La Marca : un studio-galerie

Pour se faire tatouer à La Havane


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Surgissant au milieu d'anciens immeubles de La Vieille Havane et pensé comme une galerie d'  « art corporel et graphique », ce nouveau lieu semble être un refuge pour les esprits survoltés et un mélange organique entre ateliers de tatouages et espace d'exposition (Rue Obrapía, 108) 

Si vous vous rendez aujourd'hui dans ce petit espace central de La Havane, vous remarquerez aux murs une exposition appelée Dulce Dolor (Douce Douleur). Il s'agit d'une sélection d'affiches ayant comme thème central le tatouage.  Elle a été réalisée par de jeunes artistes cubains : Pepe Menéndez, Edel “Mola” Rodríguez, Giselle Monzón, Nelson Ponce, Raupa y Robertiko Ramos.  Leurs noms ne diront rien à ceux qui n'ont jamais été sur l'Île mais ils ont un dénominateur commun. Ce sont tous des designers qui ne perdent pas une seconde lorsqu'il s'agit de « gagner du terrain ».

Et le lieu qu'ils ont ouvert le 30 janvier dernier à La Havane est sans précédent.

Nous sommes à La Marca, un studio-galerie d'art corporel. Ici, vous pouvez vous faire tatouer des dessins réalisés par ces designers ou par d'autres, tous aussi talentueux. Des dessins uniques, que vous ne verrez sur aucun autre corps. Et celui qui manie l'aiguille, c'est Leo Canosa, artiste du tatouage à Cuba, fier d'avoir marqué plusieurs milliers de corps.

Mais si vous n'avez pas envie de repartir avec un « souvenir » sur la peau, vous pouvez rester admirer les expositions... Car la Marca est tout simplement un lieu pour s'informer sur les nouveautés en terme d'art graphique et visuel à Cuba.

L'idée a surgit dans la tête d'un petit groupe de designers, deux artistes du tatouage et une sociologue quelque peu survoltée. Pour elle, “La Marca doit également financer des activités communautaristes et socioculturelles dans ce quartier de La Havane. Ce sera un espace dédié à des ateliers créatifs pour enfants, workshops, échanges, présentations de libres, films etc.  Il y aura même une bibliothèque pour des consultations gratuites sur les arts graphiques, le dessin et les tatouages”.

Il n'existe actuellement aucun autre lieu comme celui-ci dans la capitale cubaine, pourtant ceux de La Marca ont trouvé quelques antécédents :

Leo raconte que “dans les années 50, il y avait un studio de tatouage face au port de La Havane. La clientèle était principalement constituée de navigateurs et de pêcheurs”.

Leo est un artiste qui, depuis 1995 doit avoir tatouer pas moins de 22000 personnes (une moyenne de 3 par jour). Il a trouvé dans cet art particulier une forme d'expression singulière. “Un tableau reste à la maison ou bien dans une galerie. Alors qu'un tatouage sort se promener. Et  le tatoueur a des connaissances en anatomie afin de savoir comment se modifie l'image avec les mouvements du corps”.

Le mot qui a conduit ce projet est “expression”. De là à ce qu'une autre image puisse se voir ces jours-ci sur la porte d'entrée, “#JeSuisCharlie”, nous laisse deviner qui sont ceux qui forment La Marca. Et ils le font savoir en plusieurs langues… afin qu'il n'y ait aucun malentendu.

A Cuba, le tatouage a été stigmatisé dans un processus révolutionnaire comme étant “un attitude influencée par l'étranger ». C'était le temps où les « étrangers » et les « capitalistes » étaient synonymes d’ennemi. Ce stigmate a évolué au fil des années mais encore aujourd'hui, il n'existe pas d'autorisation officielle à Cuba pour se consacrer aux tatouages. Comme nous le fait savoir Leo, « il ne fait pas partie de la liste des métiers à son compte que l’État a validé ». De là à ce que La Marca se définisse comme étant «un esprit indépendant »....

En réalité, il s'agit surement d'une autre façon de survivre, grâce à l'Art, en attendant que cela se « régularise » sur l'Île en ces périodes de changements.