Le mystère des arts martiaux



Le Cubain aime les arts martiaux et le mystère les entourant. Peu importe qu’il en ait déjà pratiqué un dans son enfance. En fin de compte, tous ont déjà vu des films de Bruce Lee et ont essayé de l’imiter !

L’héritage culturel asiatique est présent chez chacun : l’enfant qui a regardé le dernier film du cycle annuel de la télévision cubaine, celui dont son copain insiste à  le suivre au cours dans le parc, l’autre qui veut apprendre à se défendre contre les méchants de l’école, les parents qui veulent que leur gamin occupe leur temps libre… Les raisons de ce rapprochement entre les cultures cubaines et asiatiques sont nombreuses. Dans les parcs, on trouve aussi bien des adolescents pratiquant le Karaté que des aînés s’extasiant en suivant les mouvements de Taiji Quan (Taichi Chuan). Il est toujours drôle de voir que, malgré la distance entre Cuba et l’Asie, berceau des arts martiaux, les Cubains sont tellement friands de culture asiatique.

Un terrain fertile pour les arts martiaux

La Fédération Cubaine des Arts Martiaux est en charge de coordonner la promotion de ceux-ci auprès de la population cubaine, aidée et parrainée par l’Institut National des Sports, de l’Education Physique et du divertissement (INDER, la plus haute autorité sportive). Toutefois, les initiatives locales, l’intérêt des professeurs d’éducation physique ou le développement de projets communautaires supplantent souvent les projets nationaux. L’île de Cuba est un terrain fertile pour qui en a la volonté.

Le Karaté, le Judo et le Taekwondo ont un intérêt tout particulier ici dans la mesure où des athlètes cubains participent aux Jeux Olympiques dans ces disciplines. Depuis les années 90, la pratique du Wushu, art martial chinois, a gagné de l’importance et des adeptes, principalement dans la capitale. Durant la dernière décennie, en plus des bambins en kimonos prêts à s’entraîner après l’école, on a vu apparaître des jeunes vêtus de tuniques en soie, amples et colorées, souvent près du quartier chinois de La Havane (où se trouve le siège de l’École Cubaine de Wushu). Comptant 4000 pratiquants, dont 1700 dans la capital, l’école profite de la diaspora chinoise à Cuba (troisième en terme de nationalité) et de la curiosité des habitants de l’île pour offrir des panoplies d’exercices, voire des styles complets de mode de vie.

Le Wushu est actuellement pratiqué dans 11 des 14 provinces que compte Cuba. Autant pratiqués à l’intérieur qu’à l’extérieur, les exercices ont pour vertu de préserver et d’améliorer la santé. Le style d’exercices est variable selon l’âge. Ainsi, les plus anciens se concentrent davantage sur un travail en lenteur, en accord avec leurs besoins et leurs possibilités, alors que les plus jeunes suivent des exercices plus vigoureux, nécessitant plus de force, tels que les sauts, les positions complexes accompagnés d’épées ou d’éventails.

L’école organise aussi des compétitions, des expositions. Tous les ans, pour la nouvelle année lunaire, la communauté chinoise célèbre l’événement en sortant dans la rue habillé de leur tenue de soie montrant fièrement ce qu’ils ont appris. Les mouvements sont gracieux, en accord avec la musique, ne faisant qu’Un, entre la terre et l’Homme.

En 1995 le maître Roberto Vargas Lee est revenu de Chine après y avoir fait ses études. Depuis, il met beaucoup d’énergie à développer les arts martiaux. Avec l’appui du Quartier Chinois de La Havane et du Bureau de l’Historien de la Ville, il a lancé une campagne de promotion du Wushu. Il a même obtenu que ses élèves se lient avec d’autres projets communautaires. De plus, il s’est chargé de la remise à niveau des manuels d’étude en participant aux séminaires et ateliers qui ont lieu tous les ans en Chine. Ses disciples prennent part aux championnats internationaux et les résultats sont souvent au-dessus des attentes. L’audace naturelle cubaine a permis aux sportifs de l’île de se classer parmi les dix premiers de ces concours durant les quatre dernières années.

Même s’il est difficile pour les amateurs de reconnaître les différentes variétés d’arts martiaux, tous s’entendent sur la beauté de ceux-ci. Certains profitent même de cet engouement pour ouvrir des académies fantômes, souvent très vite reconnues.

La nostalgie de l’enfance, l’influence du cinéma, le désir de ressembler aux supers héros, tout cela pourrait expliquer le mystère des arts martiaux. Et peu importe que l’arme de guerre de nos ancêtres fut la machette créole et non l’épée ! Les arts martiaux sont très familiers des Cubains. Il ne faut pas s’étonner de rencontrer des personnes vêtues de tenues en soie ou de kimonos, arborant fièrement une ceinture blanche ou noire. C’est devenu des pratiques de la vie quotidienne.