La couleur bleue, un des leitmotivs de la ville

2012-06-07 17:10:36
Juliet Barclay
La couleur bleue, un des leitmotivs de la ville

Photo : Cuba Absolutely
La Havane est une fenêtre sur la mer.

Dans mes poumons chante l’air bleu de La Havane.

Extrait de Habanera de Jesús Orta Ruiz

Sous des siècles de lait de chaux multicolore des demeures du XVIIIe siècle de la Vieille-Havane, les archéologues découvrent souvent de belles et méticuleuses peintures murales où prédomine un bleu pastel exquis, connu comme « le bleu de La Havane », couleur que l’on continue d’utiliser dans la ville comme une douce évocation de l’azur triomphant du ciel cubain.

La Havane dégage le bleu. Les persiennes, les portes et les murs sont peints dans des tons qui vont depuis le bleu ciel jusqu’au bleu outremer. Des ombres bleues longent ses rues. La ville est entourée par le bleu foncé de l’Atlantique qui fait penser que celui qui nagerait dans ses eaux en sortirait teint de bleu marine. Les après-midi chauds de La Havane sont bleus et blancs notamment en raison du linge lavé que le vent agite sur les séchoirs des innombrables toitures de Centro Habana.

Le bleu de La Havane

Samedi matin, de grands gâteaux bleus profusément ornés sortent de la pâtisserie San José de la rue Obispo, alors que la couverture de meringue sucrée brille au soleil. Les voitures classiques nord américaines, restaurées à base de grosses couches de laque céruléenne, rugissent en passant, enveloppées dans un nuage de fumée bleue. Les trompettistes, dont les voisins se plaignent du bruit au moment des pratiques, s’assoient sur le mur du bord de mer, le Malecon, et d’un air taciturne lancent leurs « blues » à l’immensité bleue de l’océan.

Lors d’une fête traditionnelle organisée en privée, une belle jeune fille habillée en bleu et portant un turban de la même couleur représente la vierge noire qui préside l’église de Regla, petit village face à la baie de La Havane. Son équivalent afro-cubain, Yemaya, déesse de la mer, est associée aux symboles marins : ancres, bateaux, poissons, la lune. En se balançant doucement, ses dévots marmonnent des exhortations puissantes alors qu’ils portent à la main des colliers et des amulettes bleus et blancs.

 

Dans les patios coloniaux du XVIIIe siècle de la Vieille-Havane, des fleurs bleu clair sous forme de trompette tombent en cascade sur les colonnes toscanes. L’après-midi, lorsque le soleil pénètre de travers par les fenêtres, les vitraux lucarne, élaborés avec un verre de l’époque dont le bleu foncé s’apparente au violet, projettent des lumières ultraviolettes extraordinaires sur les murs blancs.

Dimanche matin, la couleur bleue brille et resplendit dans les tours et fronces des crinolines que portent les jeunes filles qui fêtent leur quinzième anniversaire. Dans leur parcours de la Vieille-Havane, portant des robes désespérément vaporeuses, les filles se pavanent et font des grimaces à la caméra. Le satin bleu vert, avec une fureur de dentelle de nylon, produit un effet incroyable lorsque les filles s’appuient avec leur attitude provocante sur les murs bleu ciel du bar Taverna de la Vieille-Place.

Il est difficile d’être triste à La Havane car le bleu se répand partout ; la couleur est l’un des leitmotivs visuels les plus forts de la ville. « Que serais-je si tu n’existais pas, ma ville de La Havane ? » se demandait le poète Fayad Jamis. « Lorsque j’ai erré à travers le monde tu étais avec moi, tu étais (…) un peu de bleu sur ma chemise, une amulette contre la nostalgie. » Après les avoir vus, on ne les oublie jamais : les bleus insondables de La Havane saturent la mémoire visuelle.

Juliet Barclay

Elle a travaillé dans le journalisme, la photographie et le design management. Ses travaux sont publiés en Angleterre, aux Etats-Unis et dans la Caraïbe. Ce sont ses 1ers voyages à Cuba, marqués par la frustration d'un manque flagrant d'information en anglais sur la ville, qui l'ont poussé à créer "Havana-Review of a City". Elle a également travaillé plusieurs années en tant que chef de projets Design de la Direction du Patrimoine Culturel de l’Office de l’Historien de la ville de La Havane.

Cuba Absolutely

C’est avec un grand plaisir que nous soumettons à votre considération les éditions de Cuba Absolutely, une revue culturelle, un vade-mecum économique et d’affaires, un guide touristique. Tout sur Cuba, Cuba absolument. Informer, attirer, divertir sur la base de la richesse du contenu, tel est l'objectif.

Nombreuses sont les hyperboles et les opinions sur Cuba. La subtilité est l’une des premières victimes de la rancune existant entre le gouvernement de Cuba et les exilés cubains de Miami : elle est soit jetée par dessus bord, soit perdue dans la traduction. La réalité ? Cuba n’est ni le paradis tropical socialiste vanté par ses admirateurs ni la dictature tyrannique critiquée par ses détracteurs. Nous avons la chance de pouvoir écrire sur Cuba, un site riche en histoires fascinantes où la crainte d’épuiser les sujets ne nous hantera jamais. Nous n’avons pas la moindre intention d’offenser d’autres petits pays, mais Cuba a de l’esprit.

C’est une île qui a fait valoir sa propre manière de faire les choses pendant plus de quatre décennies. Le monde peut devenir routinier mais Cuba restera personnelle et unique. Cuba Absolutely est divisée en sections.

www.CubaAbsolutely.com

Sur le même thème