La Guantanamera



Quand on parle de Cuba dans n'importe quel endroit de la planète, ses goûteux cigares, son rhum délicieux, l'hospitalité de son peuple et les rythmes contagieux de son vaste univers sonore viennent tout de suite à l’esprit. Depuis quelques temps déjà, dans ce merveilleux pays, se détache une Guajira, un son pur, cadencé et qui a joui d'une ample diffusion mondiale ces dernières quarante années. Son prénom : Guajira Guantanamera, son nom : Cubaine.

Néanmoins, jamais personne n'aurait pu s'imaginer -et encore moins son auteur, l'humble Joseíto Fernández- que cette douce et brève mélodie marquerait le quotidien de son entourage, abandonnerait son berceau insulaire et sortirait au monde pour se convertir en l'une des pièces les plus chantées, entonnées ou fredonnées de la musique cubaine.

Cette œuvre épique révèle une époque peu joyeuse de l’histoire de Cuba. Joseíto Fernández la chantait quotidiennement, durant les années quarante du siècle dernier, dans un programme radio de l'émetteur CMQ, appelé la Guantanamera. La chanson connaît sa merveilleuse adaptation et transformation en une véritable mélodie d'exaltation de l'essence humaine quand son texte abandonne le milieu local et devient universel à travers les vers de José Martí, lors du concert de l’américain Pete Seeger au Carnegie Hall à New York, le 8 juin 1963. Dans son empressement de chanter la patrie, l'amitié, les pauvres ou la vie, la Guantanamera se présente sous de nouveaux airs.

Dans l'actualité, les musicologues sont d’accord pour affirmer que dans la musique s'observe une tendance à l'élimination des barrières théoriques rigides entre les différent concepts tels que musique sacrée, musique profane, musique culte ou classique, populaire ou folklorique. De même, est mise en évidence une confluence de genres, rythmes, styles et sonorités dans le savoir faire des créateurs et des interprètes, qui incorporent également à l'héritage universel la nouveauté des temps qui courent.

Il ne faut pas s'étonner si Placido Domingo a interprété la Guantanamera, en plus de ses habituels airs d'Aïda ou du Barbier de Séville, ou si la Schola Cantorum Carolina, l'une des troupes vocales cubaines actuellement très en vue, l'a chanté dans la Basilique de San Juan de Letrán, en présence du Pape Jean Paul II en août 1998. Aussi le français Michel Legrand avait-il réalisé avec The Swingle Singers dans les années 60 du XXéme siècle un intéressant arrangement de l'œuvre, où apparaît Jean Sébastien Bach articulé avec de la musique électro-acoustique.

Plus récemment, elle fut chantée par Mick Jagger, du célèbre groupe The Rolling Stones, mais également par Mashiquita et son Son au Japon et par Paloma San Basilio en Espagne. Le groupe cubain Amenaza en a fait une adaptation au rap, et ont surgit aussi des versions chorales en Suède, Danemark, France, Mexique, et dans les Caraïbes, de par ses possibilités d'improvisation.

En 1967, Chucho Valdés l'enregistra avec un admirable arrangement pour piano solo. Enfin, existe également cette inoubliable version symphonique de Léo Brouwer pour le troisième conte de Lucía (1968) du réalisateur Humberto Solás, un film considéré comme l'un des meilleurs non seulement de la cinématographie cubaine, mais aussi de celle latino- américaine.

Nombreux sont donc les interprètes de cette pièce singulière. La discographie internationale inclue des centaines de solistes et de groupes, parmi eux : Richard Clayderman, Julio Iglesias, La Lupe, José Feliciano, Demis Roussos, Pérez Prado, Tony Ventura, la Orquesta 101 Cuerdas, Paul Mauriat y su Gran Orquesta, Andre Kostelanetz y Xavier Cugat.

J'aimerais aussi mentionner les centaines de milliers de personnes qui, en tant que membres de groupes de solidarité avec Cuba, l'entonnent dans le monde. Nous pouvons affirmer sans équivoque que la Guantanamera est une des mélodies les plus chantées, entonnées ou fredonnées de la musique cubaine, et probablement l'unique qui a conquis l'universalité avec des origines si humbles et singulières.

Traduit par Alain de Cullant