L'art exquis de fabriquer des violons



C'est à Camagüey que l'on trouve un atelier d'instruments de musique de renom à Cuba et dans le monde. Plusieurs luthiers chevronnés y travaillent.

Manuel Valls García est un homme humble qui ne vante pas ses qualités dans un métier pourtant rare : celui de luthier.

Il l'a appris il y a plus de trois décennies avec Álvaro Suárez Ravinal, un homme qui s'est initié de façon autodidacte à l'art de confectionner des guitares et des violons.

Suárez a aussi été un des précurseurs de l'atelier d'instruments de musique à cordes, situé dans le village de Minas, au nord de la ville de Camagüey.

L'atelier de violons de Minas, comme on le connaît populairement, a été inauguré en décembre 1986, à l'initiative de Juan Almeida Bosque, un des leaders de la Révolution cubaine. Motivé par un échantillon d'instruments élaborés par Suárez Ravinal — que lui montrera un habitant de sa propre région —, Almeida a eu l'idée d'augmenter la production et de perpétuer ce magnifique métier avec les générations suivantes.

Manuel a ainsi terminé sa formation à seulement vingt et un ans. Il nous raconte avec fierté que ses professeurs lui ont demandé de passer par tous les stades de la production, depuis la manufacture des caisses de résonance et des manches jusqu'à l'assemblage. C'est ainsi qu'il est devenu une des rares personnes à Cuba capable de fabriquer intégralement un violon, ainsi que des guitares et le tres (instrument typique cubain).

Le processus de manufacture

Interrogé sur le processus de fabrication d'un violon, Manuel nous révèle que cela commence par le choix du bois. Il insiste sur le fait qu'il doit être bien sec et avoir une bonne fibre puisque cela a une influence sur la qualité du son.

Jusqu'à ces dernières années, on utilisait l'érable, importé du Canada, pour faire le fond et les éclisses. De nos jours, pour des raisons économiques, on l'a remplacé par des bois cubains comme le chêne et l'acajou qui ont une bonne sonorité ; la partie supérieure se fabrique en sapin, un arbre qui ne pousse pas à Cuba.

Une fois le bois sélectionné, on commence par couper les pièces, qui sont ensuite amenées au département d'assemblage où on monte l'instrument. Puis, on le met sous presse, pour ensuite ajouter les accessoires (les chevilles, bouton, cordier, touche), adapter le chevalet et l'âme, et enfin faire les finitions.

C'est à ce moment-là que le polissage est d'une importance vitale du point de vue esthétique car il est important d'éliminer les rayures caractéristiques du bois. Pour cela, il est nécessaire d'utiliser une série de papiers de verre de différentes épaisseurs, jusqu'à ce que l'instrument soit bien poli. Comme teinture, on utilise le manglier rouge, recouvert d'un vernis spécial séchant bien et faisant briller.

Bien qu'il soit facile à décrire, dans la pratique, le cycle complet de fabrication d'un violon, dans l'atelier de Minas, dure environ un mois, en y travaillant tous les jours, vu que toute la manufacture est artisanale.

Il faut souligner que cette petite industrie ne produit pas de violons de concerts, mais d'études, destinés aux écoles d'art du pays et des Casas de Cultura où on encourage le mouvement d'artistes amateurs.

La collection de souvenirs reste une attraction pour les visiteurs, qui n'hésiteront pas à emporter à la maison une reproduction miniature des instruments faits par les fabricants de Minas.

A Cuba, il existe deux ateliers homologues : un à La Havane et l'autre à Santiago de Cuba, mais ces derniers ne font que des guitares et des instruments à percussion. Celui de Minas est unique à Cuba et en Amérique latine où sont confectionnés des violons, ce qui lui a valu de nombreuses visites de luthiers comme le célèbre Vladimir Pilar.

Un métier qui exige du dévouement

La responsable de la production de l'entreprise, Zoraida Vernon Grenidge, est aussi passionnée par le travail réalisé par les vingt employés, dont onze directement dans les ateliers.

Zoraida indique que la formation de ces ouvriers est empirique, à partir d'une expérience transmise de génération en génération, et elle insiste sur le fait que ce métier se perd parce que la relève n'est pas assurée.

A ce propos, nous demandons à Manuel si un de ses enfants a choisi de suivre ses pas. « Malheureusement non, répond-il, le métier de luthier ne s'apprend pas du jour au lendemain mais après des années d'apprentissage. Il est indispensable que cela plaise à celui qui va le réaliser parce que cela demande beaucoup de patience et de temps. Ah! et en plus, il faut être soigneux, parce que confectionner un instrument de musique est un travail minutieux, c'est une œuvre d'art. »

Traduction : F. Lamarque