extraordinaire que les longs, exubérants et brillants cils cubains. On se demande comment leurs propriétaires peuvent regarder à travers ; on dirait que c’est comme vivre derrière une version naturelle et finement travaillée des grilles délicates des fenêtres de la Vieille-Havane. Lorsque les Cubains baissent les yeux, les cils caressent les joues formant ainsi une demi-lune et lorsque le soleil se couche au-delà de l’embouchure de l’Almendares, ils projettent une fine ombre oblique sur les joues de ceux qui, somnolents, contemplent la mer à côté du donjon de la Chorrera.

Flexions, assauts, bottes

Les Cubains se situent aux premiers rangs internationaux en nombre de départements : beauté, créativité, courtoisie, énergie, humour et optimisme inébranlables. Mais si le Comité olympique international décide un jour de reconnaître l’escrime des cils comme un sport officiel, les Cubains remporteront certainement toutes les médailles d’or. Il ne fait aucun doute que pour mouvoir ces cils à des distances tellement prodigieuses ils doivent posséder des muscles propres. La précision charmante des flexions, assauts et bottes de cette compétition engendrerait un groupe international de fans fervents et exigeants. On pourrait aussi organiser d’autres compétitions, dont le marathon international annuel de clignement d’yeux de La Havane qui atteindrait rapidement une renommée mondiale avec la participation de professionnels de l’Italie, l’Espagne, la Colombie et le Mexique. Cependant, l’équipe amateur de Cuba remporterait toujours « El Guiño » (le clin d’œil), le trophée d’or qui représente un œil à mi-fermé.

L’emploi réussi des cils atténue les espiègleries 

Les Cubains ne naissent pas avec ces cils copieux. Au début, ils ne sont qu’une tache faite par un pinceau sur les paupières minuscules d’un bébé, mais quelques semaines plus tard, fertilisés avec amours et bisous, ils commencent à pousser comme de petites plantes grimpantes qui commencent à friser. De plus en plus longs, ils poussent jusqu’à ce que les mères se demandent s’il faudra les tresser. Mais, finalement, la vitesse diminue et les cils poussent au même rythme que le reste de l’enfant. Les garçons et les filles cubains apprennent précocement à exploiter l’effet dévastateur qu’un regard rapide à travers les cils peut produire sur les parents, les compagnons de jeu ou le directeur tourmenté du jardin d’enfants. Même après l’espièglerie la plus terrible, l’emploi réussi des cils peut considérablement atténuer les conséquences.

Dans le monde entier, les garçons, les filles et les adultes échangent des « baisers type papillon » : le battement doux de cils contre les joues. Le baiser donné par un garçon ou par une fille cubains peut être comparé avec une brosse douce et touffue qui effleure le visage. Chaque cil est épais, obscure et satiné, et sous la lumière intense du soleil l’ensemble reflète des arcs-en-ciel minuscules et brillants. Les miniforêts denses contiennent un buisson de poils minuscules avec des cils plus longs qui se détachent de la forêt comme les palmiers royaux à Pinar del Río. Et il ne faut pas oublier les cils inférieurs. Nombre de Cubains sont obligés de se soumettre chaque matin à un processus compliqué à l’aide du peigne pour essayer de séparer leurs cils, emmêlés pendant leur sommeil.

Cuba est un pays en développement et les coûts de l’énergie constituent un problème permanent. Peut-être un designer industriel ingénieux et autodidacte – comme ceux qui assemblent des appareils électriques complexes et étonnants (bien que parfois dangereux) dans les coins reculés de La Havane – sera-t-il capable d’inventer une modalité d’autosuffisance énergétique au foyer. L’année 2006 a été proclamée « Année de la révolution énergétique à Cuba ». Si chaque membre de la famille consacre un peu de temps tous les jours à mouvoir les cils avec énergie comme s’il s’agissait d’un parc éolien miniature les besoins en électricité seront facilement couverts.

Les Cubains ont la réputation d’être beaux. Il est vrai que le pays compte des femmes et des hommes sculpturaux et beaux qui ne doivent pas trop s’efforcer pour rehausser leurs charmes naturels. Le rimmel serait un danger pour les femmes cubaines car son application transformerait leurs cils en broussailles tellement impénétrables qu’en marchant dans les rues, incapables de voir à travers, elles disperseraient les passants avec leur pas ondoyant à l’aveuglette.

Les visiteurs se demandent peut-être d’où provient cette réputation de beauté sensationnelle. Lorsqu’ils se reposent, nombre de Cubains les plus âgés ressemblent aux lézards. Mais dès que quelque chose attire leur attention la ressemblance disparaît d’un coup. Peu importe l’âge, l’effet ne varie pas : les cils éblouissants entrent en action et encadrent des regards pétillants aux conséquences irrémédiables et vibrent délicatement comme les ailes d’un oiseau mouche.

Ce phénomène naturel extraordinaire compte parmi les plus grands trésors de Cuba qui devrait être bientôt classé par l’Unesco : Patrimoine de l’humanité, pour l’apprécier, le protéger et le préserver à l’échelle internationale. 

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