La Real Fuerza, le premier château de La Havane

2012-10-10 03:38:04
La Real Fuerza, le premier château de La Havane

La construction du château de la Real Fuerza fut terminée en 1577 après plus de vingt années de travail. C’est la première fortification dont a disposé La Havane pour se protéger des attaques maritimes.  C’est parce que la ville de San Cristóbal de La Habana avait déjà souffert de plusieurs attaques de flibustiers (dont celle sanglante de Jacques de Sores en 1555) que la capitale cubaine décida de se prémunir contre ce genre d’assauts.

Cependant, la forteresse ne fut pas d’une grande utilité pour la ville car elle était construire sur un terrain peu élevé par rapport au niveau de la mer. Elle fut reconvertie pendant plus de quatre siècles en différentes utilisations : maison du gouvernement, musée… Aujourd’hui, elle est considérée comme la plus importante expression architecturale de la Renaissance cubaine.

L’interminable construction de La Real Fuerza

En fait, un château avait été construit avant celui de la Real Fuerza. Il était connu sous le nom de Fuerza Vieja et a été érigé entre 1539 et 1540, là où fut par la suite construite la Cathédrale de La Havane. C’est depuis ce fort que les Havanais ont résisté à l’attaque de Jacques de Sores le 10 juillet 1555.

La Couronne espagnole décida de construire de nouvelles défenses, persuadée de l’urgence de protéger la flamboyante capitale cubaine. Le mandat fut confié à l’ingénieur Bartolomé Sánchez qui débuta les travaux le 1er décembre 1558 accompagné de plusieurs centaines d’officiers, d’ouvriers et de tailleurs de pierres nécessaires pour bâtir l’édifice.

Néanmoins, les travaux avancèrent lentement à cause du manque de main d’œuvre et de divergences entre Sánchez et ses subordonnées. L’ingénieur sera même remplacé deux années plus tard. Il est curieux de remarquer, qu’en plus des esclaves africains, les travaux de construction avaient aussi été confiés aux pirates français, aux prisonniers et aux condamnés aux travaux forcés.

Quatre ans après la pose de la première pierre, la forteresse ne comptait que les fossés des fondations. Le roi Felipe II ordonna à l’Adelantado (gouverneur) de la Floride, don Pedro Menéndez de Avilés, de s’occuper du gouvernement cubain et de terminer rapidement les travaux. Mais les journaliers se mirent en grève suite à plusieurs salaires impayés, une première dans l’histoire de Cuba.

Sans argent ni esclaves suffisants, les autorités ont décidé de laisser le chantier en suspens. Et la situation empira encore puisqu’une épidémie de variole décima une bonne partie des tailleurs de pierre. Finalement, le 27 avril 1577, le château de la Real Fuerza était officiellement inauguré par le gouvernement espagnol (même s’il fallut encore plusieurs mois avant que la fortification soit totalement terminée).

Logement, entrepôt, bibliothèque, musée

L’architecture du château répond aux conceptions prédominantes de la Renaissance : un idéal de symétrie et d’exactitude. D'autres fortifications construites en Amérique entre les XVIème et XVIIIème siècles suivirent ce modèle où, pour la première fois, d’épaisses murailles étaient érigées pour résister aux tirs de canons.

Cependant, les châteaux de Los Tres Reyes del Morro et de San Salvador de la Punta (situés à l'entrée de la baie) ont rapidement ôté  à la Real Fuerza son importance stratégique. En 1601, une Cédule Royale ordonna sa reconversion en entrepôt. Plus tard, à partir de 1717, il servit de logement aux capitaines généraux espagnols jusqu’à la prise de La Havane par les Anglais en 1762.

La forteresse abrita successivement une caserne de la milice espagnole, le siège des Archives Nationales durant les premières années du XXème siècle, le quartier général de la Garde Rurale et de l’Armée, la Bibliothèque Nationale jusqu’en 1957, le musée des Armes et une galerie d’expositions de céramique.

Mais la plus importante valeur du château de la Real Fuerza réside dans La Giraldilla, une statue de 1,05 mètre placée en haut de sa tour, qui représente une femme portant la croix de Calatrava sur son bras droit. Cette structure de bronze du XVIIème siècle, dont l’original est jalousement gardé dans le musée municipal, est devenue un symbole de La Havane.

 

Opus Habana

Dédiée au patrimoine historico-artistique depuis 1995, « Opus Habana » est la revue institutionnelle de la Oficina del Historiador (Bureau de l’Historien) de La Havane, acteur principal du chantier de restauration de la Vieille Havane, déclarée Patrimoine de l’Humanité en 1982 par l’UNESCO. A caractère quadrimestriel et avec un tirage de 3000 exemplaires, « Opus Habana » est dirigée par Eusebio Leal Spengler, l’Historien de La Havane en personne. Alors que la tendance était à l’économie et la survie dans les années 1990, Eusebio Leal Spengler a su tirer partie des difficultés du pays et obtenir de Fidel Castro une certaine autonomie qui, conjuguée à un extrême talent, lui a permis de transformer la Oficina del Historiador en une véritable entreprise: hôtels, restaurants, boutiques, musées, chantiers de restauration voire de construction etc. « Opus Habana », comme l’Historien, se consacre donc au patrimoine culturel, et en particulier à la réhabilitation de la Vieille Havane. La revue rassemble des intellectuels de prestige, architectes, historiens, sociologues, écologues etc. qui collaborent régulièrement à sa publication, tant dans sa version papier que dans sa version numérique. « Opus Habana » est aujourd’hui une référence, consultée par un public national et étranger. En outre, la présence notable d’artistes plastiques de renommée, notamment en raison de leur contribution aux couvertures et différentes illustrations, en fait également une référence incontournable de l’actualité dynamique et hétérogène des arts plastiques cubains.

Page web : http://www.opushabana.cu/

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