L'investissement étranger à Cuba



À la chute du régime soviétique, Cuba s’est retrouvée sans capital, sans pétrole, même sans marché extérieur à fournir. Le gouvernement cubain a alors décidé d’ouvrir le pays aux investisseurs étrangers pour se maintenir sur le marché mondial. Les investissements étrangers sont réglementés par la loi 77 datant de 1995. En fait, une approbation individuelle du gouvernement est souvent nécessaire afin de pouvoir faire des affaires sur l’Île. Ne sont acceptés que les investissements conformes aux intérêts gouvernementaux.

Suite à cette politique sélective des investisseurs durant la dernière décennie, les autorités ont focalisé leurs échanges avec le Venezuela et la Chine. C’est pourquoi ces deux pays sont surreprésentés sur l’île comparés aux autres nations.

L’ouverture aux investissements étrangers durant les années 90

Cuba connut la pire crise économique de son histoire contemporaine avec l’effondrement du bloc soviétique. Le pays perdit alors plus de 80% de ses sources d’approvisionnement et de ses débouchés extérieurs. En outre, Cuba n’eut plus accès aux programmes de financement offerts durant plusieurs décennies par l’URSS.

Le PIB s’est alors réduit de plus de 30% en 4 ans. Les exportations ont drastiquement chuté pendant que les capacités d’importation ont été réduites. On vit apparaître les premiers manques : produits alimentaires, matières premières, énergie. L’économie subit une décapitalisation sans précédent. Une crise de l’investissement se fit ressentir profondément dans l’île.

Devant la nécessité de redémarrer l’économie, le gouvernement cubain conçu un plan de réforme intitulé « stratégie pour la période spéciale ». Il ouvrit le pays aux capitaux étrangers dans certains secteurs afin de réapprovisionner financièrement les entreprises, de dynamiser l’innovation et d’accéder à de nouveaux marchés.

Le cadre légal

La loi 77 de 1995 offre la possibilité aux investisseurs étrangers de placer leurs fonds dans pratiquement tous les secteurs excepté la santé, l’éducation et la défense. L’organisme régulateur est le ministère du commerce extérieur et de l’investissement étranger. Afin d’investir sur l’Île, l’étranger devra commencer par déposer un dossier à la direction de l’évaluation et de la gestion des projets d’investissement (DEGPI).

La loi autorise la création d’entreprises mixtes (comprenant une participation de l’état cubain à hauteur de 50%), de contrats d’association économique internationale et d’entreprises aux capitaux majoritairement étrangers. Le gouvernement a ouvert des zones franches jusqu’au début des années 2000 avant de réorienter les affaires dans des parcs industriels et commerciaux.

La gestion des ressources humaines est très réglementée à Cuba. Pour toute embauche, l’entreprise doit prendre contact avec l’organisme d’état gérant l’emploi et doit lui fournir des informations sur le montant du salaire mensuel de chaque travailleur en dollars. L’organisme se chargera de payer ces salaires en monnaie nationale.

Cette stratégie d’ouverture aux capitaux étrangers permet à l’état de profiter d’investissements importants sans dépenser ses devises. Cuba apporte le terrain, les infrastructures et la main d’œuvre. L’investisseur étranger fourni l’argent nécessaire pour faire fonctionner les affaires.

Afin d’attirer ces investissements, Cuba offre une main d’œuvre qualifié, une stabilité sociale et une situation géographique intéressante (sur le chemin de plusieurs routes commerciales d’importance). En avril 1997, plus de 70 pays ont signé avec Cuba des accords de promotion et de protections des investissements.

Les investissements pendant la première décennie de 2000

Depuis le début du XXIème siècle, le gouvernement cubain a réduit les investissements étrangers en mettant en place une politique de sélection des investisseurs. L’objectif est d’attirer des investissements en conformité avec les objectifs et les intérêts politiques du pays.

Les autorités ont alors privilégié les investissements dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie, le nickel, le tabac, les boissons, le tourisme et même la biotechnologie.

Ces restrictions ont diminué fortement le nombre d’entreprises à capitaux étrangers. Les statistiques officielles le prouvent : de 403 entreprises mixtes en 2002, leur nombre s’établit à 218 en 2009.

Depuis l’année 2000, une législation a été mise en place dans les modalités de production en coopération et dans l’établissement des contrats d’administration. Il est dorénavant plus simple et flexible de gérer une entreprise. Néanmoins, depuis 2004, seul le secteur du tourisme peut mettre en place des contrats d’administration.

Une des principales difficultés des investisseurs actuels est l’encaissement à l’échéance de leurs crédits. Les crises financière et économique qui ont frappé l’Île entraînent des retards importants dans les règlements des dettes de l’Etat.