Le Festival International du Nouveau Cinéma Latino-Américain

2012-06-07 17:10:39
Silvia Gómez
Le Festival International du Nouveau Cinéma Latino-Américain

Dans la première quinzaine de décembre, un virus étrange se propage à La Havane. L’immunisation étant inutile, il ne nous reste qu’à y succomber. Ce qui nous réconforte c’est de savoir que ce virus frappe un grand nombre de personnes avec qui on peut discuter des symptômes, des traitements et de la durée des congés de maladie. En général, les employeurs ne voient pas d’un bon oeil les certificats médicaux pour cause de Cinémanie fébrile virulans ou Fièvre cinématographique.

Cette épidémie est provoquée par le Festival de cinéma de La Havane. Pendant 15 jours, de longues queues se forment autour de pâtés de maison où sont situées les principales salles de cinéma. Tout porte à croire que plus audacieux est le film, plus loin du centre de la ville il est projeté, d’où l’obligation pour les  cinéphiles de se rendre à de petits cinémas de quartier, peu connus, aux cinq cents diables, pour voir des films qui ne sont pas toujours à la hauteur de cet effort. Mais la mentalité désespérée de « il faut absolument voir ce film » s’empare inexorablement des Havanais qui perdent le bon sens en quête passionnée des nouveautés cinématographiques. Tout le monde connaît les noms des étoiles et l’on entend partout des conversations bizarres et incohérentes sur la complexité de l’argument du film et sur les caractérisations individuelles, alors que la séance de la nuit précédente est impitoyablement passée au crible dans les cuisines et bureaux de toute la ville. L’infection se propage comme une traînée de poudre qui s’étend vite à d’autres villes du pays.        

Depuis le 3 décembre 1979, l’exubérante capitale cubaine accueille le Festival international du Nouveau cinéma latino-américain. La passion pour le septième art date du dimanche 24 janvier 1897 à 18 heures, date de la première projection cinématographique dans une petite salle proche du théâtre Tacón, aujourd’hui Gran Teatro de La Habana. Selon la presse de l’époque, plus de deux mille Havanais ont assisté aux séances d’une durée de vingt minutes chacune qui se sont prolongées jusqu’à minuit.

Avec le même enthousiasme que leurs ancêtres, des millions de cinéphiles cubains soutiennent le Festival qui a fait office de rampe de lancement de la cinématographie latino-américaine et qui est devenu l’un des festivals les plus importants de la région. En décernant des prix dans des catégories telles que cinéma d’animation, documentaire, fiction, première œuvre, scénario inédit et affiche, ainsi que mise en scène, scénario, meilleur acteur, meilleure actrice, direction

artistique, musique originale, montage et son, le festival récompense non seulement les créateurs et les techniciens de la région, mais aussi les meilleures œuvres des réalisateurs d’autres régions qui abordent des thématiques latino‑américaines. Des prix sont également remis par la Fédération internationale de la presse cinématographique (FIPRESCI), les institutions culturelles cubaines et les médias locaux. L’un des prix les plus convoités est celui décerné par le public, conféré – au terme d’une longue et passionnée analyse – par le plus exigeant des jurys : les spectateurs. Des ateliers et des séminaires d’experts sont aussi organisés dans le cadre de cette manifestation. 

Le Festival a donné une énorme impulsion à l’industrie cinématographique cubaine, qui était déjà impressionnante. Différents projets, tels que la Fondation du Nouveau cinéma latino-américain et l’École internationale de cinéma de San Antonio de los Baños, située dans un petit village près de La Havane, qui accueille des jeunes venant du monde entier pour se former dans des spécialités cinématographiques sous la tutelle de professeurs cubains et étrangers, ont vu le jour dans le cadre du Festival.

Des célébrités telles que Steven Spielberg, Pedro Almodóvar – accompagné de ses chicas –, Francis Ford Coppola, Carlos Saura, Oliver Stone, Robert Redford, Jack Nicholson, Robert de Niro et Michel Legrand, entre autres, attirées par l’ambiance dynamique du Festival et par les idées qui s’en dégagent, ont visité La Havane. Elles ont été reçues avec un enthousiasme semblable à celui que les Havanais d’autrefois ont réservé à  Marlon Brando, à Ava Gardner, à Frank Sinatra, à Cesare Zavattini et à Alain Delon. Reste à savoir si un barman de La Havane sera capable de créer un nouveau cocktail portant le nom d’une star…même si demander un cocktail Cameron Díaz, par exemple, n’est pas aussi chic que demander un Mary Pickford.

Le Festival de La Havane a aussi contribué à la reprise de la cinématographie cubaine, très déprimée par la crise économique qu’a traversé le pays dans les années 90, à travers l’établissement d’associations avec des sociétés de production étrangères. Suite Habana, film primé réalisé par Fernando Pérez, l’une des figures les plus remarquables du cinéma cubain actuel, est le fruit récent de cette collaboration.

Le film s’est avéré controversé pour deux raisons : primo, parce qu’il flirte avec le cinéma documentaire et le cinéma de fiction et, secundo, parce qu’il choque ceux qui, guidés par le titre, s’attendaient à une vision idéalisée de la ville. Suite Habana est tout autre chose. La caméra de Pérez récrée les détails de la dégradation de La Havane et, même s’il est vrai que l’éclairage et les particularités de l’observation confèrent une certaine beauté à l’objet, le message général est cru.  Aucun mot n’est prononcé, nous sommes devant un intense contrepoint entre les images et le son ambiant. Le film montre au spectateur désorienté ces sites jamais fréquentés dans les itinéraires touristiques et les angoisses, les frustrations et les espoirs de leurs habitants.

 

La variété et la créativité des films passés pendant le Festival de La Havane attirent chaque année des milliers de visiteurs avides d’entrer en contact avec le cinéma latino-américain, de voir de près ses figures les plus marquantes, d’assister aux présentations collatérales et de participer au va-et-vient frénétique des cinéphiles cubains. La fièvre cinématographique, comme le paludisme, récidive, mais si vous n’avez pas peur d’être contaminé, nous vous attendons à La Havane en décembre.  

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