La Havane, vue panoramique



Un regard sociologique sur La Havane? Un espace spécialisé sur l’art ? Un catalogue culturel de la ville ? On ne sait pas encore exactement vers quoi va dériver la jeune plateforme online Havana Street View. Cependant, la créativité et la responsabilité citoyenne qui se reflètent sur cette scène expérimentale sont de bons arguments pour entrer dans cette communauté et inviter quelques amis à la rejoindre

Par : Mabel Machado

La vision sublime de la Havane selon Carpentier, “ville des colonnes”, est un point de vue qui nourrit ce qu’on appelle « l’esthétique de l’effondrement ». Cette image folklorique des draps blancs a permis à la chanson la plus écoutée de Gerardo Alfonso de devenir populaire.

Aujourd'hui, l’histoire contenue entre la mer et le mur des romances : des dizaines de cubains l'ont rappelé sur Facebook le jour de la Saint Valentin. Là, les regards et les anecdotes les plus diverses sur la capitale cubaine se retrouvent sur une plateforme digitale qui a vu le jour il y a quelques semaines.

Sur internet, le site Havana Street View se présente comme l’épicentre d’une communauté où devront fructifier les échanges entre les habitants de La Havane, les cubains habitant sur l’île ou à l’extérieur et les personnes du monde entier qui ont une raison de se rapprocher de cette ville. Pour le moment, les huit volets intérieurs du site offrent à ses utilisateurs des informations spécialisées en architecture et en art, des photos et des vidéos en quantités suffisantes ; ce qui laisse présager que ce sera bientôt une référence incontournable pour toute personne voulant connaitre la capitale cubaine ou bien dialoguer à son sujet.

Pourquoi incontournable ? parce que ce site opte pour une communication qui met à terre la propagande du gouvernement et tente de se détacher avec doigté du discours publicitaire focalisé sur le tourisme. Pratiquement tout ce qu’on y vit, tout ce dont on profite ou manque à La Havane, se trouve sur ce site qui tente néanmoins d’être bien plus qu’un simple tiroir à archives ou un nostalgique inventaire.

Havana Street View est une initiative citoyenne née de la volonté d’un groupe d’intellectuels et d’artistes voulant soutenir le développement et la vitalité d’une ville qu’ils considèrent tout à la fois comme “ réelle et merveilleuse, glaciale et ardente, centre de culture et de polémique ».

Sachant que la capitale de Cuba est le centre d’intérêt de centaines de personnes et d’institutions, et qu’à son sujet il a été écrit et filmé à foison, les fondateurs du site se sont focalisés sur la création d’un référentiel d’informations. Il servira à se renseigner et à discuter sur les événements qu’offre la ville. Havana Street View est un espace dynamique et collaboratif, ouvert et flexible, à l’intérieure duquel on se doit de vivre « l’expérience de La Havane », au style mixte des réseaux sociaux.

La première pierre de ce projet fut de postuler à une bourse de création artistique, au cours de laquelle le concept de Google Street View a été utilisé pour obtenir le rassemblement d’images des centres urbains avec l’aide d’un outil Microsoft qui permet de construire des vues virtuelles. L’idée consistait, depuis cette optique, à obtenir les renseignements sur l’ambiance et les habitudes de la ville, dans un exercice de style qui n’a aucun précédent jusqu’à aujourd’hui.

A partir de là, la proposition a connu plusieurs modifications. Havana Street View s'est d'abord présenté comme une sorte de plan, puis comme une énorme galerie virtuelle pour finir par devenir tout cela à la fois. Actuellement, on peut y consulter des essais photographiques sur la capitale et des renseignements sur son évolution historique. Mais il sera bientôt également possible d’accéder à des critiques de la scène artistique contemporaine, d'écouter en live le programme Radio Malecón (conçu pour la musique cubaine et latino-américaine par la station communautaire canadienne CFRC 101.9 FM), d'observer la ville en mouvement à travers un canal vidéo ou d'avoir à portée de main la localisation et les descriptions de restaurants, rues et petits commerces offrant différents services.

La page réservée à l’annuaire fonctionnera, selon les prévisions, comme un espace consacré à l’activité commerciale à l’intérieur du projet autofinancé, dirigé et géré par une équipe de douze personnes, pour lesquelles ce qui est « alternatif » est d’une pertinence particulière dans le contexte social cubain du moment.

Dans le cadre d’un concours réservé aux publicitaires, designers, écrivains et journalistes, le groupe fondateur de Havana Street View fait référence à son aspiration de créer de “nouvelles opportunités” d’échanges professionnels, “embaucher” et “créer” des emplois, et qui plus est, promouvoir l’initiative individuelle et les petites entreprises.  L’objectif du concours est de “détecter les courants qui se bousculent dans la dynamique urbaine” et de définir des messages claires où la ville est protagoniste.

La Havane alternative, celle qui dépasse le tutorat des institutions publiques et qu’on n’a pas l’habitude de voir au concert monocorde des journalistes nationaux, semble être la cible fondamentale de cette équipe. Ce n’est pas pour rien si parmi les premières publications apparaissent une vidéo du groupe de rap Los Aldeanos, connu pour sa position contestataire, et une collection de photos intitulée « Simple Things », dédiée à la mise en valeur des gestes et des symboles présents dans la vie quotidienne des habitants de La Havane. Cela va à l’encontre du ton grandiloquent et épique qui a déteint sur le profil de la ville concernant d’autres projets.

Un regard sociologique sur La Havane? Un espace spécialisé sur l’art ? Un catalogue culturel de la ville ? On ne sait pas encore exactement vers quoi va dériver la jeune plateforme online Havana Street View. Cependant, la créativité et la responsabilité citoyenne qui se reflètent sur cette scène expérimentale sont de bons arguments pour entrer dans cette communauté et inviter quelques amis à la rejoindre.

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