Le rêve cubain

2012-12-08 04:25:44
David E. Suárez
Le rêve cubain

Un des sujets les plus discutés sur l’Île de Cuba actuellement est bien sûr la « transition », nom donné aux mesures économiques et sociales prises par le gouvernement. Certains définissent cette politique comme « une transition vers la démocratie » Mais cela entraîne des confusions et des conclusions contradictoires dans la population. La « transition vers la démocratie » serait comme le « poulet à la française » : davantage un style qu’une chose bien définie.

Il est clair que la transition a déjà commencé à Cuba. Il est difficile d’en préciser la date d’origine ou le lieu mais des progrès irréversibles sont en route.

Quelle transition ?

Les espérances de la population cubaine sont nombreuses mais diverses. Certains souhaiteraient une nette amélioration des droits de l’Homme : droits civiques et politiques, liberté d’association et d’expression… Mais ces demandes restent minoritaires.

La majorité des Cubains aspire à une amélioration de leur niveau de vie. Le cubain moyen veut mieux vivre en augmentant sa qualité de vie : ses repas, son logement, ses vêtements, son transport

En fait, c’est l’espoir du rêve américain qui fait rêver les Cubains : l’émigrant qui construit sa vie de rêve grâce à son travail et communique régulièrement avec sa famille restée à Cuba pour lui raconter ce qu’il y voit : fast-food, vêtements de marque, chaînes en or, voiture dernier cri, appartements plein d’appareils électroniques…

Derrière cette envie de consommation, il y a des années de manques matériels durant la « période spéciale » des années 90 et les innombrables frustrations économiques engendrées autant par le régime communiste de Fidel Castro que par la chute du socialisme ou le blocus étasunien.

Les Cubains ont inventé une expression pour signifier cette situation. On parle de ceux qui ont réussi à émigrer aux États-Unis comme ceux qui ont bu « le Coca Cola de l’oubli ». Pour beaucoup, l’espoir se résume à boire ce « Coca Cola de l’oubli » sans devoir quitter le pays.

Un pays meilleur

Imaginez un instant Cuba comme un pays développé. La population peut vivre grâce à son salaire, acheter une voiture, payer un loyer, aller en vacance où elle veut. Les magasins abondent de produits, les hôpitaux et les écoles sont en parfaites conditions. Mais tout cela, est-ce vraiment suffisant ?

Les Cubains continuent à rêver d’émigrer en Amérique du Nord pour améliorer leurs conditions de vie, ils se plaignent du gouvernement actuel qui ne se préoccupe pas des coupures de courant, de la qualité du pain ou des transports. Mais ils seraient heureux à rester dans leur pays si Cuba se développait davantage. En fait, il est idiot d’invectiver le gouvernement dans la mesure où c’est lui qui a permis le rêve cubain ici.

Les Cubains espèrent l’ouverture économique indispensable au développement sans l’ouverture politique qui serait inutile et dangereux. Ce qui importe le Cubain moyen (le Cubain « de a pie ») est l’amélioration de sa qualité de vie. Les moyens pour y réussir ne l’intéressent pas.

Derrière ces questions innocentes, il y a plusieurs années de misères vécu dans un pays reclus et contrôlé par la Sainte Trinité : état, parti, gouvernement. Cette structure quasi divine a réussi à trouver sa légitimité face aux citoyens qui la respectent et la défendent devant l’ennemie numéro un : les États-Unis.  

Mais que ce passerait-il si le conflit cubano-américain disparaissait ? Si le congrès américain décidait de la fin de l’embargo économique sur l’Île ?

Cuba deviendrait un pays où l’état de guerre serait levé, où la politique retrouverait tout son sens et où une véritable transition pourrait commencer vers une approche toujours unique mais réelle de la démocratie.

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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