Le baseball, une obsession nationale



Seule quelque chose de très important doit se passer pour que les rues de la Vieille-Havane deviennent silencieuses, pour que le brouhaha normal diminue au point de se transformer en murmure presque inaudible. La finale de la Classique mondiale de base-ball, jouée à San Diego le 20 mars 2006 en présence d’une foule de 42 696 spectateurs, a été l’une de ces rares occasions. Les habitants de l’île ont suivi chaque minute du match, ce qui a pratiquement paralysé le pays. Sur la rue Obispo (artère principale de la Vieille-Havane) les gardes de sécurité écoutaient discrètement le match à travers leurs écouteurs, alors que les rares personnes qui traversaient la rue s’empressaient pour arriver à un endroit où pouvoir voir le jeu.

Dans le Parque Central – où un écran géant a été placé – la contenance a fait défaut et des centaines de fans enthousiasmés fêtaient la récupération angoissante de Cuba après une première manche désastreuse face à l’équipe japonaise.

Si l’on tient compte du fait que la participation de Cuba n’a été confirmée qu’à la dernière minute, les progressions de l’équipe jusqu’à la phase finale ont constitué un grand succès. Les résultats du base ball cubain lors des rencontres internationales sont tellement remarquables (champions mondiaux en 2005, champions olympiques en 2004 et champions panaméricains en 2003) que la médaille d’argent remportée aux Olympiades de Sydney 2000 a été décevante. Mais il s’agissait du premier match joué contre des équipes professionnelles formées notamment de stars des ligues professionnelles majeures. D’après les rumeurs, l’équipe cubaine ne serait pas en mesure de jouer contre des équipes comme celle de la République dominicaine où l’on trouvait des stars telles que Albert Pujols, Adrián Beltre, Miguel Tejada, Daniel Ortiz et Moisés Alou. 

Aux débuts, le département du Trésor des États-Unis a boycotté la participation de Cuba. Il a fallu que les autres nations participantes exercent des pressions, que le président de la ligue américaine MLB (Major League Baseball) y intervienne et que les autorités cubaines proposent de transférer les bénéfices au fond d’aide aux victimes de l’ouragan Katrina pour que les autorités états-uniennes révoquent leur décision.

« Le base-ball ne peut être mesuré par le prix des athlètes, mais par le cœur du peuple ». Cepeda, voltigeur de gauche de Cuba

Cuba est arrivée en finale après avoir battu (3 à 1) en demi-finales l’équipe de la République dominicaine, l’une des favorites, d’avoir perdu contre cette même équipe (7 à 3) dans la classification par groupes et d’avoir battu le Panama et le Venezuela. Puisque les Dominicains avaient une moyenne de six points par jeu avant les demi finales, la prouesse des lanceurs cubains de limiter leur offensive à un seul point s’avère vraiment impressionnante.

La finale a démarré de manière désastreuse pour l’équipe cubaine, dirigée par Higinio Vélez. Le Japon a pris le devant avec quatre points tout en tirant profit des lancers erratiques de trois lanceurs cubains qui ont regagné le monticule pour essayer de contrecarrer les dommages.

Au fur et à mesure que le jeu avançait, les Cubains ont réussi à augmenter graduellement leurs possibilités en frappant quatre coups sûrs au bas de la sixième manche qui sont venus s’ajouter à un circuit d’Eduardo Paret au bas de la première manche. Mais c’est le circuit de Frederich Cepeda avec un homme sur un coussin au bas de la huitième manche face à Soichi Fujita, celui qui a redonné de nouveaux espoirs à Cuba en réduisant l’avantage des Japonais à un seul point. La foule a commencé alors à penser que Cuba allait se récupérer de manière extraordinaire.

Hélas, tel n’a pas été le cas. L’équipe japonaise a marqué de nouveaux points au haut de la neuvième manche et tout prit fin lorsque le lanceur Akinori Otsuka retira sur trois prises le célèbre joueur cubain Yulieski Gourriel. Le Japon aura gagné la finale 10 à 6.

Les joueurs cubains ont perdu la finale mais ils ont prouvé qu’ils pouvaient rivaliser avec les milliardaires de la MLB. Le lendemain, des milliers de Cubains ont envahi les rues pour recevoir leur équipe avec des cris de joie et en arborant des drapeaux alors que les joueurs entreprenaient un parcours triomphal à travers La Havane.