La Havane, grande scène de spectacles



La culture se décline à La Havane sous diverses formes pour satisfaire tous les goûts et les exigences. On peut en profiter en direct ou revivre ces moments à travers les œuvres d'autres artistes.

 La Havane est la capitale où on respire, on vit et on ressent la culture. Il n'existe pas une rue sans un cinéma, une galerie ou un projet de quartier. La quantité n'empêche pas la qualité, qui est presque toujours à la hauteur des spectateurs les plus exigeants.

Dans cette ville cubaine, quand un événement arrive à son terme, un autre démarre ; comme un enchaînement d'idées, de volontés, d'envies de faire des artistes et d'attentes des publics.

Les festivals, les films, les concours musicaux, les mois de mai du théâtre, les concerts, les expositions d'arts plastiques, les ballets se succèdent... La Havane n'est jamais déserte, muette ou triste. D'autant moins que d'autres artistes acceptent de relever le défi de conserver la mémoire de ces événements.

Gabriel Guerra Bianchini est l’un de ces artistes. Photographe, il apprécie les arts de la scène, en particulier la musique, un goût qu'il a hérité de son père.

Pour ce jeune homme, immortaliser les spectacles est une manie incontrôlable. « Quand j'ai commencé la photographie, j'ai tout de suite pris des spectacles en photo. Il s'agit d'un moyen d'écrire l'histoire : un trésor pour le futur. Sans mentionner la relation qui se crée avec l'artiste lui-même, quand une des photos finit sur la pochette du disque alors que tu ne t'y attends pas, comme cela m'est arrivé avec Pablo Milanés ou Francisco Céspedes. Cela m'est aussi arrivé avec Silvio Rodríguez et Leo Brouwer, des musiciens que j'écoutais étant enfant, que j'adore et que j'ai fini par connaître grâce à la photographie. »


Photo : Gabriel Guerra Bianchini

Guerra Bianchini possède des archives des événements culturels les plus importants de l'île. Quelle image de La Havane, de Cuba, de sa population, est transmise par tes photos ?

« Je dis toujours, même si c'est redondant, que la photographie permet de montrer ce que l'on ressent. Ce qui te fait sortir l'objectif et appuyer sur le déclencheur, c'est cette essence qui reste gravée sur la photo et c'est ce que tu offres à ceux qui vont la regarder plus tard.

Comme je suis un amoureux de cette île, un amoureux de sa lumière, du surréalisme présent, de la beauté transmise par son quotidien, je l'exprime ainsi. J'ai vécu douze ans hors de Cuba et je me souviens à quel point elle m'a manqué.

Quelle est la plus grande joie de la photographie ? et la plus grande difficulté ?

Être témoin de la magie d'un spectacle, au risque de me répéter, est toujours un moment unique. Savoir que je pourrai raconter à mes enfants que j'ai photographié le dernier concert de Paco de Lucía, que je me suis régalé en écoutant deux monstres sacrés du piano jouant ensemble comme Lang Lang et Chucho Valdés, ou quand Fito a chanté juste pour moi dans la salle Karl-Marx vide... ou simplement quand j'ai pleuré pendant une interprétation ou lâché l'appareil photo parce que ce qui se passait était trop beau. Ça, c'est la joie.

La plus grande difficulté, en revanche, est d’éviter que le bruit de l'appareil photo ne dérange au milieu d'un concert de musique classique et dans une salle à l'acoustique spectaculaire. Cela prend des années pour apprendre que, pour ce type de concert, il faut sacrifier de nombreuses photos afin de respecter l'interprétation ou le silence.

Comment vois-tu la vie culturelle de Cuba ?

La vie culturelle de Cuba, principalement de La Havane, c'est quelque chose d'unique au monde. Je la compare avec la vie culturelle de nombreux pays où j'ai vécu ou que j'ai visités et elle est comparable à celle de la France, bien qu'elle soit différente.

La programmation culturelle ne connaît pas de saison, elle dure toute l'année. Il y a toujours quelque chose qui nous surprend. Quand on pense avoir vu le plus grand spectacle, un autre vient mettre la barre plus haut. Je parle de la variété de spectacles que nous avons, de la qualité des artistes nationaux et internationaux qui se présentent sur nos scènes, et de combien l'art de qualité est accessible dans ce pays.

 Traduction : F. Lamarque