Le Honduras au Festival des Caraïbes

2012-10-05 05:41:53
Jorge Karel Leyva Rodríguez
Le Honduras au Festival des Caraïbes

Le Festival des Caraïbes  

Le Festival des Caraïbes a lieu chaque année dans la ville de Santiago de Cuba, du 3 au 9 juillet, parrainé par la Maison du Caraïbe et l'Union des Écrivains et des Artistes de Cuba (UNEAC). La danse, la musique, le folklore, la littérature, les arts plastiques, le cinéma et la vidéo convertissent les rues en une grande fête dont la valeur principale réside dans la participation populaire spontanée. De même, on peut apprécier les propositions d'artistes, d’artisans, de poètes, de communicateurs sociaux, de chercheurs et d’intellectuels qui offrent des conférences en relation avec les thèmes du patrimoine comme l'identité, les religions caribéennes et l'anthropologie socioculturelle.   

Ce Festival, connu aussi comme la Fête du Feu, a ses racines dans le Festival des Arts Scéniques d'Origine Caribéenne, en 1981. La tentative de sauvegarde des valeurs, des traditions et des manifestations culturelles d'un peuple multiracial ayant un profond héritage haïtien, jamaïquain, africain et européen a réuni, lors de la première convocation,  toutes les personnes qui espéraient, depuis un certain temps, une opportunité comme celle-ci. Si bien que dans la deuxième édition il y a eu une considérable augmentation du nombre des participants et des manifestations artistiques. Ce fut lors de la troisième édition, en 1983, que l'événement a pris un caractère international.

Un élément de grande importance pour la Fête du Feu a été la fondation de la Maison des Caraïbes, en 1982, rendue propice par le festival. Cette institution promeut aussi bien des programmes de recherche scientifique que la culture, avec une attention spéciale à la culture des peuples caribéens. Ainsi, les stratégies de lutte et de résistance des minorités exploitées, les systèmes magico-religieux afro-caribéens, les processus de construction de l'identité, les fêtes populaires, les empreintes de la présence française et haïtienne dans la région, l'archéologie préhispanique et les guerres d'indépendance nationale ne sont que quelques unes des thématiques fondamentales qui sont étudiées et publiées.  

La fête se termine avec un rite traditionnel : la mise au bûcher d’une reproduction du diable. Ce rite a lieu au milieu des chants et des danses, ensuite les cendres sont jetées à la mer en signe de bon présage pour le futur. Il faut signaler que cette tradition vient de la semaine sainte haïtiano-cubaine. Les autres carnavals de la région réalisent des rites similaires.

Durant chaque Festival des Caraïbes, le prochain pays invité reçoit le Mpaka, une corne bovine faisant office de symbole divin, cette année elle se trouve entre les mains de la République du Honduras, cette XXIXème édition lui étant dédiée ainsi qu’à sa culture garifuna.

La culture garifuna

Au cours de l'année 1635, deux bateaux chargés d’esclaves provenant du golfe de Guinée ont fait naufrage près de Saint-Vincent. A cette époque, cette île caribéenne était peuplée par la société des Calíponas, résultat du mélange entre la tribu d'aborigène conquérante Callinagu et la tribu Arawak, provenant de Saint- Vincent. Disposés à adopter les nouvelles coutumes, les récents arrivés se sont unis par le mariage avec les natives, donnant naissance à race Garifuna, des caribéens noirs dont le nom signifie « personnes qui mangent le manioc ».    

Quelques années plus tard, quand les anglais ont colonisé Saint-Vincent après de sanglantes batailles contre les caribéens noirs, ils ont affronté un problème inattendu. La coexistence entre leurs propres esclaves et les Garifunas s’avéra problématique, car bien que les deux fussent de peau noire, les caribéens noirs maintenaient leur condition d’homme libre. La solution la plus pratique des colons fut de pourchasser et d’assassiner tous les garifunas qu’ils rencontraient sur leur chemin. Des quatre mille trois cents survivants qui furent envoyés à Balliceaux, la moitié succomba de la fièvre jaune, alors que les autres furent envoyés, en 1797, sur l'Île de Roatan, face à la côte hondurienne. Depuis lors, le 12 avril est célébré comme la date de l’arrivée des Garifunas au Honduras.

La culture garifuna hondurienne s’est construite en intégrant de multiples influences, parmi lesquelles, africaine, arawak et européenne. De l'héritage africain nous pouvons apprécier ses danses de la punta, ses fables, ses cultes aux ancêtres et ses tambours. Chez de nombreux garifunas, la fierté pour l'origine africaine est proéminente. Ils se font appeler « garinagu », version africaine du nom de leur peuple, et leur drapeau tricolore possède le noir comme symbole de l’Africain. Ils conservent également des traditions très vivantes de la partie amérindienne, comme la préparation de la cassave, l’attrait de la mer et de la pêche, la foi dans les guérisseurs, les veillées, l'emploi des maracas dans les danses cérémoniales et, principalement, la langue garifuna, provenant de celle des Arawaks, avec des éléments du bantou d’Afrique Occidentale, de l'espagnol, du miskito, de l'anglais et du français.     

Dans la communauté garifuna, la religion est une sorte de syncrétisme du catholicisme et d’autres croyances amérindiennes et africaines. Dans les rivières, les lagunes et les estuaires les hommes réalisaient des rites et des cérémonies pour éviter que les esprits emportent le poisson. Les divinités garifunas, les esprits des défunts appelés mafias, les esprits malins et l'Homme de la Mer font partie de l'imaginaire religieux de cette communauté.

Dans une cérémonie connue comme dügu, qui permet d’expier la mauvaise conduite et d’apaiser les esprits fâchés, les hommes chantent durant trois jours de pêche; ensuite ils collectent des produits de la forêt et ils reviennent à la communauté où ils sont reçus avec des tambours, des chandelles et des chants. Quand la cérémonie se termine, la nourriture est envoyée aux ancêtres de l'autre côté de la mer, soit en l’enterrant sur la plage, soit en la lançant à la mer. (1)   

Les tambours sont une partie indispensable des cérémonials religieux, comme de la culture garifuna en général. Non seulement on leur attribue des pouvoirs mystiques, mais aussi une influence réelle dans la subjectivité des membres de cette communauté. Certaines légendes racontent qu'un caraïbe noir n'entrera jamais sur le champ de la bataille sans des tambours fiables, et que ceux-ci pourraient même diriger la guerre avec le martèlement du tambour. Ainsi, par exemple, certains martèlements encouragent l'attaque alors que d’autres appellent au retrait.

Il a même été dit que la vigueur du roulement de tambour était si puissante qu'il pouvait convertir un grand guerrier en un lâche. C'est pour cette raison qu’étaient entraînés spécifiquement des soldats pour protéger les tambours qui étaient souvent la cible des attaques des adversaires (2). Actuellement, le rôle des tambours a changé considérablement : ils sont utilisés pour appeler la communauté à une veillée, pour établir des contacts avec les ancêtres ou pour établir le rythme d'une danse de la punta, considérée comme l'un des plus grands apports de la culture garifuna au monde.   

Généralement, la danse de punta se réalise en couple. Chacun essaie de danser mieux que l'autre, en bougeant les hanches et les pieds au rythme du tambour, pendant que les joueurs commencent à accélérer le rythme que doit suivre le couple ou le groupe. La danse de punta peut être appréciée dans la plupart des festivals, bien que, d'après la tradition, elle était aussi employée lors des veillées pour garantir que l'esprit du défunt trouve une meilleure vie. Cependant, cela n'a pas été le seul changement dans la tradition des danses de punta des garifunas. Avant, seuls les adultes pouvaient les danser, et les femmes ne jouaient pas les tambours. Aujourd'hui tout est différent. Même les rustiques tambours en bois, les conques et les maracas ont été substitués par des instruments électriques, donnant origine au genre punta rock (3).

La culture garifuna à la Fête du Feu   

Le Honduras, le premier pays centre-américain à être désigné « Pays Invité Spécial » dans ce festival, participe à toutes les manifestations artistiques avec plus de 120 délégués, comme le forum académique où les historiens et les anthropologistes disserteront sur l'histoire de leur pays et sur son insertion dans les Caraïbes.    

Parmi les délégués les plus attendus se trouve le Ballet Folklorique Garifuna, fidèle représentant d'une riche variété de styles musicaux qui donnent un aperçu de l'entrecroisement de la culture religieuse et du folklore de la culture hondurienne. Ce célèbre groupe s’est converti, depuis sa création en 1976, en un des principaux promoteurs de la culture garifuna suite à leurs contributions ethno-artistiques au niveau national et international, et en un véritable ambassadeur culturel de la République hondurienne.    

Un autre invité de luxe est le chanteur hondurien Guillermo Anderson, qui a commencé sa carrière il y a quelques années avec sa guitare, accompagné par deux tambours garifunas. Il a représenté le Honduras dans d’importants festivals au Japon, au Brésil et au Mexique. Guillermo Anderson voyage habituellement accompagné du groupe Ceibanas, lequel donne à ses spectacles un caractère particulier basé surla percussion traditionnelle qu'il combine aux rythmes caribéens comme la punta, la parranda, le reggae, le calypso et, plus récemment, le jazz Latin.    

Toutes les invités auront à leur disposition plus de cinquante locaux destinés à convertir la Fête du Feu en une grande place de la culture caribéenne, c'est-à-dire en ce grand festival dont chaque édition mène à la rencontre de nouvelles manifestations régionales constituyant les authentiques cultures des Caraïbes.    

Notes :    

1- Griffon, Wendy : Ritos garífunas de la pesca y el mar. Sur : http://www.stanford.edu/group/arts/honduras/discovery_sp/customs/ritual/fish.html   

2 - Los poderes místicos de los tambores garífunas. Sur : http://www.stanford.edu/group/arts/honduras/discovery_sp /    

3 – Pour une vision plus large et personnelle voir Akinrimisi, Adebisi: Perspectivas sobre la danza de punta. Sur : http://www.stanford.edu/group/arts/honduras/discovery_sp/art/dance/punta3.html

Traduit par Alain de Cullant

Lettres de Cuba

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