Le Café arrive aux Caraïbes



Le fait que le capitaine de la Marina de Martinique Gabriel Desclieux distribue le caféier dans plusieurs territoires des Caraïbes, l’ayant rapporté du Jardin des Plantes de Paris, où il avait été envoyé par le Roi Louis XIV après l'avoir reçu d'Amsterdam, Hollande, en 1714, suscitera l'introduction de cette culture à Cuba, en 1748.

Neuf ans plus tard, après que l'arbrisseau original eut produit d'autres plants, en plein Paris, Gabriel Desclieux se proposa, et parvint avec beaucoup de difficultés, d'en obtenir un. Il leva l'ancre du port de Nantes, en 1723, avec un caféier comptant plusieurs branches, en direction de la Martinique.

Dès son arrivée en Martinique, Gabriel Desclieux replante le caféier dans sa propriété, et obtint, en 1726, la première récolte qui  atteignit deux livres de grains et qu'il distribua entre plusieurs commerçants intéressés. Quelques années plus tard, quand les plantations de cacao, sur le territoire de la Martinique, souffrirent de grandes affectations, la culture du café résolut un sérieux problème de soutien pour la population, en matière de main-d'oeuvre et de production.

Dans ce contexte, quand le comptable du gouvernement espagnol à Cuba, José Antonio Gelabert, visita l'Île Española, son attention fut grandement attirée par les débuts de la culture intensive du café, avec d'excellents résultats, mais également il se montra intéressé par les propriétés qu'on lui attribuait, principalement de caractère médicinal. Ce sera quelques années plus tard que le café s'utilisa comme nous le faisons aujourd'hui.

Le savant cubain Don Tomás Roig, dans son Dictionnaire Botanique des Noms Populaires Cubains, nous dit : « La plante du café appartient à l'espèce Coffea arabica , de la famille du rubiacées, originaire d'Arabie, introduite à Cuba par Antonio Gelabert. »

Il manquait quasi un demi-siècle pour que se produisent les grandes vagues d'émigration provenant de la Española, aujourd’hui Saint Domingue et Haiti. Celles-ci donneraient naissance au développement du café dans la Sierra Maestra et dans différentes zones de Guantánamo, des territoires situés dans l'ancienne province d'Orient.


De la fin du XVIII ème siècle et jusqu'au début du XIXème arrivèrent à Cuba, en plusieurs étapes, des milliers d'émigrés de l'île voisine. Leurs estimations sont chiffrées à environ 30 mille personnes, bien que le grand démographe cubain Juan Pérez de la Riva considère qu'elles sont exagérées. Cela indique que l'on ne peut pas parler d'un chiffre exact, seulement d'une approximation.

La certitude est que grâce à une partie de l'immigration française mentionnée, dans laquelle se trouvait plus d'une centaine d'anciens administrateurs ou propriétaires de plantations de café, des zones isolées et inhabitées, des terres non cultivées, se sont converties en un empire du café, ceci dû à  application et à aux efforts de ces nouveaux arrivants. Ces planteurs, dans de nombreux cas, ont apporté leurs esclaves, mais ils étaient aussi porteurs d'expérience dans ce domaine, ils possédaient un certain capital financier et ils dominaient les avances technologiques qu'ils avaient appliqué à Haïti.

De même, l'action de cette migration permit à Cuba que celle-ci occupa la place de Haïti – dû à la dévastation de son agriculture et de son économie, suite à la guerre qui s'y déroulait depuis la nuit du 14 août 1791 –, comme le principal producteur et exportateur de café dans le monde. Jusqu'à cette même année, l'ancienne colonie française exportait au moins 40% de la consommation mondiale du café. Pour sa part, le café cubain était respecté pour sa qualité sur les plus exigeants marchés européens durant de nombreuses années.

Les caféiers plantés par José Antonio Gelabert sur ses terres de Wajay, une localité située à la limite de La Havane, signifie, historiquement, que ce territoire à la primauté du café à Cuba.

Pour cette raison, depuis 1980, se sont réactivées les traditionnelles fêtes du café à Wajay, lesquelles réaffirment et proclament chaque année que là eut lieu le premier repiquage du caféier dans l'archipel cubain.

Ce dernier fait en relation avec celui que certains auteurs classent comme le père d'une grande partie des caféières d'Amérique : Gabriel Desclieux.

Dans l'œuvre Histoire de la Martinique , de Sydney Daney, l'auteur nous dit que Gabriel Desclieux est mort dans une pauvreté totale et sans que sa contribution eut été valorisée à sa juste mesure. Un monument a été édifié à sa mémoire, en 1918, dans le Jardin Botanique de Fort-de-France, avec l'inscription suivante : « À celui que nous avons relégué à l'oubli durant tant de temps. »