Le temple du tango cubain


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Publié dans Cultura y Sociedad, numéro 10, 2005

Au 309 de la rue Neptuno, en plein cœur de La Havane, les amoureux du tango se donnent rendez-vous. On peut y admirer d’innombrables photos et objets célébrant leur art. Les Havanais viennent ici en nombre pour écouter, danser et discuter entre amateurs. Le musée et la Maison du tango de La Havane sont le résultat du travail d’un homme qui a dédié sa vie à cette musique.

Le tango triomphait aux quatre coins de la planète dans les années 20. La Havane ne faisait pas exception. Carlos Daubair était un fervent admirateur de cette musique née à Buenos Aires. Il chantait des tangos dans les bars et cafétérias de la ville. Son fils Edmundo a aussi été contaminé par cette passion du tango. À la mort de Carlos Gardel dans un accident à Medellín en 1935, son fils Edmundo Daubar Baena n’avait que 11 ans. Mais la nouvelle de ce décès l’a tellement anéanti qu’il s’est promis de construire un sanctuaire en hommage à Gardel et au Tango dans sa propre maison. Soixante-quatre ans plus tard, quand Edmundo décéda, sa promesse avait été largement tenue.

La Maison du tango

Le petit-fils d’Edmundo, le danseur et chorégraphe Rubén Díaz Daubar, raconte que la collection s’est étoffée lorsque son grand-père vivait dans la Vieille Havane. Edmundo travaillait comme photographe. Tous les grands noms du tango étaient passés devant son objectif. En parallèle, il a collectionné les affiches, disques et divers objets consacrés à cette musique afin de convertir sa maison de la rue Neptuno en Maison du tango.

Ce musée particulier, unique à Cuba,  regroupe plus de 10000 photos. On y retrouve, entre autres, les portraits de Libertad Lamarque, Alfredo Sadel, Rafael Deyón, Antonio Casalla, Agustín Irusta , Oscar Alonso et, évidemment, Hugo del Carril et Carlos Gardel.

Mais il y a une photo, protégée par une vitrine, qui attire davantage l’attention que les autres.

On raconte qu'avant que Carlos Gardel parte pour sa dernière tournée, Silva, son photographe personnel, prit un grand nombre de photos mais une seule a pu être conservée. Silva imprima le négatif et conserva la photo dans son bureau. À l’occasion des jeux panaméricains qui ont au lieu à La Havane en 1991, le photographe voulut offrir cette photo comme cadeau d’anniversaire à Fidel Castro. Ce-dernier lui fit répondre que c’était le cadre le plus fin qu’il avait vu de Gardel. Le président décida alors d’en faire don à la collection d’Edmundo Daubar dans la Maison du tango afin que tout le peuple cubain puisse en profiter. Au dessous du cadre, une inscription relate cette anecdote.

 

La Maison du tango est aussi un centre de chant et de danse où on écoute du matin au soir cette musique rioplatense (du Río de la Plata).

L'héritage d'Edmundo Daubar

En 1999, à la mort d’Edmundo Daubar, son petit-fils Rubén Díaz a souhaité conserver l’héritage de son grand-père et garder en vie la Maison du tango. Rubén avait appris le tango durant son adolescence. Il a commencé à danser voilà 30 ans. Pour se mettre à jour, il garde des contacts réguliers avec des institutions internationales tel que l’académie nationale du tango en Argentine.

Il donne aussi des cours aux jeunes latino-américains qui étudient la médecine à Cuba. En 2002, les ambassades argentine et uruguayenne ont honoré la maison du tango en reconnaissant son rôle important dans la diffusion du tango et de la culture rioplatense à travers le monde.

Contre vent et marée, la Maison du tango Edmundo Daubar s’est maintenue à travers les années. On y danse et chante le tango tous les lundis. Souvent, on y entend de jeunes talents négligés par les maisons de disque locales.

Selon Rubén, les radios cubaines n’actualisent pas assez leur répertoire. Les trois stations dédiées au tango retransmettent seulement de vieux succès comme si cette musique n’avait pas évolué. Le tango est pourtant toujours bien vivant à Cuba.