La maison du parfum


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D'étranges fils relient la vie de Napoléon Bonaparte à Cuba. Des objets qu’il a possédé reposent aujourd'hui dans la collection du Musée Napoléonien de La Havane. Dans un autre endroit de la ville, la Maison Cubaine du Parfum, on conserve des flacons de la légendaire eau de Cologne 4711, la préférée de l'empereur français.

Dans ce petit local de la rue Teniente Rey, dans le centre historique de La Havane, un ensemble d'objets qui témoignent de l'histoire de la parfumerie de cette nation caribéenne a été réuni par le hasard et la persévérance. Le visiteur peut revivre, à travers de curieuses vitrines circulaires, la passion des Cubains pour la parfumerie française, mise en avant par la présence de marques comme Guerlain et Molinard.

Dans un autre espace sont aussi présentés des savons, dentifrices, eaux de Cologne, témoins d'une industrie nationale qui a connu son essor dans la première moitié du XXème siècle, quand les "Grands Consortiums Cubains" – Gravi, Sabatés et Crusellas – dominaient la parfumerie dans l'île .

La Maison Cubaine du Parfum, fondée en 2004, est l'aboutissement d'un effort conjoint des entreprises Habaguanex, du centre historique, et de Suchel, qui a conservé le monopole national dans ce secteur depuis sa création en 1960.

Le magasin commercialise des copies de célèbres parfums tels que Chanel 5, Amarige et Organza et des parfums Suchel présents sur le marché national. Il offre également la possibilité d'acquérir un parfum personnalisé fabriqué à partir de l'échange avec des parfumeurs.

Les nez cubains

De temps en temps l'entreprise Suchel ouvre une formation de nouveaux parfumeurs, connus aussi comme narices (nez). Clara Iglesias, ingénieur chimiste en parfumerie depuis 1993, est une des personnes qui a réussi le difficile examen d’entrée.

Elle raconte que les personnes choisies, généralement de jeunes spécialistes en chimie, sont formées pendant 5 à 10 ans dans le département de Conception et de développement de Suchel, où sont conservées toutes les notes de la parfumerie.

« En parfumerie il y a différents types de notes, comme dans la musique : violette, rose, verte… tu dois les combiner selon la fragrance : citrique, florale… », explique l’experte. « Il est indispensable de connaître les éléments fondamentaux qui composent chaque note. »

Suchel ne délivre pas un titre de parfumeur. Les diplômés sont ensuite intégrés à une échelle professionnelle, allant de Technicien en parfumerie B jusqu'à Parfumeur A.

À Cuba, il n'y a pas de grandes cultures de fleurs capables de garantir la matière première suffisante pour l'industrie, tout est importé, pour les citriques, où on utilise les plantations de pamplemousse et d’orange de Jagüey Grande, dans la province de Matanzas.

Clara Iglesias a visité la ville de Grasse, en France, considérée comme la capitale de la parfumerie mondiale, dans le cadre de sa formation. Elle a pu observer la culture de la rose au printemps et a aussi assisté à d'autres processus chimiques très importants pour une professionnelle des parfums.

Depuis une cinquantaine d'année, c'est grâce au fournisseur français Robertet de Grasse que Cuba à obtenu une grande partie de ses matières premières. Il a aussi soutenu la formation de plusieurs générations de parfumeurs, et modernisé leurs connaissances sur les dernières tendances mondiales en parfumerie.

Clara Iglesias, créatrice de Camerata et Un toque, de chez Suchel, consacrera ses journées pendant les prochains mois à créer des parfums au goût des clients qui viennent à la Maison Cubaine du Parfum. Sur sa table de travail, entourée de dizaines de petits flacons, elle mélangera huiles essentielles et matières premières chimiques, jusqu'à obtenir la combinaison exacte. Tout le processus sera enregistré dans un carnet de notes. Ainsi, si le visiteur revient à Cuba, il pourra sentir de nouveau ce parfum qui l'a captivé une fois dans la capitale de l'île caribéenne.