La Miraculeuse de La Havane

2017-11-07 18:03:42
Luna Valdés
La Miraculeuse de La Havane

Le culte à la Milagrosa (la Miraculeuse), au cimetière Colón, fait partie des plus ferventes croyances des Cubains. Pendant toute l'année, des centaines d'offrandes sont déposées sur la tombe d'Amelia Goiry.

Il n'y a pas de statistiques exactes sur le nombre de personnes qui se recueillent auprès de la tombe de la Milagrosa. Mais l'évidence parle d'elle-même. Une tombe toujours fleurie près de la sculpture d'une mère portant un bébé et une croix sont les indices qui permettent de la reconnaître.

La tombe la plus visitée

Pour arriver à la Milagrosa, il faut entrer par la porte nord du cimetière Colón, prendre l'allée centrale jusqu'à la chapelle principale ; la sépulture se trouve dans le lot nord-est, rue 1, entre F et G.

La tombe est visitée chaque jour, y compris par des visiteurs étrangers. Mus par la foi, la dévotion ou la simple curiosité, ils déposent des fleurs, des jouets, de l'argent et même des habits pour nouveaux-nés. Tous ces objets en lien avec la maternité sont ensuite donnés aux orphelinats.

Amelia Goiry, la Milagrosa, est considérée comme la protectrice des futures mères et des enfants nouveaux-nés ou à naître. Sa tombe est sans aucun doute l’un des endroits les plus visités et vénérés de La Havane.

La légende de la Milagrosa est née d'une histoire d'amour.

On raconte que José Vicente Adot et Amelia Goiry ont vécu une relation tourmentée : en effet, la famille de cette dernière n'approuvait pas leur mariage car José Vicente n'appartenait pas à l'élite sociale de l'époque coloniale. Amélia était la nièce des marquis de Balboa, l'une des familles les plus connues de l'aristocratie créole, alors que José Vicente ne se fit un nom qu'après s'être illustré pendant la guerre de 1895.

En obtenant le grade de capitaine au terme de cette guerre, ils purent se marier et leur bonheur semblait total avec la venue du premier enfant. Mais il n'en fut pas ainsi. Au terme d'un accouchement compliqué, la mère, âgée de vingt-trois ans, ainsi que le bébé, moururent.

C'est là que commence l'histoire.

À la demande du mari, Amelia et le bébé furent enterrés dans la même tombe. José Vicente leur rendit visite pendant quarante ans. Il leur apportait des fleurs, frappait trois fois avec l'un des anneaux de la tombe et ne leur tournait jamais le dos en partant. Ces gestes réalisés par José Vicente devinrent un rituel, et de nos jours, tous ceux qui se recueillent sur cette tombe font de même.

Après treize ans, lors d'une exhumation, on constata que les corps étaient intacts, comme si le temps n'avait pas eu de prise sur eux. On a été jusqu'à raconter que le bébé, qui avait été posé aux pieds d’Amelia lors de l'enterrement, avait été retrouvé sur son giron.

Depuis, toute une légende s’est tissée autour de ces faits. Des centaines de personnes ont commencé à se rendre sur la sépulture et à prier pour les mères et les enfants.

On attribue à Amelia de nombreux miracles. À l'approche de la fête des mères mais aussi tout au long de l'année, on se presse autour de la tombe pour demander santé et bien-être.

La légende devenue art

L'histoire de la Milagrosa a servi d'inspiration au sculpteur José Vilalta Saavedra, auteur de nombreux monuments comme celui de José Martí, au Parc central, ou celui des huit étudiants de médecine assassinés par les autorités coloniales.

Vilalta a reproduit la mère et son fils dans des proportions presque grandeur nature, en marbre de Carrare. La pièce fut réalisée à la demande du veuf. Elle fut terminée en 1909 et apportée d'Italie.

La statue représente une jeune femme vêtue d'une tunique classique. Dans son bras gauche, elle porte un enfant, et dans l'autre, une croix, symbole de sacrifice.

En 1996, l'historienne et missionnaire María Antonia Ruiz Guzmán, a signé un texte qui raconte en détail la vie d'Amelia Goiry de la Hoz. Son titre : Un amour de légende.

Traduction : F. Lamarque

Habana XXI

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