La Havane: une nouvelle «ville des merveilles»?



Depuis l'époque de la  « période spéciale » dans les années 90, le besoin de survivre a rendu très célèbre la « créativité du cubain ». Les « chivichanas », les voitures à cheval, les « paladares » et leurs insolites recettes de cuisine ont fait de l’Île une « ville des merveilles ». C'est en tous les cas ainsi que le cinéma cubain l'a décrite dans un de ces plus grands succès cinématographique.  

Mais avec ce nouveau « Cuba du changement », la créativité cubaine se mesure à travers la capacité individuelle pour remplir « les manques », ces zones silencieuses de la consommation. Aujourd'hui, l’Île est une sorte de marché vierge.  

C'est simple, quelque soit ce à quoi on pense, c'est forcément nouveau. Avec les possibilités de nouvelles licences pour les entreprises privées et la nouvelle Loi sur L'Investissement Étranger, l'entreprenariat en tout genre et sous des formes très originales voient le jour d'un bout à l'autre du pays.

CUBANIA vous propose une balade à travers certains de ces lieux et initiatives, afin de découvrir les trendings de La Havane.

« Papito », une pointure de la coiffure cubaine

Il lui a fallu parcourir un long chemin avant d'arriver à ce qu'il est devenu. Son salon est différent de tous ceux que j'ai visité auparavant. Je reconnais sur les murs diverses œuvres d'artistes plasticiens cubains et des objets anciens rescapés de l'abandon.

L'Homme qui m'accueille est un pionnier du « travail à son compte » à Cuba. Il s'appelle Gilberto Valladares Reina, mais tout le monde le connaît par son surnom, « Papito ». Il a 42 ans et depuis 1999, il dirige l'Arte Corte, un projet culturel qui a fait de son salon de coiffure un croisement entre trois éléments: l'art, l'histoire et le métier de coiffeur.

La rue où ce trouve le salon de « Papito » s'est transformée au fil des ans en un projet communautaire. Il a voulu créer le Passage des Coiffeurs, le café Le Figaro et une boutique de souvenirs sur le thème de la coiffure. Tout cela a pu se faire grâce à l'aide des voisins du quartier. Actuellement, on y trouve une école de coiffure et barbier, une galerie et un petit parc.

On vient ici pour se faire « ratiboiser » et on finit par connaître l'un des endroits les plus singuliers de La Havane.

Isladata ou «l'internet qui sait»

Quel est le prix d'une maison à Cuba ou bien d'une voiture? Où puis-je trouver tel ou tel magasin? La réponse à toutes ces questions... et bien plus encore, se trouve sur Isladata. Il s'agit là d'une des réalisations les plus singulières mise en place au cours de ces dernières années sur l'Île. Ayant vu le jour il y a peu, il a été pensé comme un espace permettant de fournir par internet, une mine d'informations.

Derrière ce projet se trouve un groupe de jeunes qui allient études et entreprenariat. Ils consacrent leur temps à traiter de l'information sur internet, à analyser les réseaux sociaux, à « creuser »… En ce moment même, il n'y a pas d'autre projet de ce genre là à Cuba. Personne d'autre n'a pensé à organiser l'information chaotique que Google propose quand on écrit « Cuba ».

Pâtes de «moringa»…?

Il existe à La Havane un lieu qui ne ressemble à aucun autre. Et qui vend ce qui ne se vend nulle part ailleurs : des pâtes fraîches fabriquées artisanalement. Les gens viennent visiter l'atelier et repartent avec des « cartouches » entières de pâtes parfumées à la carotte, à la betterave, à la ciboulette, aux blettes, au curry...

Mais le produit phare, ce sont les pâtes à la « moringa ».

Pour les cubains, la « moringa » n'est pas un produit quelconque. Il s'agit d'une tubercule devenue célèbre dans les derniers mois du gouvernement de Fidel Castro. Selon le leader de la Révolution Cubaine, cette racine avait des propriétés alimentaires qu'aucun autre produit était capable de cumuler. Nous avons alors été témoin d'une prolifération de produits dérivés : thé de « moringa », douceur à la « moringa »… y compris du « Maltinga » (malte à la « moringa »).

Suite à cela, il n'y a pas un seul cubain qui ne va pas proposer une cascade de blagues dès qu'il entend ce nom. Du coup, les « entrepreneurs » de Camino al Sol (3ra. y Paseo, La Havane) ont su exploiter le filon.

Nazdarovie, mon Afrique! Les nostalgies culinaires à La Habane

Dans l'un des restaurants privés de La Havane ont ne sert pas du riz, des haricots ou des bananes flambées. On peut demander un mojito, mais à la place du rhum, ils le préparent avec de la vodka. Les serveurs parlent russe et les clients doivent passer leur commande dans cette langue. Mais que cela n’inquiète personne car dans ce restaurant à la « soviétique », le menu est accompagné de sa traduction et d'un guide de prononciation. Derrière le comptoir, des « matrioshkas » et un buste de Lenine montent la garde à côté de bouteilles de vodka hors de prix. Un mur est recouvert de reproductions d'affiches soviétiques de propagande. Une façon comme une autre de provoquer des discussions parmi les clients qui s'installent à une grande table collective. Mais le seul détail qui nous fait dire que nous sommes bien sous les tropiques est la vue spectaculaire de La Havane depuis la terrasse.

« Nazdarovie » équivaut en russe au « salud » espagnol ou au « santé » français. Le menu est strictement slave  et il est fait sur place par des « babushkas » nées en ex-URSS mais qui vivent à Cuba depuis très longtemps. Une sorte de nostalgie du Socialisme… culturel.

En cuisine, Irina Butorina rajoute de grandes quantités de mayonnaise à un mélange de pommes de terre, œuf, jambon et petits pois, afin de préparer une « ensaladilla rusa », un plat populaire dans les anciens états soviétiques. Selon la légende, ce plat fut inventé par un chef belge, ou franco-russe, appelé Lucien Olivier. Irina, âgée de 56 ans, s'est installée sur l’Île en 1984  après être tombée amoureuse d'un étudiant cubain rencontré à l'université de son pays natal, la République Socialiste Soviétique du Kirguistan, appelé aujourd'hui Kirguistan. Cette femme  me raconte que les recettes de sa mère se sont transformées au fur et à mesure qu'elle s'est adaptée à Cuba.

« Au début, je cuisinais essentiellement des plats russes mais par la suite, beaucoup de choses ont disparues des marchés. Du coup, ce que je fais ici est aussi de la cuisine cubaine... ». Qui oserait en douter ?

La lumière de Quinqué pour regarder La Habana

D'après le dictionnaire, « quinqué » vient du mot français « Quinquet », nom du premier fabriquant de ce genre de lampes. A Cuba, cela désigne une lampe de chevet alimentée au pétrole et munie d'un tube en cristal utilisé dans les années 90 pour éclairer pendant les coupures d'électricité.

Depuis un an et demi, un groupe de jeunes photographes éclairent sous ce nom un autre genre « d'apagón »: l'absence d'images inquiétantes, provocatrices et critiques sur l'actuelle Cuba.

Ils ont rempli ce vide à travers des expositions collectives et du journalisme citoyen. Ils ont une page internet où ils postent des photographies hallucinantes… Sans aucun sponsor ou financement, les membres de Quinqué se sont fixés comme objectif, tout simplement, de “prendre” l'Île sous un nouveau jour, une caméra à la main. Et voici le pays qu'ils nous restituent : www.quinquecuba.com grâce à ce concept rafraîchissant:

« Laisse toi éclairer afin que tu puisses bien voir ».