La religion à Cuba, une relique africaine (2/2)

2012-10-31 03:28:02
Jorge Ramirez Calzadilla
La religion à Cuba, une relique africaine  (2/2)

Bien que très populaires, les mouvements religieux d’origine africaine ont toujours eu du mal à s’affirmer officiellement sur l’île de Cuba. Héritiers d’un lourd passé de domination coloniale, ils ne se sont jamais structurés comme s’ils craignaient que la standardisation les normalise à l’excès. Cette absence d’organisation a conduit à considérer les mouvements religieux d’origine africaine comme particulièrement amoraux.

Cependant, ils ont réussi à s’imposer et à s’étendre dans le Cuba prérévolutionnaire. Les explications sont à chercher dans l’histoire esclavagiste de l’Île.

L'évangélisation et la spécificité cubaine

Les esclavagistes ne se sont jamais vraiment intéressés à la vie spirituelle de leurs esclaves. En outre, ces derniers ont eu des difficultés à intégrer les dogmes catholiques que les évangélistes essayaient de leur imposer. Les différences culturelles et linguistiques leur rendaient la tâche particulièrement ardue.

De plus, l’esclave ne voyait bien sûr pas l’esclavagiste chrétien comme un modèle éthique et religieux à imiter. Il ne comprenait pas les contradictions entre le prêche d’un amour envers son prochain et des pratiques inhumaines et cruelles d’esclavage.

Ces esclaves n’étaient pas sans culture ni religion. Leur imposer la religion chrétienne signifiait les obliger à oublier leur culture et leurs croyances personnelles. Devant une perte probable de leur identité, les esclaves ont naturellement résisté. C’est un phénomène courant des peuples qui ont émigré par force et non de leur pleine volonté.

Il faut toutefois noter que la religion catholique à Cuba était particulièrement ouverte aux autres croyances, y compris africaines. Elle a évolué au fil des colonisateurs espagnols, chacun apportant ses pratiques souvent différentes de l’orthodoxie officielle et de la rigidité morale de l’église espagnole. Plus qu’une simple recherche du salut de leur âme, ces aventuriers trouvaient dans la religion une réponse au surnaturel les entourant. Ils priaient des saints, des vierges et autres symboles pour leur demander miracles et guérison.

A Cuba, le recours à la Bible perdit de l’importance au profit de divers images, rosaires, neuvaines, pèlerinages et processions. Le baptême et les enterrements étaient les services les plus demandés à l’église.

Les points communs entre le catholicisme cubain et les religions africaines ont été mis en avant par Fernando Ortiz : « [...] le culte catholique pratiqué à Cuba n’était, en effet, pas très différent du fétichisme. »

Les religions d'origine africaine aujourd’hui

Après la révolution de 1959, la politique officielle en matière religieuse se fonda sur une liberté et une ouverture à tous types d’expressions et de groupes religieux sans distinction. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire cubaine, la libre-pensée religieuse est devenue une règle. Les religions d’origine africaine ont pu alors librement prospérer.

L’athéisme des dirigeants socialistes n’a jamais été imposé en norme à la population cubaine.  Il a affecté toutes les religions de la même façon sans pour autant les décrédibiliser. Au fil des ans, les modifications législatives (incorporation des croyants au parti en 1991, inscription dans la constitution du caractère laïque de l’État en 1992) ont assis une liberté religieuse héritière de la tradition indépendantiste.

Ceci influença également une politique culturelle favorisant les traditions africaines telles que la musique, la danse ou les pratiques religieuses. C’est sur un terrain si favorable que ces dernières ont pu prospérer.

Un autre point important est que les pratiques d’origine africaine sont naturellement orientées vers la diversité religieuse. Il est fréquent qu’un santero, par exemple, soit baptisé par l’église catholique en même temps qu’initié au palo monte et au spiritisme.

Aujourd’hui, certains s’inquiètent du déclin général des religions et  souhaitent la constitution de structures centrales permettant de dynamiser les cultes. Quelques pas ont déjà été faits avec la constitution de la société culturelle Yoruba de Cuba dans la santería ou l’Organisation d’Unité Abakuá prônant l’ouverture inter-religion. Parallèlement, les chefs religieux, les babalawos en tête, promeuvent un regroupement des idées de la Regla Ocha pour mettre de la cohérence dans les différentes pratiques.

Jorge Ramirez Calzadilla

Spécialiste du Département des Études Socioreligieuses, Centre des Recherches Psychologiques et Sociologiques du Ministère des Sciences, de la Technologie et de l'Environnement.

Inter Press Service en Cuba

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