La Habana: Tango pour une ville accueillante


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C’est une Vieille Havane aux rues débarrassées de leurs pavés vétustes et lisses comme le plancher d’une scène de théâtre qu’a découvert Martin Inthamoussu à son arrivée dans la capitale, pour son premier voyage à Cuba. Le directeur général de l’École Nationale de Danse d’Uruguay est venu participer, avec ses collègues de 18 pays, à la 21ème édition du Festival International de Danse en paysages urbains.

Photo : Archivo Danza

Par: Lianet Hernández

La Havane change de rythme pendant ces quelques jours. Le thermomètre a beau afficher la même température, les allées et venues des danseurs et du public, rythmées par les tambours, semblent avoir fait grimper le mercure d’un cran. La danse a redessiné la carte de la ville et le visiteur étranger apprendra, dès son arrivée, que le Parc Rumiñahui est à côté de Las Carolinas, au numéro 61 de la rue Amargura, entre les rues Mercaderes et San Ignacio, au siège de la compagnie Danza-Retazos. Une fois sur place, il pourra rejoindre la Casa Museo de África et la Plaza de Armas en moins de cinq minutes. Un peu plus loin, sur la célèbre promenade du Malecon qui fait face à la mer, il trouvera le Centro Hispanoamericano de Cultura.

C’est la première fois qu’une délégation uruguayenne se rend à Cuba à l’occasion de ce Festival. Pour Martin Inthamoussu, la participation à cet événement représente une véritable ouverture et c’est pourquoi sa compagnie a choisi La Havane pour présenter Extracto Gardel, une œuvre composée de trois tangos et qui porte un regard singulier sur ce genre.

« Le cinéma a fait beaucoup de mal au tango, explique le chorégraphe uruguayen, parce qu’il véhicule une manière européenne de concevoir la danse, avec par exemple, l’homme portant une fleur à la bouche. Ce n’est pas le tango que dansaient mes grands-parents dans la rue. C’est pourquoi nous reprenons le pas de base et nous le déconstruisons pour voir ce qui se passe lorsqu’on le réalise sur le sol, ou si l’un des deux danseurs ne touche pas le sol et réalise ce pas en l’air. »

L’accueil du public a dépassé les attentes de Martin Inthamoussu. Il est particulièrement heureux d’être venu jusqu’ici car il sait que le tango se danse aussi à La Havane, surtout dans des écoles privées où on mêle ces pas avec ceux de la salsa et d’autres rythmes. Une façon de voir le tango qui, d’une certaine manière, rejoint l’objectif fondamental d’Extracto Gardel : « présenter une version non-commerciale, plus proche de la danse contemporaine, loin des stéréotypes des comédies musicales et des grands spectacles »

La danse en milieu urbain est une piste que Martin Inthamoussu avait explorée auparavant en tant que chorégraphe. Le directeur de l’École Nationale de Danse d’Uruguay la conçoit comme la meilleure manière de dialoguer avec l’espace public mais aussi avec les habitants afin que ceux-ci se réapproprient leur ville. « Quand un habitant de La Havane passe tous les jours par une place, il ne la voit plus comme un espace car il s’agit d’une routine, de quelque chose de machinal. Cependant, si un jour, il voit un spectacle de danse sur cette place il redécouvrira sûrement cet espace, parce que la danse va y écrire une nouvelle histoire et l’imprégner de sa sensibilité. »

Malgré les répétitions, les spectacles et tous les préparatifs, quelques jours seulement ont suffi à Martin Inthamoussu pour parcourir à pied les rues de Centro Habana, du Vedado et de la Vieille Havane. Enchanté par les 28ºC qui contrastent avec les températures légèrement négatives que connaît son pays ces jours-ci, il assure :

« C’est une ville très agréable pour les touristes, à aucun moment je ne me suis senti en insécurité. Nous revenons d’autres festivals et à peine arrivés, on nous donnait la liste des quartiers où l’on ne devait mettre les pieds sous aucun prétexte. Cela ne nous est pas arrivé ici et c’est sans aucun doute une marque d’hospitalité ».

Avant son départ, il doit encore découvrir les plages de Cuba, car, comme il le dit en plaisantant, on ne le laissera pas revenir en Uruguay s’il n’a pas foulé le sable cubain. Martin veut également connaître La Havane en profondeur, sortir des sentiers battus par les touristes. Logé avec sa compagnie dans une famille cubaine, rue Obra pía à la Vieille Havane, Martin Inthamoussu témoigne d’une expérience qui l’a comblé :

« C’est ce qui fait que nous vivons le quotidien des Cubains, nous voyons les choses à leur manière, nous ne les vivons pas de manière impersonnelle comme c’est le cas dans les hôtels. Nous voyons tout ce qu’ils font, nous discutons beaucoup et cela nous a permis d’apprendre tout un tas de choses sur la culture, sur l’alimentation des Cubains ou leur manière de cohabiter dans une maison par exemple. C’est quelque chose qui nous a enchantés, je crois que ce qui nous est arrivé de mieux à La Havane est d’avoir cohabité avec une famille cubaine et de ne pas loger à l’hôtel. Pour nous, la Vieille Havane est comme un univers à part : la musique à toute heure, les répétitions au Grand Théâtre de La Havane Alicia Alonso, les expositions au Centro de Arte Contemporáneo Wilfredo Lam ou à la Photothèque de Cuba, le bruit des gens… J’ai l’impression que les Havanais ne s’ennuient jamais. Il y a toujours quelque chose à faire dans cette ville ».