Le fantôme de Fangio aperçu à La Havane...(1/2)

2013-03-19 22:30:16
Flavio Pompetti
Le fantôme de Fangio aperçu à La Havane...(1/2)

Félicitations à Renato Zacchia et Flavio Pompetti pour leur ambitieux projet de faire venir à Cuba, pendant quelque temps, une GranCabrio entièrement neuve et de la faire rouler sur le Malecon. Il aura suffi de se mettre en contact avec le Club des amis de Fangio à La Havane et d’obtenir une entrevue auprès de deux des sympathiques ravisseurs de Juan Manuel Fangio qui ont participé à l’enlèvement du champion en 1958.

Le plus étonnant, c’est que non seulement ils ont mené à bien leur projet, mais ils ont réussi à reconstituer les divers éléments qui allaient donner vie à ce véritable roman historique dont les intrigues ont une saveur bien contemporaine. Nos explications :

Traduit de l’anglais par Léo La Brie

Il est à peu près 10 heures du matin. Devant le Capitolio, à La Havane, le soleil est aveuglant et on étouffe de chaleur; comme toujours, la place est encombrée de rutilantes voitures américaines des années 50 qui servent de taxis aux touristes. Je me fraie un chemin quand soudain certains se mettent à crier « Maserati, Italia, Fangio ! » Et cela se poursuit jusqu’au Malecon. Rien d’étonnant, les Cubains sont ébahis de voir une GranCabrio chez eux, dans les rues de la capitale, cinquante-trois ans après la dernière présence d’une Maserati. Et c’est précisément le souvenir durable de cette journée fatidique, et de ses conséquences pour l’histoire de l’île, qui justifie ce retour, si chargé en émotions et relents du passé.

Le Malecon, cette large voie asphaltée qui longe l’océan sur 4 km, si près que les vagues viennent s’y briser, est le site du deuxième Grand Prix cubain, en février 1958. La course de Formule Un sur invitation est de nouveau organisée par le trop célèbre général Fulgencio Batista. Le grand champion pilote Juan Manuel Fangio, « El Maestro » (le Maître) ou « El Chueco » (le Cagneux) pour ses millions de fans à travers le monde, est de retour avec une Maserati 450S prêtée par le collectionneur de voitures américaines Temple Buell. L’année précédente, Fangio a gagné à bord d’une 300S construite par le même carrossier italien. Une longue file de Ferrari est au rendez-vous pour le défier : Stirling Moss avec sa flamboyante 335S, Phil Hill avec une 335S lui aussi, Masten Gregory avec une ancienne 860 Monza et Porfirio Rubirosa avec sa TRC 500.

Un mélange raffiné de célébrités du monde du sport et de la haute société a été invité sur place pour célébrer le pouvoir du dictateur et sa parfaite maîtrise de la sécurité nationale. En réalité, l’emprise du dictateur a déjà commencé à s’éroder, car les forces révolutionnaires de Castro s’apprêtent à quitter les montagnes de la Sierra Maestra pour marcher sur la capitale. La veille de la catastrophe qui frappera la course, Fangio est enlevé par la Brigade du 26 Juillet pour l’empêcher de participer au Grand Prix. Il sera libéré 27 heures plus tard et remis entre les mains d’un attaché militaire argentin. La fête prévue par le général n’aura jamais lieu. Au contraire, toute l’opération tourne au cauchemar quand la course est plusieurs fois retardée avant de finir par se dérouler dans un climat de haute tension. Après cinq tours, la compétition prend une tournure dramatique quand la Testarossa numéro 54 conduite par le Cubain Armando Garcia Cifuentes quitte la piste et heurte des dizaines de spectateurs debout devant l’ambassade des États-Unis. Bilan : sept morts et 40 blessés. Le drapeau rouge est levé, on met fin à la course et la victoire sans triomphe est accordée à Stirling Moss, alors en tête.

Le 23 février 1958 s’avère une date fatidique pour tout le monde. Batista prend, aux yeux du grand public, des allures de roi déchu, n’étant plus maître de son pays, car l’enlèvement et le retour de captivité ont lieu au nez de son service de police, sans qu’une seule goutte de sang soit versée. À peine 10 mois plus tard, la veille du Nouvel An, l’omnipotent général doit s’enfuir précipitamment de La Havane, en smoking, et se réfugier à Saint-Domingue.

L’enlèvement de Fangio est un triomphe pour la Brigade du 26 Juillet, qui fait alors les manchettes des journaux, partout dans le monde, mettant ainsi le mouvement révolutionnaire hors de portée de la censure d’État. Fangio fait lui aussi cette nuit-là une rencontre avec son destin. À l’âge respectable de quarante-sept ans, avec cinq championnats du monde à son actif au cours des sept dernières années, il est au sommet de sa carrière et adulé par des hordes de fans sur tous les continents. Il n’admettra jamais à quel point la folle course de nuit aux mains des ravisseurs en quête d’un lieu sûr l’a ébranlé, mais la suite est éloquente : El Maestro n’a plus jamais gagné d’autres courses après ce jour-là, et cinq mois plus tard, il s’est retiré de la compétition pour de bon.

A suivre...

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