Le casino, une danse de salon exprimant le cubain

2012-12-08 04:40:56
Le casino, une danse de salon exprimant le cubain

À Cuba, il semble que la vie s’écoule à la cadence d'une douce musique. Les enfants de cette terre se meuvent d'un côté à l’autre comme possédés par un rythme contagieux. Ils marchent, gesticulent, travaillent, se laissent emporter et tout cela pourrait être vu comme la partie d'une grande chorégraphie, guidée par un mélange de sons divers et variés. On naît ici et la musicalité suit le premier souffle. La danse, d'une certaine manière, est intégrée dans l’être, même pour ceux qui s’opposent à apprendre les pas de base.

C’est une île musicale. On est connu hors de nos frontières à travers les mélodies et nos façons de les accompagner. La salsa, par exemple, et son style de danse par excellence, nous identifient, nous conforment et constituent un orgueil national. Le casino, considéré par les spécialistes comme le genre de base de l'art de la danse populaire cubaine, a plus d’un demi-siècle d'existence. Comme une partie indiscutable de la tradition, il est inhérent au naturel et à la désinvolture de ceux qui le dansent.

La naissance et l'expansion du casino

On raconte que le casino est né dans les célèbres Halls (casinos) où les familles aisées se réunissaient dans les années cinquante, ce qui expliquerait son nom. Les plus grands orchestres d’hier et d’aujourd’hui savent donner vie au rythme musicaux formant la base de la danse. Avec le temps, le casino s’est enrichi de l’histoire de la nation et de sa population. Cette danse se pratique en couple. Il existe des variantes comme la rueda de casino dans laquelle les danseurs échangent leur partenaire tout en suivant les instructions orales du leader du cercle.

On ne sait pas vraiment l’origine de cette danse. Les « casineros » pensent qu’elle s’est créée petit à petit, englobant une suite de pas à la base de la danse connue aujourd’hui. Il apparaît tout de même que le casino ait été essentiellement inspiré par le divertissement.

La littérature de l'époque souligne qu’on organisait des ruedas de plus de soixante couples dans les Casinos. Ils dansaient aux rythmes du « Barbaro del Ritmo », le fameux Benny Moré, ou de l'orchestre Aragon, parmi d’autres groupes reconnus. Un papier publié il y a quelques années dans la revue culturelle cubaine La Jiribilla assure que le casino a été la dernière danse de salon créé par le peuple. En même temps, il souligne que les mouvements de cette danse, créatifs et libres, reflètent la population cubaine.

La Havane a été conquise en peu de temps par cette danse. Les boursiers de tout le pays l’ont popularisé dans leurs provinces lors de leur retour les fins de semaines. Les anciens aiment dire que « vers 1964, celui qui ne savait pas danser le casino, ni s’intégrer à une rueda avec des personnes connues ou non, devait renoncer à danser », ce qui correspond souvent à renoncer à vivre à Cuba.

Cette danse –se rapprochant de la musique sonera des années 40 à 60- reste encore la préférée du peuple cubain, explique le chercheur Lino Arturo Neira. La timba a bien fait une irruption dans les années 90 –forme plus dure et plus agressive de salsera- mais le casino a maintenu en nombre ses partisans.

Le casino conquiert le monde

Il n'y a aucune fête dans l'île qui, à un certain moment, n'inclut pas une ou plusieurs ruedas réunissant et divertissant les couples de danseurs de tous âges. L’esthétisme des mouvements et la musique entraînante accompagnent les danseurs tout en donnant plaisir aux spectateurs restant souvent bouche bée devant les pas et figures compliqués des casineros.

Beaucoup de cubains apprennent à danser dès leur enfance, mais l'adolescence est l'étape la plus propice pour le casino, symbole de passage dans la société adulte. Les garçons s’entraînent souvent dans des endroits atypiques : dans les couloirs des écoles, durant les récréations, dans les intercours. A capella, ils arment la rueda, fredonnent une chanson et danse sans fatigue. Une fois aguerris, les garçons dansent partout où ils entendent de la musique et même parfois là où ils ne l’entendent pas !

Le casino, qui est connu hors de nos frontières comme la salsa de style cubain, fait partie de l'identité nationale. Cette danse s’est popularisée lors du boom de musique cubaine au niveau international. Il existe des écoles dans des pays aussi éloignés que la Colombie, les Etats-Unis, la France, la Chine ou le Japon. On trouve également des événements et concours internationaux promouvant la danse et ses techniques. Les apprentis casineros tentent d’imiter les pas de base tout en apportant souvent une touche locale.

La danse tend à être plus stylisée hors de nos frontières, plus préoccupée par la précision des mouvements que par le rythme en soi. C'est pour cette raison que l’essence du casino reste à Cuba où une douce saveur surplombe la musique et les pistes de danse. Les cubains sont propriétaires d’un style particulier, davantage concentré sur le plaisir et la spontanéité.  

Il est même surprenant d’entendre le leader de la rueda à l’étranger guider les danseurs locaux dans un parfait espagnol compris de tous. En Chine, par exemple, ils comptent parfois les tours en mandarin, mais au milieu de la danse on entend : Dame una ! Dame dos ! Enchufa ! hombres al centro con palmadas !… c’est comme un retour aux racines. Le casino a son espace dans tous les continents, des couleurs naissent depuis chaque latitude, mais les Cubains lui donnent un sceau original.

Enfin, c’est définitivement dans cette île qu’a lieu le mystère. Même au milieu d'un autobus bondé, les personnes ne peuvent pas éviter de se mouvoir au rythme choisi par le chauffeur. Qu'importe si l’on ne peut pas bouger dans un bus, des sensations profondes nous font danser dans le couloir même dans ces conditions. Le trajet se déroule différemment… et l’indéniable retour aux sources s’accomplit : la musique et la danse sont dans le sang des enfants de cette terre.

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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