La sexualité à Cuba: entre plaisir et reproduction

2016-09-27 22:34:25
F. Cabrera
La sexualité à Cuba: entre plaisir et reproduction

Par : F. Cabrera

On ne saurait dire si le résultat des mélanges ethniques s’est produit aux origines de la nation, mais ce qui est sûr c’est que les Cubains ont ce quelque chose qui les rend unique. Que ce soit sur le plan plus intime ou sur les relations sociales, on retrouve un trait commun qui ne peut s’expliquer ou se comprendre avec des modèles et des théories qui se sont avérées justes à d’autres contextes.

Les familles cubaines ont peu d’enfants; ce sujet a été discuté dans plusieurs cercles de conversations (académiques, médiatiques, familials). On le doit à la relation inverse entre la quantité d’enfants qui naissent et l’augmentation du vieillissement de la population. A l’image d’une compétition sportive, le comportement de la fécondité de la population cubaine déclenche des applaudissements chez les uns, des larmes chez les autres. Les supporters d'un pays dont le taux de fécondité est entre les plus bas du monde, au même niveau que les pays plus développés, applaudissent ; les autres, ceux qui doivent organiser le bon fonctionnement d'une nation avec une population vieillissante, se lamentent.

L'époque coloniale (et l'Espagne de cette époque) ont transmis un modèle de famille peu nombreuse, auquel vient s'ajouter les pratiques d'avortement des esclaves africaines qui perdurent encore aujourd'hui. Quand les Américains étaient à Cuba, les jeunes filles qui avaient les moyens voyageaient des Etats-Unis à Cuba pour subir un avortement, protégées par la flexibilité cubaine et le peu de préjugés sociaux ou religieux. Aujourd'hui, le recours à l'avortement comme méthode de contraception est une des grandes préoccupations des autorités de la santé dans l'île.

L'avortement n'est pas sanctionné, ni légalement ni socialement, et un réseau institutionnel a été mis en place permettant une garantie maximale pour la sécurité des femmes. Des recherches menées ont démontré que si dans la théorie, les jeunes filles connaissent sur le bout des doigts toutes les méthodes de contraception, dans la pratique, elles sont vite oubliées. Les rencontres fortuites ou même planifiées, peu souvent dans des conditions idéales, ont contribué à un laisser aller en matière de sécurité. Auxquelles vient s'ajouter la pression exercée par les hommes, dignes représentants du machisme transmis par l’héritage.

Le concept de planification familiale est resté dans les livres. Les couples désirent avoir un enfant, mais ce dernier arrive à n'importe quel moment, et généralement, comme le fruit du hasard. Il est étrange de constater que cet espèce de déchaînement reproductif se retrouve dans tous les types de familles où l'éducation et les possibilités économiques sont plus ou moins poussées, qu'ils vivent en ville ou à la campagne.

Un des aspects plus sensibles, qui rejoint l'idée précédente, concerne la maternité précoce. Les jeunes cubains débutent très tôt leur vie sexuelle, comme si la chaleur tropicale faisait bouillonner les hormones plus tôt que prévu. Un fort pourcentage de jeunes filles tombent enceintes et poursuivent leur grossesse.

D'un autre côté, les femmes plus âgées ont augmenté le taux des naissances annuelles. Ce sont des femmes qui ont repoussé la maternité pour construire un projet de vie professionnel, et dans une moindre mesure ont eu des problèmes pour tomber enceinte. Le personnel de la santé qui les accompagne pendant les neuf mois reçoit la nouvelle en levant les bras au ciel, la sueur froide dans le dos et le mal au ventre. Les médecins cubains n'aiment pas avoir des patients à risque, comme c'est le cas pour toutes les mères de plus de 30 ans. Le suivi de la mère est deux fois plus exigent et la responsabilité leur incombe en premier lieu.

Certains, d'une manière insensée, ont pronostiqué la lente disparition de la population cubaine à cause de la baisse de fécondité, mais l'idée est sans fondement. Les femmes de l'île ont appris à profiter pleinement et ouvertement de leur féminité ; elles n'ont pas peur du plaisir et utilisent toutes les recours possibles, à la recherche de leur satisfaction. Les enfants sont voulus, et sont accueillis dans les meilleures conditions que le contexte peut offrir. L'enjeu principal est de continuer l'apprentissage d'une sexualité et d'une maternité paternité responsable.

 

Traduction : B.F

Habana XXI

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