Le fantôme de la perestroïka survole Cuba

2012-12-08 04:26:24
Le fantôme de la perestroïka survole Cuba

Le sixième Congrès du Parti Communiste de Cuba semble donner le coup d’envoi final des réformes économiques annoncées par le gouvernement de Raúl Castro. Le président parle d’une « actualisation » plutôt que d’une refonte du système, sûrement pour éviter toute association d’idées avec des changements comparables dans d’autres pays. Néanmoins, les similitudes avec la perestroïka soviétique et la modernisation chinoise sont nombreuses. Cuba semble avoir la même volonté de changement.

Le frère de Fidel Castro dirige une nation meurtrie par vingt années de crise. En octobre 2011, on célébra le vingtième anniversaire de la « période spéciale », le nom donné à la récession économique qui commença à la chute de l’URSS. Mikhaïl Gorbatchev et Deng Xiaoping sont également arrivés au pouvoir alors que leur pays étaient au fond du gouffre. Toutefois, ils ont pris des chemins bien différents.

Le lourd héritage soviétique

De nombreux documents existent sur les dernières années de l’Union Soviétique. Nikita Mikhalkov a d’ailleurs tourné un documentaire sur la question en 1994. Ana, production franco-russe, rendrait probablement nostalgique certains Cubains devant les images de l’ancien grand allié de la révolution cubaine. Ils seraient aussi étonnés de constater combien Cuba, à l’aube du XXIème siècle, ressemble étrangement au crépuscule de l’URSS des années 90.

On y retrouve les mêmes éléments : les longs applaudissements durant les assemblées populaires, L’internationale (l’hymne du prolétariat) concluant ces cérémonies, les actes patriotiques solennels, les défilées des forces armées soutenues par le peuple, les slogans grandiloquents sur la grandeur de la patrie…

À un moment, Gorbatchev apparaît à l’écran haranguant un groupe de travailleurs : « Tout doit changer, du comité centrale du Parti au dernier poste de travail. Chacun doit travailler honnêtement et consciemment. C’est la perestroïka ». Les paroles de Raúl Castro sont étrangement semblables.

Gorbatchev s’est aussi engagé à restructurer le système socialiste en réduisant l’appareil étatique et en libéralisant l’économie en vue de sortir l’URSS de la stagnation dans laquelle ses prédécesseurs l’avaient mise. La grande puissance communiste n’était plus qu’un pays en contradiction, capable d’envoyer des hommes dans le cosmos et de créer des armes nucléaires mais incapable de fournir un niveau de vie à sa population comparable à celui des pays d’Europe ou d’Amérique.

En plus de la perestroïka, les autorités soviétiques ont mis en place la glasnost : une ouverture inédite aux droits civils et politiques dans la société contrôlée jusqu’alors avec force par les appareils idéologiques et répressifs de l’Etat. Grâce à la liberté de presse et d’expression, les citoyens soviétiques ont découvert combien de mensonges avaient permis à l’URSS de se maintenir. C’est de cette façon que le géant aux pieds d’argile s’est effondré.

« L’actualisation du modèle » voulu par Raúl Castro tend à une plus grande flexibilité politique. Les premiers grands changements sont apparus avec la reprise du dialogue avec l’église catholique et la libération de plusieurs dizaines de prisonniers politiques. Mais la glasnost cubaine n’est pas encore annoncée. Les grandes lignes de la politique économique et sociale du sixième Congrès ne font aucunement référence aux moyens de communication. Toutefois, la presse nationale maintient imperceptiblement son traditionnel ton triomphaliste.

Les dirigeants cubains, éduqués dans l’idéologie marxiste-léniniste orthodoxe des académies et des manuels soviétiques, se méfient beaucoup des libertés offertes au peuple. Pour empêcher qu’une glasnost cubaine prenne place, ils pourraient brandir un argument de poids : la fin de l’URSS et la perte de l’idéal socialiste.

Des réformes au style chinois

En un peu plus de 30 ans, la Chine est passée d’un pays agricole affamé à une des premières puissances mondiales. Les fervents gardes rouges de la révolution culturelle n’avaient jamais imaginé qu’un jour Pékin puisse accueillir des milliers d’étrangers pour célébrer les plus spectaculaires jeux olympiques de l’histoire ou que les jeunes chinois s’habillent à la mode de New York.

L’artisan de ce changement fut Deng Xiaoping qui a su séparer l’idéologie de l’économie afin de placer le géant asiatique sur les rails d’un développement vertigineux. Le gouvernement chinois s’est ouvert aux capitaux étrangers, il a stimulé le secteur privé, développé les nouvelles technologies et a levé les restrictions limitant la production agricole. Et tous ces changements ont eu lieu sous l’égide du Parti Communiste.

Il n’y a pas eu de glasnost en Chine. Les protestations estudiantines sur la Place Tien an men de 1989 ont terminé sous les coups d’une répression brutale. Même si la paix ne règne pas partout, les autorités pékinoises sont parvenues à maintenir la stabilité politique sans céder de leur hégémonie.

Les observateurs affirment que Raúl Castro a de la sympathie pour les modèles de développement chinois et vietnamien, même si le président cubain a toujours nié publiquement la volonté de copier un modèle existant. Il sait sûrement combien Cuba a perdu en voulant copier le système soviétique. Il craint surement les conséquences de vouloir se défaire d’un tel héritage si rapidement.

À quelle vitesse iront les réformes ? Seul le temps nous le dira. Entre l’échec politique de Mikhaïl Gorbatchev le succès économique de Deng Xiaoping, le gouvernement devra manœuvrer le bateau cubain avec délicatesse s’il veut garder le cap vers le socialisme. La « perestroïka cubaine » lancée par Fidel Castro en 1986 a échoué à plusieurs reprises. Mais les Cubains ont évolué depuis et la patience de la population pourrait s’épuiser.

Habana XXI

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