La diversité sexuelle selon le socialisme

2012-12-08 04:23:59
David E. Suárez
La diversité sexuelle selon le socialisme

Dernièrement s’est tenu à La Havane le sixième congrès du Parti Communiste cubain. On célébra en même temps le 50ème anniversaire de la proclamation du socialisme sur l’Île. Pour fêter l’événement, les autorités ont organisé un défilé militaire le 16 avril où l’on pouvait voir les forces armées parader devant un équipement d’artillerie lourde.

Ce qui était nouveau cette année, c’est la présence d’un groupe de citoyens cubains, se faisant appeler « le peuple havanais », qui s’est mêlé à la parade sur la Place de la Révolution. Parmi toutes ces personnes, il y avait plusieurs activistes LGBT (Lesbiens, Gays, Bisexuels et Transsexuels) de la ville. Ceux-ci brandissaient fièrement la bannière multicolore de la diversité sexuelle aux côtés du drapeau national cubain.

Les caméras locales n’ont pas saisi l’événement, ni la presse étrangère qui couvrait le défilé militaire. C’était pourtant la véritable nouvelle du jour. Pourtant, personne ne s’en ai rendu vraiment compte.

LGBT Cuba, LGBT Castro

Aujourd’hui, les demandes des minorités sexuelles de l’Île sont relayées par le centre national d’éducation sexuelle (CENESEX), une institution mettant en place des campagnes d’information sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre à Cuba.

En activité depuis 1989, le CENESEX a gagné en popularité durant les dernières années. Sa plus grande réussite est d’être allée au-delà d’une campagne d’information passive en se montrant activement dans les lieux publics (cinémas, théâtres, émissions de télévision…). Cette stratégie a permis de sensibiliser un maximum de Cubains.

La journée cubaine contre l’Homophobie a fêté sa quatrième année dernièrement. Lors de cet événement, des dizaines de bénévoles ont distribué des brochures et des préservatifs, ont organisé des débats, des défilés de mode, des cours d’éducation sexuelle et aussi des spectacles de travestis.

Un autre moment clé de cette année est le passage très médiatisé de la directrice du CENESEX dans l’émission Pasaje a lo desconocido, une des plus populaires à la télévision cubaine. Elle y a parlé de transsexualité en commentant les détails chirurgicaux du changement de sexe, un processus légalisé depuis peu à Cuba grâce à ses efforts.

Bien qu’elle n’ait pas mentionné ses origines, les Cubains la connaissent très bien. La directrice du CENESEX n’est autre que Mariela Castro, la fille du Général-Président Raúl Castro.

Derrière les tanks et les canons

On constate alors que le mouvement LGBT cubain est soutenu, supervisé et défendu dans ses fondements par le gouvernement. À l’inverse de plusieurs pays où les minorités sexuelles doivent s’autogérer pour se faire entendre, les plus hautes institutions cubaines gèrent et nourrissent le mouvement.

Cependant, la présence de Mariela Castro à la tête du CENESEX reste un paradoxe. Elle permet d’une part aux minorités de s’ouvrir aux autres tout en laissant des doutes sur sa véritable volonté. Les limites de sa spontanéité apparaissent vite. Mariela Castro sait comme tout le monde qu’à Cuba aucune initiative individuelle n’est prospère si les autorités ne donnent pas leur appui.

Mais il y a tout de même un vent de changement. On voit apparaître des signes de transition. Le paternalisme du gouvernement change de visage. Le visage machiste et homophobe d’une révolution incarnée par les Castro, militaires rigides, s’adoucit avec l’arrivée de Mariela Castro et devient plus féminin, plus tolérant. Le même sang coule dans leurs veines mais une autre génération est née.

Nous défilons encore sur la Place de la Révolution en parlant de socialisme. Mais le sens du mot a beaucoup changé depuis ses débuts où les homosexuels étaient enfermés dans des camps de travaux forcés. Aujourd’hui, participer à une marche de la fierté gay n’est plus une folie ni un rêve impossible.

C’est un pas important dans l’émancipation des citoyens de l’Île. Si aujourd’hui les questions de genres sont introduites dans le débat public, cela augure des jours meilleurs quant aux autres libertés individuelles. Alors, nous regarderons peut-être en arrière et nous nous rendrons compte que tout est parti de ce jour où un groupe de citoyens courageux a défilé silencieusement derrière les tanks et les canons de l’armée nationale en faisant flotter bien haut le drapeau de la diversité.

Habana XXI

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