La célébration de la Caridad

2012-10-31 03:32:07
Jorge Ramirez Calzadilla
La célébration de la Caridad

Chaque 8 septembre à Cuba, on fête le Jour de la Caridad. Cette fête religieuse est célébrée de différentes façons, reflétant les divers apports culturels et religieux de l’Espagne et de l’Afrique.

La Caridad est, sous la bénédiction de l’église catholique, la Patronne des Cubains. La légende raconte qu’elle serait apparue à trois pêcheurs, proches de Santiago de Cuba, là où se dresse aujourd’hui le Sanctuaire du village d’El Cobre. C’est l’icône catholique la plus connue sur l’île. On la connait sous différents noms : Nuestra Señora de la Caridad del Cobre, Nuestra Señora de la Caridad ou simplement La Caridad.

Au rythme des colonisations, la Caridad a été associée à Ochún, divinité des eaux douces dans la Regla Ocha (autrement appelée la Santeria, religion populaire à Cuba). Celle-ci est connue pour sa douceur, sa sensualité et sa couleur jaune. Pour beaucoup, la Caridad est simplement « Cachita », sans plus d’explications. La diversité des croyances religieuses alimente ces différentes représentations.

Traditionnellement, à Cuba, des pèlerinages et des regroupements religieux sont organisés à des dates déterminées. On y honore les divinités, les exposant à tous et leur associant le miracle de réunir les confessions religieuses les plus diverses. En parallèle, de nombreuses cérémonies de plus petites tailles sont organisées par les dévots (santeros ou non) généralement la veille : veillées, violons, bembés, tambours…

Les figures religieuses préférées des croyants cubains sont San Lázaro – le plus populaire –, la Caridad, la Merced, la Vierge de Regla et Santa Bárbara. Durant les quatre derniers mois de l’année (probablement en l’honneur de la Nativité), elles sont célébrées les unes après les autres selon un calendrier fixé par l’Eglise et accepté par tous.

Sanctuaires et processions

Deux sanctuaires sont en l’honneur de la Caridad : celui d’El Cobre et celui de Centro Habana. Toutefois un autre, situé à Regla dans la capitale, réunit un grand nombre de fidèles le jour de la Caridad alors qu’il est traditionnellement destiné à honorer la Vierge de Regla. Dans la liturgie religieuse, les deux figures sont distinctes. Chacune a sa représentation, sa légende et sa date de célébration. Dans le Regla Ocha, elles sont différenciées bien qu’apparentées : Ochún et Yemayá. Néanmoins, la dévotion populaire a décidé de les célébrer ensemble.

L’église catholique admet ce fait et prépare même des célébrations extraordinaires le 8 septembre (jour de la Caridad) dans le temple de Regla. D’autres sont organisées le jour de la Vierge. En réalité, les fidèles n’ont que peu d’intérêt à différencier les deux idoles. Ils préfèrent s’intéresser à leurs capacités miraculeuses.

Souvent, des neuvaines et d’autres activités sont organisées en amont des grandes célébrations. Les processions sont accompagnées de messes, dont les principales sont célébrées par le cardinal Jaime Ortega dans les sanctuaires havanais et l’archevêque de Santiago de Cuba, Pedro Meurice, à El Cobre. L’assistance aux messes est bien moindre que dans les processions. Cela montre que la religion à Cuba se trouve davantage dans les maisons que dans les temples. Beaucoup sont étrangers à la liturgie traditionnelle et même ne visitent que rarement les temples.

Les processions, dérivant de la tradition espagnole, sont très courantes en Amérique Latine. Elles se caractérisent par une extériorisation des croyances religieuses à travers des gestes et des objets. À Cuba, elles sont historiquement organisées à des dates bien différentes. Dans les années du début de la révolution cubaine, elles ont même été interdites. La politisation de la religion, menée par des adversaires de la révolution regroupés en majorité dans le Sanctuaire de la Caridad de Centro Habana, a transformé certaines processions en acte de protestation politique. La population n’a pas vraiment suivi le mouvement.

Aujourd’hui, les processions sont redevenues profondément religieuses. On y acclame la Vierge ou sa semblable Yoruba, on applaudit son image, on chante en cœur des cantiques. Certaines processions sont accompagnées de musiciens, du drapeau cubain et tout le monde entonne l’Hymne National à la fin. Les fidèles prient à voix haute comme cette ainée qui demandait à Yemayá, au temple de Regla, que les bons soient récompensés et que la paix soit préservée. D’autres réclament une solution à leurs problèmes quotidiens tels que la santé ou leur image personnelle.

Les offrandes affluent, les fleurs aux couleurs des divinités abondent… Depuis le quai d’embarquement de Regla, on lance des pièces de monnaie dans la mer, là où habite Yemayá.

Ce sont ces richesses de représentations et de cérémonies  qui donnent cette émotion et son succès à ces processions. Elles sont le reflet de ce qu’est la religion à Cuba : des symboles, des célébrations parfois éloignés des institutions traditionnelles, mais toujours très ancrés dans les foyers.

Inter Press Service en Cuba

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