L’École cubaine de Ballet en un pas de deux



Aux États-Unis, en France, en Italie, en Grande-Bretagne, en Afrique du Sud, au Japon, au Mexique, en Argentine et sur bien d'autres scènes du monde, on reconnaît l'École cubaine de ballet dès leurs premiers pas de danse. Au sein de grandes compagnies du monde entier, ils défendent l'excellence de l’École cubaine de Ballet. Mais pourquoi cette école fait-elle autant parler d'elle ? Suivez-nous pour découvrir la réponse… en un pas de deux !

Entrée

1964. Varna (Bulgarie) accueille un concours international de ballet, qui devient immédiatement l'un des événements les plus importants en la matière. Au terme de ce concours, trois danseurs du Ballet national de Cuba sont récompensés. Plusieurs critiques de renom, dont le Britannique Arnold Haskell, le doyen de la critique à l'échelle mondiale, soulignent rapidement un « style cubain ».

« Du jour au lendemain, ils ont pris une place dans nos cœurs mais aussi dans l'histoire séculaire du ballet. » Arnold Haskell.

Qu'est-ce qui fait le style d'une école de danse ? Il s'agit d'un ensemble de caractéristiques : les particularités techniques et l'émotion que transmettent les danseurs sur scène, qui tirent leur l'origine du développement économique, social et historique d'un pays, de son caractère national et de l'esprit de son folklore. Une école doit enfin son style aux danseurs étoiles qui la représentent.

Adagio

 L’École cubaine de Ballet se distingue par l'unité de style des danseurs formés dans des écoles professionnelles dont les programmes sont fondés sur l'expérience des pionniers de la danse cubaine. Du point de vue technique, l’impression de légèreté dans le travail du pied et le brio de l’interprétation rappellent l'école italienne, la perfection et la netteté évoquent l'école anglaise, l'aplomb, l’école française ; quant à la force et à la virilité des danseurs, elles peuvent être associées à l'école russe. Les Cubains ont ajouté à ces diverses appropriations deux éléments qui les caractérisent : l’énergie dans les mouvements d’une part, la fluidité et le naturel dans le travail des bras de l’autre.

En ce qui concerne l’interprétation, il faut dire que les premiers danseurs et les solistes tout comme le corps de danseurs se donnent tout entiers au spectacle. Les pas de deux, chez les Cubains, constituent un dialogue entre deux danseurs qui se caractérise par son naturel : alors que les danseurs, ailleurs dans le monde, dansent généralement pour le public, les danseurs cubains donnent l’impression de danser avant tout l’un pour l’autre.

Variations

 Le Festival international de Ballet de La Havane, qui s'est tenu pour la première fois en 1960, permet à l'école cubaine de se mesurer régulièrement à ce qui se fait ailleurs dans le monde. Alicia Alonso a toujours été étroitement liée à cet événement, en tant que danseuse, chorégraphe ou organisatrice. Ce festival rassemble pendant une quinzaine de jours des compagnies de ballet, des solistes, des chorégraphes, des professeurs et des critiques venus des quatre coins du monde. Au programme de cette édition : des ballets et des représentations théâtrales (quatre par jour), des présentations de livres, des projections de films, de nombreuses expositions de photographie et d'arts plastiques, des conférences et un cycle de cours proposé par la Chaire de danse du Ballet National de Cuba.

Au cours de ses cinquante-six années de vie, le Festival a accueilli 77 compagnies étrangères et près d'un millier d'invités (danseurs, chorégraphes, professeurs, stylistes, solistes, compositeurs, critiques et observateurs) de 61 pays des cinq continents ; la danseuse étoile du Ballet de l'Opéra de Paris aussi bien que l’un des solistes principaux du Ballet national de Mongolie ont participé à cet événement. Le nombre de spectacles présentés en première à l'occasion de cet événement — 1018 dont 245 premières mondiales — est également à souligner. La 25e édition du Festival international de Ballet de La Havane se déroulera du 28 octobre au 6 novembre 2016 et portera désormais le nom de sa présidente et principale inspiratrice, Alicia Alonso.

Coda

Outre le travail mené par le Ballet national de Cuba pour développer et renforcer l'école cubaine, il faut évoquer les réussites du Ballet de Camagüey, la deuxième compagnie professionnelle de ballet, créée en 1967 par la professeur Vicentina de la Torre. Il faut également mentionner le Ballet de Santiago de Cuba, une jeune compagnie qui fait des progrès rapides, et le Ballet de Chambre de Holguín, qui fait vivre une tradition datant des années 1950, l'époque à laquelle le professeur Angélica Serrú fondait la première école de ballet de l'est du pays.

Ceci dit, l'école cubaine de ballet doit avant tout sa renommée internationale au travail, au talent, à l'intelligence et au dévouement de trois grands noms : Fernando, Alberto et Alicia Alonso. Chacun de leur côté, ils ont créé et développé ce qui, une fois mis en commun, constituerait l'école : Alicia pour l'interprétation, Alberto pour la création chorégraphique et Fernando pour la méthodologie. En 1967, à l'occasion d'une visite à Cuba, Arnold Haskell déclara, catégorique :

« L'école cubaine de ballet est une véritable école nationale, comme les écoles russe, française et anglaise, établie dans les règles de l'art (...) D'une parfaite intégrité, d'une rigueur propre au classique, le tempérament du Cubain apporte quelque chose de spécial, sans concession sur la discipline. »

Traduction : B.F.