Le château de Santo Domingo de Atarés

2013-08-28 22:33:01
Yamira Rodríguez Marcano
Le château de Santo Domingo de Atarés

Par Yamira Rodríguez Marcano

Photo : Bureau de l’Historien de La Havane)

La construction du château de Santo Domingo de Atarés a eu lieu entre 1763 et 1767 sous la direction de l'ingénieur Silvestre Abarca et avec l'intervention de l'ingénieur belge Agustín Crame.

Une ville de fortifications

Durant la colonisation espagnole, La Havane est devenue la ville la plus fortifiée d’Amérique. C'est d'abord le château de la « Real Fuerza » localisé à l'estuaire du canal, qui a été construit dès le XVIe siècle puis ensuite le château « San Salvador de la Punta » et celui « Tres Reyes del Morro », tout deux situés à l'entrée du canal.

Ils étaient les acteurs principaux de la stratégie défensive espagnole car face à face, ils permettaient un feu croisé pour empêcher la prise de La Havane. Ce plan a fonctionné jusqu'en 1762, année d'arrivée des Anglais dans la ville et de son siège en dépit des ouvrages défensifs de Cojímar et de la Chorrera et du démarrage de la construction d’enceintes pour la défense terrestre.

Après onze mois d'occupation anglaise, lorsque l'Espagne retrouve La Havane, la couronne décide alors de transformer la ville en un site imprenable. C'est pour cette raison que le château de « San Carlos de la Cabaña » a été construit dans la zone du canal, cette fois mieux situé et mieux dessiné militairement que ses prédécesseurs. Deux châteaux supplémentaires  ont complété le système défensif en forme de triangle : « el Príncipe » et « Santo Domingo de Atarés »,  construits sur des hauteurs, le premier dans la ville, sur la colline d’Aróstegui ; le second sur la colline de Soto, au fond de la baie.

Un hexagone sur la colline

Le château de Santo Domingo de Atarés doit son nom au gouverneur de l’île de l'époque, le comte de Ricla, dont les ancêtres étaient comtes d’Atarés. Sa construction a eu lieu entre 1763 et 1767 sous la direction de l'ingénieur Silvestre Abarca et avec l'intervention de l'ingénieur belge Agustín Crame. Situé sur la colline de Soto, le site dominait partiellement la baie.

Cette colline a démontré son importance lors des derniers jours de l'attaque de La Havane par la marine britannique, assurant depuis ces hauteurs du sud de la ville la communication avec d'autres localités. Son nom, issu de celui du propriétaire de ces terres, Don Agustín de Sotolongo y Pérez de las Alas, a changé son image pour la postérité. En effet le capitaine de navire Juan Antonio y crée un bâtiment d'une vingtaine de pièces, garantissant ainsi l'entrée et la sortie de la ville, selon Pezuela « non sans danger mais avec certitude ».

Une fois les travaux du Morro et de la Cabaña terminés, les architectes Abarca et Crame établirent à Soto les premières fortifications qui allaient devenir plus tard le château de Santo Domingo de Atarés. Ils tracèrent un premier hexagone irrégulier avec ses douves et le chemin couvert, sans les flancs ni les œuvres extérieures. Il fut couronné de tours de gué elles aussi hexagonales, correspond aux formes utilisées au XVIIIe siècle.

Cette forteresse fut entourée d’un fossé, et un chemin couvert coupé par six traverses à proximité des sommets complétèrent l'ouvrage permettant ainsi le tir en enfilade. Une petite Place d’Arme centrale entoure les bâtiments pour le logement de la troupe, des entrepôts et d’autres services et les toits plats, permettaient l'installation de l'artillerie.

Le château d’Atarés comptait une grande caserne voûtée à l'épreuve des bombes pour toute la garnison, ainsi qu’un réservoir, des entrepôts et des bureaux nécessaires à sa défense. Il possédait vingt-six pièces d’artillerie et une garnison de quatre-vingt-dix hommes.

Une forteresse qui survivra dans le temps

En 1914, au pied du château, un obélisque en marbre a été érigé dont la plaque souligne : « Aux Patriotes de 1851, la garde rurale à initiative des hommes de l'escadron K ».

Ce rappel se réfère au colonel étasunien William Logan Crittenden et à ses cinquante et un compatriotes. Durant la République, le château était une garnison militaire. Dans les années 1930, la forteresse se transforma en geôle pour les prisonniers politiques.

Aujourd'hui, il abrite le quartier général de la Police Nationale Révolutionnaire. Bien que plus petit, en comparaison avec les grandes forteresses des Caraïbes, le château de Santo Domingo de Atarés est un exemple du système défensif havanais. Un projet de réhabilitation est prévu et permettra de lui rendre toute sa splendeur, principalement en supprimant les constructions rajoutées.

L’architecte Isabel Rigol a affirmé :

À la fin du XVIIIe siècle, La Havane présentait déjà une architecture élaborée et une structure urbaine particulière de place forte. Aucune autre construction n'a supplanté les forteresses coloniales et ces dernières restent les symboles de la ville même si leur utilité défensive s'estompe et que le pays a besoin d'investissements militaires plus modernes.

Ainsi, les forteresses de La Havane possèdent une reconnaissance internationale comme d'autres en Caraïbe : celles de Cartagena de Indias, en Colombie ; de Saint-Domingue, en République Dominicaine ; de San Juan de Ulúa y Campeche, dans le Yucatan, ou La Citadelle et Fort Dauphine en Haïti, pour ne citer que quelques exemples.

L'inscription sur la Liste du Patrimoine Mondial de l'Unesco dont elles bénéficient a été aussi accordée à d’autres fortifications de l'île, comme le majestueux château de San Pedro de la Roca del Morro de Santiago de Cuba.

Lettres de Cuba

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