La ligne économique de Cuba



Que va-t-il arriver à l'économie cubaine durant les cinq prochaines années ? Le gouvernement de Raúl Castro parviendra-t-il à éradiquer des problèmes aussi graves que le manque de logements et les pénuries alimentaires ? Quel espace occupera l’entreprenariat privé ? L’avenir de Cuba reste empreint de nombreuses interrogations même si les incertitudes tendent à se réduire depuis l’accession du frère de Fidel au pouvoir en 2006.

L’approbation des réformes économiques durant le VIème Congrès du Parti Communiste n’est que le début du long chemin de sortie de crise du pays. Mais c’est dorénavant un sentier balisé. Jusqu’en 2015, les Cubains verront arriver une série de nouvelles lois transformant profondément leur vie depuis la macroéconomie jusqu’aux budgets de chaque foyer.

Socialisme ou « raulisme » ?

Le préambule des Grandes Lignes de la Politique Économique et Sociale du Parti et de la Révolution explique clairement que le système économique dominant à Cuba « [...] continuera à se baser sur la propriété socialiste de tous les citoyens des moyens fondamentaux de production. »

Par la suite il réaffirme : « La politique économique du Parti maintiendra le principe fondateur que seul le socialisme a les capacités de vaincre les difficultés et de préserver les conquêtes de la Révolution. »

Mais, de quel socialisme parle-t-on? Celui manqué de l'Union Soviétique et de l'Europe de l'Est ? Le socialisme pragmatique de la Chine et du Vietnam ? Celui qui a conduit Cuba dans une impasse? En fait, le communisme cubain ne ressemble à aucun autre, tout en ayant un peu de chacun dans sa constitution. Raúl Castro semble convaincu que l'État doit devenir plus efficace en réduisant son rôle centralisateur dans l’économie. Toutefois, les changements annoncés montrent la prudence de l’exécutif.

L'ouverture induira le développement de nouvelles formes de gestion économique, déjà à l’essai, et très souvent hors de la puissance publique : des coopératives, des exploitations agricoles individuelles, des entreprises mixtes ouvertes au capital étranger, des petites entreprises privées (travailleurs indépendants). Toutefois, l’entreprise d’état socialiste restera la norme dans la majorité des secteurs.

Les entreprises publiques, traditionnellement liées fortement aux ministères, auront davantage d’autonomie pour disposer de leurs ressources et de leur personnel. Le document signale même que de trop grandes pertes financières entraineraient la liquidation de l’organisme ou son changement de statut juridique. Néanmoins, la marge de décisions des cadres dirigeants n’est pas clairement définie.

Des solutions précises pour des problèmes graves

Les 313 Grandes Lignes constituent la longue feuille de route de ce que sera la politique économique du gouvernement durant le prochain quinquennat. En plus de mesures concrètes, on y trouve des ébauches de lois dans les secteurs du transport, de l’agriculture, du tourisme, de la construction, de l’industrie, du commerce et des investissements.

Dans de nombreux cas, l’objectif est de répondre à des problèmes qui paraissent inéluctables :

- L’octroi de crédits et le développement de stimuli fiscaux à destination du secteur privé. Si le gouvernement souhaite développer des formes de gestion coopératives ou privées, il devra  initier des formes de financement garantissant la survie de ces structures.

On annonce également la réorientation des productions industrielles afin de garantir les frais de production et l’équipement nécessaire aux nouvelles entreprises privées.

- Le déploiement d’une nouvelle stratégie d’exportation de services professionnels, en particulier les services technologiques en raison de la qualité des milliers de techniciens et universitaires cubains dans ce domaine. L’état investit beaucoup dans la formation de cette main d’œuvre mais celle-ci ne trouve pas de débouchés à la hauteur des compétences professionnelles.

En outre, le gouvernement a déjà mis en place un plan d’ajustement des études pour adapter les formations aux demandes réelles de l’économie du pays.

- L’élimination des subventions excessives et de la gratuité des produits et services. Une des mesures annoncées était la probable disparition du célèbre carnet d’approvisionnement offrant à toutes les familles cubaines un panier de base de produits alimentaires à des prix dérisoires. La polémique sur ce sujet a été si grande que les autorités ont préféré reculer en parlant de « mesures progressives » et en effaçant toutes allusions au « marché souterrain » afin de réduire les crispations.

L’État reste toutefois convaincu qu’il ne lui est plus possible de maintenir l’égalité entre toutes les familles mais qu’il serait plus judicieux d’aider seulement celles qui en ont vraiment besoin.

- La transformation du système d’approvisionnement et de commercialisation des produits agricoles. Contrôlé par l’État, ce système est inefficace dans la mesure où il a conduit à la perte de plusieurs récoltes dans un pays majoritairement importateur de produits alimentaires. Les réformes tendent aussi à renforcer les coopératives et les exploitations agricoles individuelles dont la productivité est plus importante. De plus, cela aidera au repeuplement des campagnes désertées depuis plusieurs années pour les grandes agglomérations.

- L’ouverture du secteur privé à la construction de logements et l’autorisation des ventes de maisons entre personnes physiques. Le manque de près de 600.000 logements représente sans aucun doute le plus grand défi pour les autorités cubaines dont les plans successifs pour résoudre cette situation ont échoué les uns après les autres.

Ce n’est qu’une sélection succincte des réformes qui pourraient changer radicalement le panorama économique et social cubain dans le futur si elles sont appliquées avec rapidité et efficacité.  Raúl Castro compte sur le soutien majoritaire de la population pour assoir sa légitimité politique, essentielle pour entreprendre ces changements et sauver le socialisme cubain né de la Révolution de 1959. En fait, qualifier ce système encore aujourd’hui de socialisme n’a peu de sens. Ce n’est qu’un détail cachant une autre révolution.