L'art s'empare de la ville



 

Place à l'expérimentation au quotidien, la ville devient une galerie vivante où les artistes et les “anonymes” se fondent dans un seul et même concept : des agents de change. Il s'agit de la Biennale d'Art Contemporain de La Havane que la ville accueille en mai tous les deux ans.

Toute personne arrivant à La Havane à la veille de la Biennale remarquera les visages interrogateurs et surpris de ses habitants. Déjà un mois auparavant, des lieux qui habituellement passaient inaperçus, voir même avaient été oubliés, se transforment en laboratoires d'artistes cubains et étrangers.

 

D'énormes tissus sont accrochés sur les parois d'un édifice menacés d’effondrement ; des murs sont construits autour d'un espace vide ; des embarcations que nous pouvons à peine comprendre sont jetées à l'eau… Et aussitôt, toute personne qui habite ou passe par ces endroits se voit impliquée. Les habitants de La Havane et les visiteurs vivent chaque minute de ces « processus créatifs », en accompagnant les artistes et en participant à leurs créations... Bien souvent, ils en savent plus sur l’œuvre qu'un régisseur ou qu'un galeriste.

 

Et en mai, au moment de l'inauguration de la Biennale, nous assistons à la tombée de rideau, à la démolition des murs et à la découverte du contenu des embarcations… Nous observons alors que, sur les murs de l'immeuble effondré, un artiste y a peint le visage d'une femme de couleur ou bien un tournesol ou encore un morceau de peau tannée par le soleil. Derrière les murs, une équipe de jeunes artistes était en train de construire une ville miniature, dans laquelle nous avons tous notre place et notre mot à dire. Et sur l'embarcation flottante se trouvait une réplique de la Vierge de la Charité d'El Cobre, comme si nous pouvions tout recommencer à zéro...

 

Pendant ce mois de mai, les artistes installent également des créations sur les murs du Musée National des Beaux Arts et des principales galeries de la ville. Ces espaces n'appartiennent plus alors à l'élite intellectuelle mais sont là pour permettre à la population de participer et de savoir en quoi consiste la consommation d'art. 

 

Par exemple, un artiste dont je ne me souviens pas la provenance va amener une patinoire ainsi que trois cents patins à glace et la posera devant le Malecón, sous un soleil de plomb. Un autre installera au même endroit un grand miroir afin que les gens puissent se voir avec la mer en fond lorsqu'ils s’assiéront sur le mur. Et un troisième a décidé d'installer des micros sur l'une des places principales de La Havane, micros qui seront allumés afin que les gens puissent parler...

 

Durant ces jours exceptionnels, la capitale cubaine devient un vivier d'ingéniosité et de créativité, de critique et de séduction, de talent et de sens commun. Il s'agit de la deuxième Biennale d'Art la plus importante du continent, qui prend possession de la ville tous les deux ans... Juste au moment où les premières averses commencent à frapper La Havane.