La Havane à nu, une autre vision



Rares sont les photographes qui en arrivant à Cuba ne succombent pas à l’exubérance de la nature et à l’architecture coloniale spectaculaire. Plages tirées d’une carte postale, mers bleues, bâtiments d’une beauté exceptionnelle s’emparent de l’objectif.

Cependant, si les merveilles naturelles ou les paysages urbains éclectiques et divers de l’île ne le font pas, ce sont ses habitants amicaux et gesticulants qui semblent vivre dans la rue plutôt que dans leurs maisons. Les Cubains jouent, lisent, se disputent, aiment ou dansent à la vue de tous. 

D’où la surprise au moment de regarder les photos de La Havane de Charles Johnstone qui explorent des rues et des parcs inexplicablement déserts - milieux familiaux photographiés au delà de la signification que leur confère leur utilisation habituelle. 

Ses images n’ont aucune prétention narrative ou émotionnelle. L’artiste ne se propose pas de raconter une histoire, d’émouvoir avec la beauté immédiate d’un coucher de soleil, de nous surprendre avec une vieille voiture américaine des années 1950 qui roule encore nous transportant ainsi aux jours de la maffia d’avant la Révolution. Johnstone dépouille les objets de leur contenu ; il n’est plus question d’un camion, d’une voiture, d’un bâtiment, d’un parapluie, d’un autobus, d’un mur, d’une piscine abandonnée ou d’un terrain de basket-ball ; les objets deviennent des formes pures, intégrées dans une composition sagement calculée où rien n’est le fruit du hasard : plans, angles, droites qui s’entrecroisent ou qui se prolongent, courbes qui se ferment, textures qui s’opposent ou qui fusionnent, ombres qui limitent ou fragmentent, couleurs qui contrastent ou qui se complètent.

Un exercice d’abstraction pour voir la ville d’un œil différent ; pour que la ville soit vue autrement.

Charles Johnstone
Photographe établi à New York. Son travail fait partie de plusieurs collections privées. À New York, il est représenté par Meredith Ward Fine Art. Son premier livre, Havana, paraîtra au début de 2008 dans le cadre d’une exposition à la galerie susmentionnée.