La bruyante Havane



Même si la capitale cubaine paraît minuscule comparée aux capitales française, mexicaine ou japonaise, La Havane est la ville la plus peuplée des Caraïbes avec plus de 2,1 millions d’habitants. En outre, elle trône sur le podium des villes les plus bruyantes de la planète.

Pourtant, la ville centenaire ne subit pas les affres d’un trafic chaotique, de travaux en série ni d’usines productives. Le bruit provient plutôt des moteurs, des chaînes hi-fi et surtout des discussions entre Cubains qui irritent les oreilles des plus sensibles.

Photo : Cubania 

Des discothèques roulantes

Les chauffeurs d’autobus de La Havane sont très variés. Leur cabine peut être décorée de peluches, d’affiches représentant des célébrités locales, de drapeaux cubains ou de toutes autres sortes d’objets kitchs.

Depuis que les nouveaux bus chinois sont apparus sur l’Île, les chauffeurs peuvent faire entendre leurs préférences à travers l’auto-radio-cd intégré dans chaque véhicule. Les voyageurs sont alors obligés d’écouter quotidiennement les musiques les plus diverses de la pop juvénile au reggaeton entêtant, sans oublier la timba ou même parfois une version du Lac des cygnes.

La passion des Cubains pour la musique s’impose à tous : des piétons aux conducteurs de veilles voitures américaines (les almendrones). Beaucoup préfèrent investir dans un bon autoradio Pioneer plutôt que de réparer ou repeindre leur voiture.

Même si ces priorités nous semblent irrationnelles, elles sont évidentes pour tous les chauffeurs de taxis de La Havane. Une Chevrolet 1956 sans autoradio manque de swing. Elle n’attire pas les adolescentes qui deviennent folles en pénétrant dans ces discothèques motorisées en direction des lieux festifs de La Havane.

Ces bolides parcourent ainsi la ville, traversant bruyamment les avenues telles que 10 de Octubre ou l’interminable 51 - Calzada del Cerro – Monte.  Les passagers ne se plaignent pas, ils sont prévenus que la musique est incluse dans le prix du transport.

Parler à haute voix

Les habitants de la capitale cubaine s’intéressent peu à la presse locale. « La bola » ou « radio bemba » (les rumeurs) est devenue le principal moyen de communication à travers la ville. Les voisins s’échangent de vive voix les nouvelles de la capitale dans une atmosphère chaleureuse.

Les quartiers limitrophes de la Vieille Havane s’informent de l’arrivée de nouveaux produits sur le marché à travers la voix tonitruante d’une voisine : « la viande hachée est arrivée à la bodega ! ».

La trame sonore de la ville s’harmonise avec les bruits quotidiens. Lors de la saison des chivichanas (sorte de voitures en bois pour les enfants), la foule s’extasie pendant que les téléséries passent en bouclent à la télévision. Alors que les aficionados des dominos posent leurs pièces sur la table toute la journée, leurs cris de joie (« se pegó », j’ai gagné) ou de frustration (« metió forro », tu as triché) animent les allées.

Le généreux voisin qui sort les enceintes sur son balcon et diffuse du reggaeton à plein volume est un personnage fréquent à La Havane. Si le socialisme a institué quelque chose à Cuba, c’est une mentalité collective sans frontière. L’idée d’écouter de la musique chez soi sans en faire bénéficier les voisins paraît très égoïste pour un grand nombre de Cubains.

C’est peut être pour cette raison que lorsqu’un Havanais s’arrête sous un arbre écouter la nature ou souhaite simplement s’évader dans une rue calme du Vedado, ses compatriotes lui reprochent en cœur : « Allons, ne fais pas l’étranger ! ».