Le Musée Napoléonien

2017-03-15 22:13:30
miguel.barquet
Le Musée Napoléonien

Personne ne doute que Napoléon 1er Bonaparte (1769-1821), Empereur des Français et Roi d’Italie fut une star de l’histoire. Un musée consacré à l’influence que sa personnalité exerça dans tous les domaines - depuis les champs de bataille jusqu’à la vie familiale-, voici un privilège auquel les cubains ont droit.

Dans le monde, il existe quelques musées et/ou sites napoléoniens qui ont reçu ce nom parce qu’ils possèdent les objets qui ont appartenu à la famille Bonaparte ou qui sont liés d’une façon ou d’une autre à l’Empereur et à sa saga. Evidemment, les plus nombreux d’entre eux se trouvent en France : le Musée Napoléonien d’Art et d’Histoire Militaire à Fontainebleau, le Musée National des Châteaux de la Malmaison et enfin la Maison Bonaparte, en Corse, son île natale. On en trouve également un aussi à Rome.

Ce n’est qu'en 2008 que le premier musée napoléonien a été créé en Amérique Continentale : la Galerie Empire du Musée des Beaux-Arts de Montréal. Le riche homme d’affaires canadien Ben Weider (Montréal 1924-2008), fondateur de la Société Napoléonienne Internationale, a fait don de sa collection à cette institution.

Toutefois, sur le continent américain, c’est le Musée Napoléonien de La Havane qui garde encore son leadership originel. En plus d’être le seul en son genre en Amérique Latine, tant par la diversité de ses collections que par la valeur de celles-ci, toutes les œuvres y sont conservées depuis 1961, date à laquelle il a été ouvert au public.

C’est grâce à la fascination qu’éprouvait pour le Grand Corse, l’illustre magnat cubain du sucre Julio Lobo, que la plus grande partie de ces biens « muséables » arrivèrent à Cuba. Alejo Carpentier lui fait référence dans son roman le sacre du printemps en le faisant participer à une fête fastueuse de la société havanaise des années 30. Il le décrit ainsi : Ce « millionnaire séfarade, célèbre pour sa survie miraculeuse face à la hausse et à la baisse des valeurs boursières. »

Avec plaisir et intelligence, Lobo se consacra à regrouper toutes sortes de documents ou d’objets liés à la figure de Napoléon, qu’il admirait sans doute à plus d’un titre, jusqu’à occuper la plus haute place dans son cœur.

Le résultat fut qu’il obtint la collection napoléonienne la plus importante en dehors de la France, ce qui lui valut de la reconnaissance dans le monde culturel en plus de sa réputation d’habile financier.

On en sait peu sur l’origine des biens exposés, tout comme la façon dont ils ont été acquis et classés par leur propriétaire. Celui-ci les conservait dans sa propre demeure située au n°4 et n°11 du quartier du Vedado. Après le triomphe de la Révolution en 1959, le magnat abandonna le pays et sa précieuse collection, dont une partie fut dispersée - surtout les documents et les livres-. Toutefois, on réussit à conserver le gros des biens exposables, soit environ 7000 pièces.

C’est sur cette base que le Musée Napoléonien de La Havane a été créé en 1961, situé depuis l’origine dans le Palais La Dolce Dimora, l’ancienne résidence du célèbre politicien italo-cubain Orestes Ferrara.

montre en or

Jusqu’en 2005, cette institution appartenait au Ministère de la Culture, puis elle passa alors sous l’égide du Bureau de L’Historien de La ville, qui entreprit immédiatement sa restauration. Grâce à sa Direction du Patrimoine Culturel et, en particulier aux Cabinets de Restauration de peinture au chevalet, un énorme travail a été accompli.

Il faut prendre en compte le fait que ce musée possède plus de 7400 pièces, presque toutes de premier choix : peintures, gravures, sculptures, meubles de style, costumes, tenues militaires et armement, numismatique et une extraordinaire collection de livres rares et d’une grande valeur en français, anglais et espagnol.

Parmi les objets précieux qui sont conservés au musée, on trouve ceux que rapporta à Cuba un des serviteurs de Napoléon, Francisco Antommarchi, le médecin traitant de l’Empereur lorsque son destin sur l’île de Sainte Hélène était déjà scellé. Cet illustre docteur emmena avec lui le moulage du masque qu’il avait fait de Bonaparte quelques instants après son décès, lorsque son visage semblait retrouver les traits de sa prime jeunesse. C'est le visage vainqueur de la campagne d’Italie, le visage qu’il arborait quand il franchissait les Alpes que l'on retrouve sur ce fameux masque…

Le docteur Antommarchi emporta aussi un accessoire précieux : la montre en or qui sonna les dernières heures du Grand Corse. Le chef d’état, le Général Président, Raúl Castro Ruz, qui le reçut en guise de cadeau de mariage à Santiago de Cuba en 1959, le déposa au Musée en mémoire de son épouse Vilma, soulignant par ce geste, le rôle exceptionnel du patrimoine culturel.

Ainsi, alors qu’on va bientôt fêter les 190 ans du décès de Napoléon 1er, cette institution renaît, en mettant en valeur l’image et le mythe napoléoniens, son origine, sa nature, son évolution et ses connotations.

« Ici, sur cette île des Caraïbes qui en déçoit quelques-uns et en subjugue d’autres, nous rouvrons cet espace qui reconnaît son héritage impérissable » a déclaré Eusebio Leal au moment de souligner le sens d’une telle réouverture pour le patrimoine cubain, français et universel.

Traduction Isabel Raux

Opus Habana

Dédiée au patrimoine historico-artistique depuis 1995, « Opus Habana » est la revue institutionnelle de la Oficina del Historiador (Bureau de l’Historien) de La Havane, acteur principal du chantier de restauration de la Vieille Havane, déclarée Patrimoine de l’Humanité en 1982 par l’UNESCO. A caractère quadrimestriel et avec un tirage de 3000 exemplaires, « Opus Habana » est dirigée par Eusebio Leal Spengler, l’Historien de La Havane en personne. Alors que la tendance était à l’économie et la survie dans les années 1990, Eusebio Leal Spengler a su tirer partie des difficultés du pays et obtenir de Fidel Castro une certaine autonomie qui, conjuguée à un extrême talent, lui a permis de transformer la Oficina del Historiador en une véritable entreprise: hôtels, restaurants, boutiques, musées, chantiers de restauration voire de construction etc. « Opus Habana », comme l’Historien, se consacre donc au patrimoine culturel, et en particulier à la réhabilitation de la Vieille Havane. La revue rassemble des intellectuels de prestige, architectes, historiens, sociologues, écologues etc. qui collaborent régulièrement à sa publication, tant dans sa version papier que dans sa version numérique. « Opus Habana » est aujourd’hui une référence, consultée par un public national et étranger. En outre, la présence notable d’artistes plastiques de renommée, notamment en raison de leur contribution aux couvertures et différentes illustrations, en fait également une référence incontournable de l’actualité dynamique et hétérogène des arts plastiques cubains.

Page web : http://www.opushabana.cu/

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