La Route centrale, une merveille faite à Cuba

2012-10-03 21:26:54
Boris Leonardo Caro
La Route centrale, une merveille faite à Cuba

Photo : Archive du Ministère de la Construction

La Route centrale, construite entre 1927 et 1931, est une des sept merveilles de l'ingénierie cubaine. À son époque, cette voie de communication qui unit les principales villes de l'île a aussi été la meilleure œuvre de son type dans le monde.

Des charrettes de canne à sucre, des lents paysans à bicyclettes, des vieilles voitures américaines ou des modernes voitures japonaises, des tracteurs soviétiques… le voyage par la Route centrale de Cuba, plus qu’un monotone parcours sur l'asphalte, est un périple par la culture et l'histoire de l'île.

Depuis les zones du tabac de Vueltabajo, dans la province occidentale de Pinar del Rio, jusqu'au cœur torride de Santiago de Cuba, dans l'orient, elle traverse ce pays en forme de caïman comme une extraordinaire colonne vertébrale de 1139 kilomètres de long.

Elle est âgée de sept décennies, mais elle ne ressemble pas à une vieille malade. De nombreux tronçons dépassent en qualité l'inachevée Autoroute nationale. Au-delà du village de Taguasco, dans la province centrale de Sancti Spíritus, elle est l'unique voie de communication - en plus du chemin de fer - pour arriver dans la région orientale.

Du chemin royal à la route

En 1899, après avoir obtenu son indépendance de l'Espagne, Cuba comptait environ 260 kilomètres de routes. À la rigueur, il s'agissait de chemins réalisés avec une adaptation déficiente du système Macadam.

Selon Juan de las Cuevas dans son livre 500 años de construcciones en Cuba, « […] dans l'île on améliorait le terrain avec une couche de pierres de différentes grosseurs, alors que le drainage et les fossés laissaient beaucoup à désirer. Pour le comble, les pluies de mai à octobre rendaient quasiment impraticable l'ancien Chemin Royal. »

La première automobile avait débarqué à La Havane en décembre 1898, une Parisienne française qui se déplaçait à la vitesse incroyable de 12 kilomètres à l’heure. À partir de cette date l'entrée des véhicules n'a pas cessé. Rapidement, la nécessité de relier les zones urbaines et les noyaux économiques du pays avec une route, qui permettrait une circulation rapide, s'est convertie en une affaire urgente pour le gouvernement.

À la fin de l'administration d’Alfredo Zayas, en 1925, il y avait environ 2800 kilomètres de routes, sur lesquelles on avait utilisé le système Telford-Macadam avec un revêtement d'asphalte, qui serait ensuite employé sur la Route centrale.

Vers la moitié des années 1920, Cuba était plongée dans la crise économique postérieure à la Première Guerre Mondiale. L'effondrement des prix du sucre, le principal produit d'exportation, avait amaigri les éphémères « vaches grasses ». C’est alors que le gouvernement du général Gerardo Machado (1925-1933) a décidé d'entreprendre un ambitieux Plan d’Œuvres Publiques.

Une merveille de l'ingénierie civile

Le Congrès de la République a approuvé la réalisation de la Route centrale le 15 juillet 1925. Le gouvernement a lancé un appel d'offres aux entreprises cubaines et étrangères intéressées par le projet. La première adjudication, le 27 septembre 1926, a été déclarée déserte. Quelque temps plus tard, le 30 novembre, la Compañía Cubana de Contratistas et l’étasunienne Warren Brothers Company ont remporté « el gato al agua ».

Suite à la clause 241 du contrat, les œuvres ont symboliquement commencé le 2 mars 1927 au kilomètre 11, près du quartier havanais de San Francisco de Paula. Durant les premiers jours des moyens rustiques ont été employés, jusqu'à l’arrivée d’équipements provenant des Etats-Unis. La véritable date de début des travaux a donc été le 2 mai, sous la direction de l'ingénieur en Chef des Chemins et des Ponts du Secrétariat des Œuvres Publiques, l’ingénieur Manuel A. Coroalles, un cubain diplômé avec les honneurs de la Rensselaer Polytechnic Institute de Troy, New York.

Les 1139 kilomètres de la route ont été structurés en six divisions, dont chacune comprenait 32 sections. De celles-ci, 10 ont été assignés à la partie cubaine et les autres à la compagnie étasunienne.

 « Le grand secret de la route centrale a été l'organisation de l'œuvre », soutient l'ingénieur Cuevas dans sa conférence intitulée La Carretera Central. En effet, la segmentation des travaux par territoires a rendu propice l'exploitation de nouvelles carrières qui n'étaient pas connues jusqu'à ce moment. En outre, chaque section comptait ses équipements et son personnel.

Le passage de la voie par les villes a obligé à faire des améliorations dans le tracé urbain. À Santa Clara, la plus importante ville du centre du pays, une jetée et une route périphérique ont été construites. L'élargissement des rues principales (jusqu'à 8 mètres), la construction de parcs, des trottoirs et des égouts pluviaux ont coûté plus de six millions de pesos.

Le passage des rivières, des reliefs et des croisement avec le chemin de fer – tous résolus finalement au moyen de passages surélevés – a obligé à construire près de 250 ponts, la majorité en béton armé. Les ponts d'acier sont arrivés à mesurés jusqu'à 92 mètres de hauteur. Étant donné qu’il n’existait aucune étude sur les inondations, il a fallu se conformer à l'expérience des habitants quant aux  niveaux maximaux des crues.

Du point de vue technique, les critères les plus modernes de l'époque ont été suivis. En accord avec le livre de Cuevas, sur le remblai, qui s'élevait jusqu'au niveau désiré, on plaçait une base de Telford-Macadam. Sur celle-ci était coulée une chape de béton de 30 centimètres d'épaisseur et, si cela était nécessaire, elle était renforcée avec de l’acier. La surface de roulement était élaborée avec du béton bitumineux. Dans les lieux de trafic intense, une couche de sable de trois centimètres et des pavés de granit étaient ajoutés, scellés au moyen d’une substance fondue avec un mortier hydraulique.

Le 24 février 1931 la Route centrale a été officiellement terminée. La cérémonie a eu lieu dans le Capitole National, qui marque le kilomètre zéro. Au pied de la statue de la République – de 17,54 mètres de haut – le président Machado, son Secrétaire des Œuvres Publiques, Carlos Manuel de Céspedes, et les gouverneurs provinciaux ont souscrit l'acte d'inauguration de l'œuvre.

On estime que le coût total a dépassé les 111 millions de pesos (97 429 pesos par kilomètre). Onze mille personnes ont été employées pour les travaux, la majorité cubaines, en correspondance avec une des clauses du contrat qui exigeait au moins 70 pour cent de main d'œuvre nationale.

La connexion des six provinces du pays (Pinar del Rio, La Hanana, Matanzas, Las Villas, Camagüey et Oriente) a constitué un stimulant spécial pour le commerce et le secteur agricole.

« C'est l'œuvre la plus importante du point de vue politique, économique et social qui a été réalisée dans notre pays », a assuré Cuevas.

Cuba Autrement

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