La fin du mythe du plein-emploi

2012-12-08 04:25:05
La fin du mythe du plein-emploi

Les socialistes cubains ont toujours affirmé que leur modèle de développement conduisait au plein-emploi. En réalité, bien que les chiffres officiels aient montré durant de nombreuses années un taux de chômage le plus bas d’Amérique, le plein-emploi n’était qu’un leurre pour cacher un sous-emploi chronique.

Un chômage occulte

Quand Fidel Castro a pris les rênes du pouvoir en 1959, le taux de chômage était estimé entre 15 et 20%. C’est sur cette base que c’est développé l’illusion d’un plein-emploi sortant les cubains d’un chômage de masse.

Dans une économie planifiée, toute la population devait contribuer au développement du pays. Les socialistes annonçaient leur programme avec le slogan: “Chacun selon ses capacités, chacun selon son travail”. Castro prétendait installer un système politique et économique qui offrirait un emploi sûr à tous les Cubains sans n’en abandonner aucun à son sort.

C’est de cette façon que le chômage, jusque là déclaré, est devenu un sous-emploi. Les autorités ont réussi à réduire les statistiques du taux d’activité des Cubains en créant des emplois excessifs et inutiles. Si une usine avait besoin de cinquante travailleurs, elle en employait cent, sans soucis d’efficacité ni de productivité.

Le social a toujours primé sur les intérêts économiques. La conséquence immédiate a été une déformation excessive de la société. Les Cubains se sont habitués à cette sous-utilisassions de lors capacité et ont commencé à perdre la motivation pour travailler.

Même si l’emploi occupé était mal payé, c’était un poste sûr pour plusieurs décennies. Le travail est devenu un devoir social et les chômeurs comme les rebus du pays. Fidel Castro considérait le chômage comme « une manifestation de la délinquance dans une société collectiviste ». En 1971, le gouvernement a imposé une « loi contre le vagabondage » punissant les citoyens sans travail à des peines de prison.

Les conséquences d'une politique erronée

La situation est arrivée à son paroxysme à la chute de l’idéologie communiste. Plus de 80% des usines ont du être fermées par manque de matières premières, de combustibles et de pièces de rechange.

Toutefois, les autorités ont réussi à garder de bonnes statistiques du niveau d’activité en maintenant les travailleurs à des postes inutiles. Au lieu de supprimer des emplois et de réorganiser l’économie du pays, l’état a préféré maintenir les salaires et inonder les entreprises de subventions pour pertes.

Les effets économiques de cette politique ont été désastreux. Le déficit fiscal (30% du PIB) a été comblé par une émission massive de liquidité qui a conduit à une augmentation des prix par 9 et par une réduction du salaire réel de 70%. Les “travailleurs inutiles” ont perdu toutes notions de productivité et d’efficacité. L’absentéisme et l’indiscipline au travail a gagné du terrain.

Le taux de chômage officiel est tombé de 7,9% en 1989 à 6,2% en 1993 mais le nombre de « travailleurs inutiles » était estimé à plus de 500000 soit 12% de la population active.

En 2002, Fidel Castro lança une “bataille des idées” pour élever le niveau global d’éducation du pays. Pour diminuer le chômage, le gouvernement a créé des programmes d’étude professionnalisant. De nombreux jeunes Cubains ont alors été formé aux professions d’instituteurs ou de travailleurs sociaux en suivant des cours intensifs.

La volonté de garder un état centralisateur, contrôlant toutes les ressources nécessaires à l’emploi a conduit à des coûts importants. Le “chômage caché” freina la productivité des travailleurs et gaspilla les fonds salariaux en indemnisant des centaines de milliers de travailleurs n’apportant aucun bienfait à la société.

Le dur réveil du sous-emploi

Quand la crise a de nouveau fait son apparition, il a fallu prendre de nouvelles mesures. Le gouvernement a enfin reconnu l’existence de ce sous-emploi chronique à Cuba.

En avril 2010, Raúl Castro indiqua qu’il y avait plus d’un millions de « travailleurs inutiles » sur l’Île. Pour diminuer ces dépenses, le gouvernement décida de supprimer 1 300 000 emplois en trois ans soit 25% du total des emplois publics cubains.

L’objectif de cette politique, en plus de faire des économies, est de rééquilibrer le secteur productif et administratif à Cuba. Aujourd’hui, les services administratifs représentent plus de 80% des ressources de la majorité des entreprises cubaines. L’exemple le plus frappant est dans le secteur de la construction où il y a plus de gardiens que de maçons.

Le choix des travailleurs qui conserveront leur poste se fera en fonction de leur « aptitude ». Les autres seront sélectionnés en fonction des « disponibilités ». Raúl Castro a lancé un appel pour que ne se développe pas de comportements de favoritisme, de discrimination ou de népotisme.

Cette mesure constitue la décision la plus importante du plan de réformes gouvernementales. Malheureusement, elle aurait dû être mise en place depuis plusieurs décennies. Son ajournement a accentué le problème et a conduit à une correction très drastique.

Habana XXI

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