La politique de licenciement à Cuba



Après un demi-siècle de politiques égalitaristes, Cuba a commencé son plus grand processus de réduction des effectifs publics. La majorité des « emplois inutiles » sera supprimée sous l’impulsion du plan de réformes économiques concocté par Raúl Castro. Pour alternative, le travail privé sera amplifié et les emplois indépendants promus.

L'ouverture discrète vers le secteur privé

Selon le gouvernement, plus d’un million de fonctionnaires seront licenciés d’ici les trois prochaines années. Ceux-ci seront réorientés vers des secteurs en déficit de main d’œuvre : l’agriculture, la construction, la police et l’éducation.

Les personnes qui n’acceptent pas les postes qui leur sont proposés devront gagner leur vie par eux-mêmes, les autorités n’ayant prévu qu’une couverture d’un mois de salaire pour dix années travaillées.

En contrepartie, le travail indépendant sera développé. Le gouvernement ouvre la voie à l’émission de 250 000 nouvelles licences avec la possibilité pour les aspirants travailleurs à engager du personnel. Cette mesure ouvre le pas à la création de petites entreprises privées.

On estime à 200 000 le nombre d’employés qui vont être embauchés à travers des contrats privés. Quelques professions sont déjà régies par ce système. C’est le cas des chauffeurs de taxi, des barbiers, des coiffeurs et des gérants de salons de beauté. Ces travailleurs gèrent aux-même leurs affaires en fixant librement leurs tarifs tout en louant les locaux et leur outil de production à l’état et en payant leurs impôts.

Les emplois concernés sont principalement individuels et artisanaux. Une liste de 178 activités a été rédigé avec comme objectif de réorienter 500 000 chômeurs à court terme.

Le gouvernement a estimé un quadruplement de ses recettes grâce à cette mesure. Mais il semble avoir oublié le nombre de travailleurs fuyant le fisc à Cuba. De plus, la rareté d’accès au crédit est une limitation importante à la réussite d’une telle politique.

Pouvez-vous aussi être chef d'entreprise ?

Quelles conséquences aura cette politique de requalification dans une économie socialiste où les Cubains ont toujours été habitués à des emplois garantis à vie. Raúl Castro reste néanmoins déterminé à améliorer la productivité des travailleurs cubains, de redresser l’économie du pays et de maintenir l’idéologie socialiste instaurée par son frère Fidel en 1961.

Le concept de chômage est étranger à la majorité des Cubains. Durant des décennies, ils ont toujours travaillé dans des usines inactives, des magasins à moitié vide ou des bureaux saturés d’employés.

Partout ailleurs dans le monde, une telle politique serait difficilement applicable. Néanmoins, les Cubains sont confiants dans la mesure où ces politiques leur apporteront un meilleur niveau de vie. Un fonctionnaire licencié perdra son salaire mensuel de 20 pesos convertibles (environ 20 dollars américain) mais il aura la possibilité de gagner beaucoup plus en s’installant à son compte.

Le problème majeur réside dans le fait que tous n’ont pas les capacités, la volonté ni les connaissances pour devenir travailleur indépendant. Les plus vulnérables ne trouveront probablement pas d’emploi ou échoueront rapidement dans leur activité.

Ces licenciements massifs conduiraient alors le pays dans une dangereuse situation sociale où la pauvreté et la violence s’accroitraient en parallèle. Il y a plus de six mois que le gouvernement a annoncé le licenciement de 500 000 fonctionnaires avant le 31 mars 2011 et il est aujourd’hui difficile de trouver un chômeur dans les rues cubaines.

Raúl Castro a reconnu que le processus avance lentement en expliquant que la réforme du marché du travail est un moyen et non une fin. Toute précipitation serait alors contreproductive. Le gouvernement se trouve aujourd’hui devant un dilemme : réduire les frais de l’état sans produire de conflit social. Beaucoup de Cubains attendent avec anxiété la mauvaise nouvelle.

Les critiques de la réforme

Les opposants au régime semble, pour une fois, tous du même avis. Certains qualifient la réforme de « trop forte, trop rapide et inutile à la réduction du déficit public ».

L’extrême gauche est aussi très critique devant le développement du système privé. Les plus orthodoxes expriment leur mécontentement devant ce qu’ils estiment « un plan classique capitaliste ». Ils ne se gênent pas de taxer Raúl Castro de « capitaliste exploitant les travailleurs » et continue à exhorter « la classe ouvrière » à lutter contre les coupures et pour le droit de grève.

Quelle est la place d’un plan de licenciements dans une économie socialiste basée sur des préceptes marxistes ?

Certains observateurs, tout en trouvant les réformes nécessaires, jugent que la rapidité conduit à « mettre la charrue avant les bœufs ». Sans réelle organisation, le gouvernement espère que le secteur privé prendra rapidement  la place du secteur public dans l’économie cubaine.

Pour certains Cubains, cette décision a été perçue comme une opportunité de gagner davantage d’argent. D’autres se sont montrés plus pessimistes à cause de la rareté des crédits et de la lourde charge des impôts. La physionomie de l’emploi à Cuba a commencé à changer radicalement. Il se peut que les années dorées de la sécurité au travail ne reviennent plus jamais.