La Havane, retour vers le passé

2012-08-10 03:53:25
La Havane, retour vers le passé

Où l’auteur raconte des épisodes de l’histoire contemporaine de l’île de Cuba

Pour compléter ces courtes notes, quelques mots sur l'histoire de Cuba, sur la révolution qui actuellement la ravage, sont indispensables. Découverte par Colomb, Cuba a pour histoire l'histoire de toutes les colonies espagnoles de l'Amérique du Sud. Joug de fer politique et fiscal imposé par la métropole ; tentatives incessantes pour briser ce joug. 

En 1823, révolte à l'instigation de Bolivar « le libérateur ». En 1825, révolte : Sanchez et Velasco sont fusillés. En 1828, révolte : tous les membres de la junta révolutionnaire l'Aigle Noir sont passés par les armes. En 1847, révolte de Lopez : fusillé. En 1865, révolte sérieuse, celle-là, qui dure dix ans, et dont certains épisodes sont épiques. Le caissier de l'insurrection file, emportant la caisse. Céspedes se trouve sans un sou pour armer ses partisans. « Peu importe, dit-il, nous nous battrons avec les armes de nos ennemis, allons les prendre. » Varona est fait prisonnier. On lui promet la vie sauve s'il veut passer aux Espagnols. Il refuse. « Ma vie n'est rien, mon pays et mon honneur sont tout ! » La ville de Bayamos est sur le point d'être prise par les Espagnols, tous ses défenseurs sont tués. Les femmes et les enfants, à genoux, chapelet en mains, attendent l'ennemi sur la grande place et, au cri de : « Vive Cuba libre! » se laissent fusiller. Certaines échappent à la mort. Elles s'enfuient dans la savane, organisent une guérilla, font le coup de feu. Douze d'entre elles, prises les armes à la main, sont fusillées.

La poursuite du Virginius par le croiseur Tornado est classique dans les annales maritimes. Le Virginius, acheté à New-York, apportait des munitions aux insurgés. A vingt milles de Santiago le Tornado l'aperçut et lui donna la chasse. Pour alléger le navire, le capitaine fit du Virginius jeter tout le chargement à la mer. Le combustible manquait, on brûla les caisses, les vergues, les mâts, les barils de lard. Le Tornado gagnait toujours de vitesse. Les passagers cubains, plutôt que de se rendre, voulurent accrocher le Virginius au Tornado et mettre le feu aux poudres. L'équipage américain, hache au poing, les en empêcha. Le Virginius, à bout de souffle, se rendit après avoir reçu une épouvantable volée de mitraille. Le lendemain, ses soixante et un passagers étaient fusillés.

La mort de Céspedes, le chef de la dernière insurrection, mérite d'être tout au long citée. Avec quelques centaines d'hommes — ce qui lui restait d'une armée — il tenait la campagne. C'était une guérilla sans trêve, où de chaque taillis, de chaque tronc d'arbre les coups de feu parlaient, abattant les Espagnols. Les munitions manquaient. On allait être obligé de se rendre; Céspedes conçut le plan héroïque de traverser les légions ennemies, de s'embarquer pour la Jamaïque, et d'en revenir avec un bâtiment chargé d'armes. Un nègre vendit Céspedes et indiqua son campamento aux Espagnols. Surpris, un contre dix, les révoltés brûlèrent leurs dernières cartouches. Céspedes, mortellement blessé, après avoir fait feu de ses revolvers, se réserva le dernier coup pour lui. Il respirait encore. Pour ne pas tomber vivant aux mains des Espagnols, il eut la force de se traîner au bord d'un précipice. Un dernier cri : « Vive Cuba libre! » et il se laissa tomber. Le corps, de roche en roche, arriva au fond de l'abîme déchiqueté, en miettes. Les Espagnols, au bout de leurs baïonnettes, en apportèrent les débris à la Havane.

La révolution actuelle, égale en héroïsme, dépasse en horreur celle de 1867. Des deux côtés : impitoyables, pas de quartier! Le plan des Espagnols : cerner les insurgés, les forcer à une bataille rangée où, vraisemblablement, force restera aux troupes européennes mieux armées, mieux disciplinées. Le plan des insurgés : être l'insaisissable, l'ennemi qui vous guette derrière un mur, un arbre, dans un fossé, vous fusille à bout portant, se sauve, et cent pas plus loin recommence. Du côté des Espagnols : le nombre. Du côté cubain : la guérilla.

Le Monde moderne

Le Monde moderne est une revue mensuelle illustrée généraliste française fondée en 1895 et disparue en 1908. En janvier 1895 sort à Paris, chez Albert Quantin, au 5 de la rue Saint-Benoît le premier numéro d'une nouvelle revue mensuelle illustrée, Le Monde moderne.
Né en 1850, Albert Quantin rachète en 1876 le fonds de l'imprimerie de Jules Claye, l'une des plus grandes maisons parisiennes du Second Empire qui excelle dans l'édition de « beaux livres ». Située 7 rue Saint-Benoît, la fabrique est agrandie par Albert Quantin qui lui ajoute les numéros 5, 9, et 11. Le développement d'ateliers de reproduction, de taille-douce et de gravure, grâce à l'achat d'un matériel de pointe, lui permet de se spécialiser dans le livre d'art et de s'imposer dans le domaine des ouvrages illustrés de luxe. À sa qualité d'imprimeur il ajoute celle d'éditeur et travaille à la constitution d'un catalogue riche et varié. Dans le domaine des beaux-arts, il édite les œuvres complètes de Manet, Rembrandt, Boucher, Van Dyck ; en littérature, il réunit en de beaux volumes illustrés les œuvres de Balzac, Flaubert, George Sand, Vallès ou Goethe. Associé au célèbre Jules Hetzel, il publie également les œuvres complètes de Victor Hugo. Possédant le monopole de l'imprimerie du Palais-Bourbon, il en publie les comptes-rendus analytiques. À cela s'ajoutent d'autres collections spécialisées : une « bibliothèque parlementaire », une « militaire » et une « populaire ».


 

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